Source: The Conversation – in French – By Paula Negron-Poblete, Professeure agrégée à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage, Université de Montréal
La sédentarité est une habitude qui nous guette, et de plus en plus de voix s’élèvent pour nous inciter à adopter des modes de vie plus actifs. Mais qu’est-ce qui pousse vraiment les gens à marcher ? Un quartier peut offrir une très bonne accessibilité à pied à une multitude de destinations, mais seulement quelques parcours spécifiques seront réellement perçus comme favorables à la marche.
À titre de professeure à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal, je constate d’importantes disparités dans l’accessibilité au sein des territoires. Si l’accessibilité à pied aux commerces et services est nécessaire pour avoir des milieux de vie favorables à la santé, elle n’est pas suffisante. Ce sont la sécurité, le confort et l’attractivité des trajets parcourus qui sont susceptibles d’inciter les gens à marcher.
Accessibilité et marchabilité
La marche est souvent pratique pour rejoindre une épicerie ou un arrêt d’autobus par exemple. On considère qu’une destination est accessible à pied si elle se trouve au plus à 800 mètres de distance. L’indicateur Walk Score permet de connaître l’accessibilité à pied d’une adresse quelconque en fonction de l’offre de services et commerces à distance de marche. On parle aussi de villes de 15 minutes pour faire référence aux environnements qui permettent de rejoindre plusieurs destinations à pied (environ un km) ou à vélo (un peu moins de 5 km) dans ce laps de temps.
Mais le choix de marcher dépend aussi de la sécurité, du confort et de l’attractivité du trajet à parcourir, des facteurs qui varient selon la forme urbaine, le paysage urbain et la personne elle-même, et qui sont particulièrement importants lorsque la marche constitue une activité en soi. On parle alors de marchabilité ou de potentiel de marche.
Assurer des trajets sécuritaires
Un quartier où l’offre commerciale est abondante le long de boulevards très achalandés ou dans des centres commerciaux entourés de vastes stationnements peut offrir plusieurs destinations à moins de 15 minutes à pied. La marche y reste toutefois peu sécuritaire, car les piétons doivent à plusieurs reprises partager l’espace avec les automobiles. Les conditions de sécurité du parcours sont donc faibles en raison des risques accrus d’accident.
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Le mauvais état des trottoirs peut également nuire aux déplacements à pied. Pour les individus avec une mobilité plus limitée, des surfaces brisées ou des dalles surélevées augmentent les risques de chutes. Pour les personnes utilisatrices d’un fauteuil roulant, les transitions entre le trottoir et la chaussée aux intersections sont souvent problématiques. Le niveau de sécurité peut aussi varier selon les saisons. Ainsi, des trottoirs enneigés ou glacés peuvent créer des barrières à la marche chez plusieurs personnes, dont les personnes très âgées. Si elle n’a pas d’autre moyen de se déplacer, la personne court un risque d’isolement.
Les attributs du cadre bâti peuvent nuire à la sécurité perçue des trajets à pied. Les bâtiments détériorés, délaissés, avec peu de fenestration renvoient une image de danger. À l’opposé, des parcours à travers des espaces animés tout au long de la journée permettent de recréer une ambiance sécuritaire. Une enquête menée récemment aux États-Unis a montré que les piétons évitent les boulevards avec beaucoup de trafic, mais dans plusieurs quartiers, c’est le long de ces axes qu’on trouve les commerces, obligeant les gens à les fréquenter.
La perception de la sécurité est particulièrement importante pour favoriser la marche chez les enfants. Même si l’école est proche de la maison, la présence de voitures aux abords et les vitesses de circulation élevées nuisent à la sécurité des parcours vers l’école. Des politiques de vision zéro, à l’aménagement de rues-écoles, les interventions sont nombreuses ces dernières années pour assurer des trajets sécuritaires et agréables pour les piétons, notamment les enfants.
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Des trajets confortables
Une séparation claire entre le trottoir et les voies de circulation automobile renforce la sécurité des personnes qui marchent. Lorsqu’on y ajoute de la végétation, on améliore aussi le confort et l’agrément du parcours. Le mobilier urbain joue un rôle similaire : la présence régulière de bancs, par exemple, offre aux personnes âgées la possibilité de faire une pause durant le trajet. Enfin, un éclairage pensé pour les piétons (et pas seulement pour les automobilistes), permet de repérer plus facilement d’éventuels obstacles sur le chemin et de se déplacer sereinement après la tombée du jour.
Aux intersections, l’aménagement de saillies de trottoir ou des traverses surélevées permettent aux piétons de franchir la rue au même niveau que le trottoir, améliorant le confort et la continuité du déplacement. Des trottoirs de plus de deux mètres de largeur rendent aussi la marche plus fluide : ils permettent de contourner les obstacles (vélos stationnés, bacs de recyclage au chemin), de marcher en groupe ou de circuler plus facilement en fauteuil roulant.
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À l’inverse, certains aménagements nuisent à la marche, car ils augmentent les risques pour le piéton. C’est le cas des entrées charretières empruntées par les voitures pour accéder aux stationnements hors rue. Ces aménagements sont fréquents dans les milieux plus dépendants de l’automobile, où les stationnements hors rue sont omniprésents.
Pour le plaisir de marcher
La possibilité de croiser d’autres personnes dans la rue est aussi recherchée. Les terrasses publiques, les espaces verts et la présence d’art public contribuent à agrémenter le parcours de marche. Des villes comme Montréal, Vancouver ou Toronto offrent des parcours de marche qui mettent de l’avant l’art mural urbain.
Il est important d’aller au-delà des simples aménagements fonctionnels visant à sécuriser les trajets de marche. Lorsqu’on aménage ou réaménage un espace, c’est aussi l’occasion d’augmenter le plaisir que la marche peut procurer. Une intersection au coin d’une école peut ainsi être transformée grâce à un marquage au sol avec un design original, rendant le trajet à l’école plus ludique et agréable pour les enfants. Favoriser la marche est un travail qui implique plusieurs professionnels de l’aménagement.
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Paula Negron-Poblete a reçu des financements du Fonds de recherche du Québec et du Conseil de recherche en sciences humaines. du Canada.
– ref. Au-delà de la « ville 15 minutes » : ce qui donne vraiment envie de marcher – https://theconversation.com/au-dela-de-la-ville-15-minutes-ce-qui-donne-vraiment-envie-de-marcher-283321
