Source: The Conversation – in French – By Stéphane Dion, Diplomate en résidence, Université de Montréal
Le Canada a besoin d’une diplomatie scientifique efficace, basée sur une approche unifiée, afin de garantir notre plein accès aux connaissances scientifiques, de s’assurer que notre économie demeure à la fine pointe technologique, que nos normes et nos valeurs de liberté scientifique prévalent dans le monde et que la science demeure au service de la résolution pacifique des tensions mondiales.
Voici les conclusions que j’ai dégagées lors d’une allocution prononcée lors du Sommet Canada-GESDA sur la diplomatie scientifique, qui s’est tenue à Montréal en juin 2026. Organisé conjointement par l’Université de Montréal, l’Université McGill et l’Université de Calgary, en partenariat avec le GESDA (Geneva Science and Diplomacy Anticipator), cet événement majeur a rassemblé des scientifiques, des diplomates et des décideurs politiques pour jeter les bases d’une future stratégie canadienne de diplomatie.
Invité à titre de diplomate en résidence de la Faculté des Arts et des Sciences de l’Université de Montréal, j’y ai fait ressortir les objectifs de la diplomatie scientifique, l’idéal qu’elle poursuit, les intérêts qui s’y jouent, ainsi que son importance vitale pour le Canada dans le contexte technologique et géostratégique actuel.
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Les quatre piliers de la diplomatie scientifique
La diplomatie scientifique couvre au moins quatre objectifs fondamentaux :
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L’accès, par-delà les frontières, pour nos scientifiques, aux meilleurs cerveaux, laboratoires, équipes et partenaires de recherche, les plus complémentaires, les plus efficaces, les mieux financés.
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L’obtention, par ce déploiement scientifique international, du maximum de retombées économiques pour notre pays et ses entreprises, en termes d’innovations, de technologies de pointe, de contrats, d’investissements, de parts de marché et de partenariats prometteurs.
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La promotion de nos normes et de nos valeurs à l’échelle internationale : la liberté académique, la protection des chercheurs, leur indépendance et leur crédibilité, la détection des fraudes, la propriété intellectuelle, la diversité culturelle (c.-à-d., la recherche en français), soit la science au service de l’humain et non l’inverse.
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L’utilisation de la science pour alléger les tensions et solutionner les conflits commerciaux et politiques dans tous les domaines (les réglementations sanitaires, les délimitations frontalières, le partage des droits de pêche, etc.).
Pour une atteinte optimale de ces quatre objectifs, le défi fondamental est de concilier un idéal avec un intérêt. L’idéal, c’est la libre circulation des idées, condition essentielle pour l’avancement de la science. L’intérêt, c’est la détention exclusive de connaissances scientifiques.
Nos gouvernements et nos États souhaitent la coopération scientifique et signent quantité d’ententes et de protocoles de coopération. Mais ils veulent aussi protéger la propriété intellectuelle et les avantages concurrentiels de leurs scientifiques, de leurs entreprises et de leurs armées et lutter efficacement contre l’espionnage industriel, politique et militaire.
Ensemble, ces quatre objectifs forment le système d’action concret dans lequel la diplomatie scientifique s’est déployée aux différentes époques.
Les défis technologiques et géostratégiques de notre époque
Chaque époque est bien sûr marquée par son contexte géopolitique et technologique. Le contexte d’aujourd’hui a trois caractéristiques :
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la révolution de l’intelligence artificielle, laquelle s’ajoute à la révolution numérique ;
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la domination technologique de quelques méga entreprises privées, principalement américaines ;
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l’émergence comme superpuissance scientifique d’un pays sous régime non démocratique, hors de la sphère de l’Amérique du Nord, de l’Europe et du Japon : la Chine.
On pourrait ajouter une quatrième caractéristique, qui est le trumpisme, c’est-à-dire la volonté de l’administration américaine actuelle d’affaiblir la liberté scientifique chez elle et la coopération scientifique avec l’étranger. Cela complique notamment les efforts internationaux pour réglementer les géants du numérique et de l’intelligence artificielle, qui sont principalement américains et qui ont l’appui de l’administration Trump.
Le dernier exemple en est la décision du Département du commerce américain de fermer l’accès aux Non-Américains aux derniers modèles d’intelligence artificielle de la compagnie Anthropic.
