De nouvelles technologies pour aider les aînés devenus moins autonomes en raison de pertes cognitives

Source: The Conversation – in French – By Amel Yaddaden, Candidate au Ph.D. en sciences de la réadaptation, Université de Montréal

Les maladies neurodégénératives liées au vieillissement, telles que la maladie d’Alzheimer ou le Parkinson, posent des défis majeurs dans le contexte de nos sociétés vieillissantes. Pour les personnes âgées aux prises avec des troubles cognitifs, les outils technologiques de soutien mental constituent une piste encourageante pour préserver leur autonomie au quotidien.


Selon les données les plus récentes, environ 8,7 % des personnes de 65 ans et plus sont atteintes de démence, et ce chiffre pourrait atteindre les 131,5 millions d’individus d’ici 2050. Cette progression rapide accentue la vulnérabilité des personnes concernées, augmentant les risques de perte d’autonomie, d’isolement social et de déclin fonctionnel, ce qui représente de véritables défis qui affectent leur quotidien.

Dès les premiers stades de la maladie, les personnes atteintes éprouvent des difficultés cognitives affectant la mémoire, la planification et la résolution de problèmes. Ces difficultés se manifestent surtout dans les activités complexes, c’est-à-dire celles qui requièrent la gestion simultanée de plusieurs étapes ou l’adaptation à des situations imprévues. Par exemple, préparer un repas nécessite de planifier les ingrédients, de gérer le temps de cuisson et de réaliser plusieurs tâches en parallèle, ce qui peut devenir un véritable défi pour ces personnes.

Face à ces enjeux, le développement de solutions innovantes est essentiel pour préserver leur dignité, leur sécurité et leur inclusion sociale.

Candidates au doctorat en sciences de la réadaptation à l’Université de Montréal, nos recherches portent respectivement sur l’utilisation des technologies d’assistance à la cognition pour soutenir l’autonomie et la sécurité à domicile, ainsi que sur l’implantation des technologies pouvant venir soutenir le système de santé dans l’offre de service à domicile pour les personnes âgées.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Une solution innovante

Les technologies d’assistance à la cognition constituent une réponse prometteuse pour soutenir l’autonomie des aînés vivant avec des troubles cognitifs.

Ces outils technologiques, conçus pour compenser les difficultés cognitives et favoriser l’autonomie fonctionnelle, incluent par exemple les applications de gestion des médicaments, comme les piluliers intelligents qui envoient des rappels automatisés, les systèmes d’alerte permettant de prévenir les oublis et d’assurer la sécurité, les agendas électroniques facilitant l’organisation des activités quotidiennes, ainsi que les objets connectés.




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Au-delà de l’autonomie fonctionnelle, ces technologies jouent un rôle essentiel dans la lutte contre l’isolement social. Des applications de communication adaptées sur tablette électronique permettent par exemple aux aînés de rester connectés à leurs proches, même lorsqu’ils éprouvent des difficultés avec les outils numériques classiques. Des dispositifs favorisant l’engagement communautaire, comme les plates-formes numériques de participation à des événements virtuels, renforcent pour leur part le sentiment d’appartenance et contribuent à prévenir la dépression.

Malgré leur potentiel, ces technologies font face à plusieurs obstacles importants. Outre les enjeux liés à l’accessibilité financière, l’utilisabilité et l’acceptabilité représentent également des défis majeurs. Pour être réellement bénéfiques, ces technologies doivent être faciles à utiliser, intuitives et surtout adaptées aux besoins réels des aînés, notamment ceux vivant avec des troubles cognitifs.

Des méthodes d’apprentissage adaptées

Contrairement à certaines croyances répandues selon lesquelles les personnes âgées atteintes de troubles cognitifs seraient incapables d’apprendre à se servir de nouvelles technologies, les données scientifiques démontrent qu’un apprentissage demeure tout à fait possible, particulièrement dans les stades précoces de la maladie.

La clé réside dans l’adaptation des méthodes d’apprentissage aux capacités résiduelles de la personne. Une approche bien établie en sciences de la réadaptation cognitive est celle de l’apprentissage sans-erreur (errorless learning). Cette méthode consiste à minimiser, voire éliminer, les occasions d’erreurs pendant l’apprentissage, en guidant la personne étape par étape vers la bonne réponse.




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L’apprentissage sans-erreur est particulièrement efficace pour permettre aux personnes âgées d’apprendre à utiliser une technologie, car il utilise les capacités préservées, comme les automatismes de la personne – dite mémoire procédurale. Cette méthode ne requiert donc pas de mobiliser les capacités d’encodage classiques liées à la concentration, souvent atteintes dans la maladie d’Alzheimer.

Les études démontrent que cette méthode favorise la rétention des apprentissages de tâches simples, augmente la confiance des utilisateurs et peut améliorer leur autonomie dans l’utilisation de nouvelles technologies.


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Un domaine en pleine explosion

Le domaine du développement technologique pour soutenir le vieillissement est en pleine explosion.

Un répertoire de technologies disponibles au Québec donne un aperçu de la situation et de leurs utilités pour venir en support aux différentes activités de la vie quotidienne.

Toutefois, il est important de rappeler que les technologies d’assistance à la cognition demeurent des outils et ne remplacent pas les interactions humaines et l’accompagnement professionnel. En soutenant l’autonomie et en facilitant l’inclusion sociale, elles répondent aux besoins des aînés vivant avec des troubles cognitifs lorsqu’elles sont enseignées adéquatement. Néanmoins, pour maximiser leur impact, des investissements dans la recherche et le déploiement de ces technologies sont indispensables.

Heureusement, beaucoup de chercheurs travaillent activement sur les problématiques entourant l’évaluation rigoureuse de ces technologies, pour évaluer leurs efficacités, leur adoption, leur utilisabilité et leur acceptabilité en vue d’optimiser leur déploiement et leur pérennisation.

Bien que le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le gouvernement fédéral soutiennent des initiatives pour le vieillissement en santé dans la communauté (Le plan d’action gouvernemental 2024-2029 « La fierté de vieillir » du MSSS : et l’intiative fédérale de subvention « Bien vieillir chez soi », il reste beaucoup des politiques publiques a approfondir pour une utilisation éthique et équitable de ces solutions. Ces efforts permettront de lever les barrières actuelles et de faire des technologies d’assistance à la cognition un levier pour un vieillissement sain et digne.

Dans un monde en constante évolution, ces technologies représentent une véritable promesse : celle d’un avenir où les aînés peuvent continuer à vivre de manière autonome, malgré les défis posés par le vieillissement et les troubles cognitifs.

La Conversation Canada

Amel Yaddaden a reçu des financements des Fonds de recherche du Québec et de AGE-WELL

Aline Aboujaoude est membre de la coopérative de solidarité IXIA. Elle a reçu des financements des Fonds de Recherche du Québec et de AGE-WELL.

ref. De nouvelles technologies pour aider les aînés devenus moins autonomes en raison de pertes cognitives – https://theconversation.com/de-nouvelles-technologies-pour-aider-les-aines-devenus-moins-autonomes-en-raison-de-pertes-cognitives-246952