Le risque d’être pris entre trois forteresses
Du temps de la guerre froide, l’URSS était une puissance scientifique, mais elle se déployait en parallèle de nos circuits économiques et scientifiques. La Chine d’aujourd’hui, elle, est pleinement intégrée au système scientifique mondial.
Elle pèse de tout son poids dans le déploiement des nouvelles infrastructures scientifiques et des centres de données, des sources de financement et de formation, des réseaux satellitaires et des systèmes d’intelligence artificielle. Cela nous pose d’immenses problèmes en termes de sécurité et notamment de cybersécurité et de sûreté de la coopération scientifique et des échanges universitaires.
Face à un protectionnisme américain renforcé et au dynamisme chinois, l’Union européenne cherche à établir sa souveraineté scientifique. Le parlement européen est en train de discuter des plans de la Commission européenne pour la souveraineté technologique. On parle d’un possible Buy Europe Research Act.
Il y a donc le risque pour un pays comme le Canada d’être pris entre trois forteresses : l’états-unienne, la chinoise et l’européenne. D’où l’absolue nécessité pour nous de développer une diplomatie scientifique hyperefficace afin de préserver notre plein accès au monde scientifique.
La nécessité d’une approche Équipe Canada
Pour poursuivre leur croissance à l’international, nos entreprises ont besoin que le Canada renforce ses alliances industrielles et scientifiques avec d’autres pays alliés. Cet enjeu est d’autant plus crucial que les grands projets entraînent des coûts de R&D largement supérieurs aux capacités d’une seule entreprise.
D’où l’importance d’une diplomatie scientifique canadienne efficace qui puisse mettre en valeur les capacités canadiennes en science, technologie et innovation, et fasse ressortir la légitimité, la stabilité et la qualité du Canada comme partenaire de confiance. Ce dernier aspect est un avantage pour le Canada devant d’autres pays concurrents qui ont peut-être plus de capacité scientifique, mais n’inspire plus confiance.
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Le succès de cette diplomatie canadienne reposera beaucoup sur un esprit d’équipe, une approche Équipe Canada rassemblant nos gouvernements, nos ambassades, nos entreprises et nos universités. Il faut apprendre à mieux travailler ensemble. Cela inclut bien sûr nos organismes phares : Statistique Canada, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, la Banque de développement du Canada, etc.
Il ne faut pas travailler en silo, chaque entreprise et chaque université dans son coin, mais tirer parti de l’extraordinaire marque de commerce qu’est notre pays. Le Canada, ça vend bien, ça ouvre des portes.
L’exemple européen
Grâce à un bon travail d’équipe, nous avons réussi à faire en sorte que le Canada ait pleinement accès à Horizon Europe, le plus grand programme de financement de la recherche et de l’innovation au monde.
Le Conseil européen vient d’adopter, le 29 mai, une recommandation qui identifie Horizon Europe comme étant « l’outil le plus puissant de la diplomatie scientifique mondiale pour l’Union européenne ».
Les pays qui ont une forte tradition de coopération entreprises-universités sont avantagés. Les pays baltes, notamment, font très bien. Pour un pays comme la France, à forte tradition étatique, l’apprentissage a été plus long. Le programme existe depuis quarante ans et ce n’est que ces dix dernières années que la France récolte sa part d’appels d’offres.
Horizon Europe se termine fin 2027. Son successeur sera le Framework Program 10 (FP10), le Programme Cadre 10, lequel est débattu en ce moment au Parlement européen. Il est impératif que le Canada obtienne accès à ce programme l’équivalent du plein accès dont il jouit en ce moment avec Horizon.
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Le Canada doit aussi être inclus dans le nouveau secteur que couvrira FP10 : la recherche à double usage. Ce terme désigne les innovations, technologies ou connaissances initialement développées pour le marché civil, mais pouvant également servir à des fins de défense, de renseignement ou militaires. Il y a le risque que les États associés, dont le Canada, soient exclus de la recherche à double usage, en particulier les secteurs considérés comme sensibles : l’IA, le quantique et la cybersécurité.
Il faut éviter cela à tout prix. Le Canada est un allié précieux, il doit être pleinement inclus comme un partenaire de recherche à part entière. Pour y parvenir, entreprises, universités et chercheurs doivent tous se mobiliser.
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Stéphane Dion ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Plaidoyer pour une diplomatie scientifique canadienne unifiée et efficace – https://theconversation.com/plaidoyer-pour-une-diplomatie-scientifique-canadienne-unifiee-et-efficace-286325
