Source: The Conversation – in French – By Ethel Eljarrat, Profesora de Investigación del Departamento de Química Ambiental, Instituto de Diagnóstico Ambiental y Estudios del Agua (IDAEA – CSIC)

Une étude menée sur des poissons gras, comme le saumon, ou maigres, comme le merlu, conservés dans du plastique, montre que des substances toxiques (phtalates, bisphénol A pourtant interdit, etc.) migrent depuis l’emballage vers les aliments. Les chercheurs ont reproduit les usages domestiques, avec du poisson mis au réfrigérateur et au congélateur et différents emballages en plastique (barquettes classiques, compostables, films alimentaires, sacs…). Leurs résultats sont surprenants et plaident pour une réglementation plus stricte dans ce domaine.
Quand nous achetons un filet de saumon ou un merlu frais au supermarché, notre priorité est de respecter la chaîne du froid afin d’éviter la prolifération de bactéries. Cependant, nous ne pensons généralement pas à la contamination potentielle de ces aliments qui viendrait de l’utilisation d’emballages destinés à les conserver. Quand nous conservons du poisson au réfrigérateur ou au congélateur, les additifs chimiques présents dans le plastique, des composés conçus pour conférer souplesse ou durabilité à l’emballage, peuvent migrer depuis cet emballage vers l’aliment.
Les plastiques ne sont pas des matériaux inertes. Ils sont constitués de polymères auxquels sont ajoutées plus de 12 000 substances chimiques différentes, comme des plastifiants, des bisphénols, des filtres solaires et des retardateurs de flamme. Ces composés peuvent se retrouver dans le poisson par trois voies différentes : la pollution des mers et des océans, la transformation des aliments et leur conservation dans différents types d’emballages.
À lire aussi :
Boîtes de conserve : des risques invisibles pour la santé ?
Certaines études concluent que ces composés ne sont pas inoffensifs, car ils présentent une toxicité à long terme chez l’humain, en particulier du fait de leur lien potentiel avec des troubles métaboliques et des effets sur la reproduction. De nombreuses données scientifiques démontrent par exemple la toxicité des plastifiants tels que les phtalates. En guise de réponse, les fabricants ont de plus en plus souvent recours à des plastifiants de substitution, bien que des recherches récentes suggèrent que bon nombre d’entre eux ne sont pas non plus exempts de risques pour la santé.
Une étude pionnière dans des conditions réelles d’utilisation domestique
Jusqu’à présent, la plupart des études sur les contaminants alimentaires analysaient le produit directement après son achat, sans tenir compte des processus de conservation ou de cuisson. Par ailleurs, les tests visant à évaluer les risques potentiels liés à la migration depuis les emballages vers les aliments sont réalisés en laboratoire à l’aide de simulants alimentaires qui ne reflètent pas la complexité d’une matrice réelle.
Une étude récente, menée par l’Institut de diagnostic environnemental et d’études sur l’eau (IDAEA-CSIC), en collaboration avec l’Université de Florence, et publiée dans la revue Environment International, a bouleversé cette approche.
Au cours de nos investigations, nous avons analysé pour la première fois le transfert de quatre familles de substances chimiques, en l’occurrence les phtalates, les esters organophosphorés, les bisphénols et les plastifiants de substitution aux phtalates, depuis des emballages d’usages courants vers le poisson. Nous avons procédé dans des conditions réelles de conservation à domicile. Nous avons évalué ce transfert sur des espèces très consommées en Espagne, comme le saumon, le thon et le merlu. Ces poissons étaient conservés dans deux conditions habituelles : au réfrigérateur (+4 °C pendant 48 heures) et au congélateur (-18 °C pendant 30 jours).
Les emballages analysés incluaient des barquettes classiques en polystyrène, du film transparent jusqu’à des sachets de congélation à fermeture zip, en passant par des barquettes et des sachets compostables.

Les auteurs
Même le congélateur n’empêche pas la migration
Dans des travaux précédents, nous avons déjà démontré que la cuisson d’aliments emballés dans des matériaux plastiques peut accroître le transfert de plastifiants. Les résultats présentés dans cette nouvelle étude montrent, cette fois, que le froid ne constitue pas une barrière infranchissable. Même si les basses températures ralentissent généralement les processus, le temps de contact est un facteur clé qui favorise la migration de ces substances.
Le dihexylphtalate (DHEXP) n’a, par exemple, présenté de migration significative que dans les échantillons congelés, ce qui suggère que le fait de laisser le poisson en contact avec le plastique pendant plusieurs semaines augmente le risque de transfert.
De plus, la migration n’est pas la même pour tous les poissons, mais dépend de nombreux facteurs. Dans les poissons gras (comme le saumon), les additifs les plus lipophiles (qui se dissolvent bien dans les graisses), tels que le plastifiant de substitution DEHA, ont montré une migration plus importante, avec des taux pouvant atteindre 95 à 98 %. En revanche, des transferts plus importants de bisphénols, tels que le bisphénol A (BPA), qui présentent une plus grande solubilité dans l’eau, ont été détectés dans les poissons maigres à forte teneur en eau, comme le merlu.
Cette distinction est essentielle pour comprendre le risque : la contamination du poisson par des additifs qui s’accumulent dans ses muscles dépend de nombreux facteurs. Il est donc indispensable de prendre en compte tous les scénarios possibles.
Les barquettes compostables présentent également un risque
Par ailleurs, les barquettes compostables à base de cellulose contiennent des taux plus élevés de plastifiants. Par conséquent, la quantité de composés qui migrent est supérieure à celle des plastiques conventionnels. En effet, les niveaux de risque les plus élevés relevés dans l’étude étaient associés au merlu congelé et conservé dans ces barquettes alternatives.
Les barquettes compostables, en particulier celles à base de cellulose, se sont imposées comme des alternatives durables fabriquées à partir de matériaux renouvelables. En outre, elles peuvent être valorisées par compostage à la fin de leur cycle de vie. Cependant, ces matériaux peuvent eux aussi contenir des substances susceptibles de migrer vers les aliments.
Le danger de ces substances réside dans le fait que beaucoup d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens. Cela signifie qu’ils imitent nos hormones et peuvent entraîner des effets chroniques sur la santé à long terme, comme l’infertilité, le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains types de cancers. Elles ne provoquent pas de toxicité aiguë immédiate, mais agissent silencieusement par l’exposition à de petites doses quotidiennes qui s’accumulent.
Les bébés et les enfants sont les plus vulnérables
L’étude a évalué l’exposition à ces additifs par ingestion chez les bébés, les enfants et les adultes, en combinant les données de concentration après migration des additifs dans le poisson avec les données officielles sur la consommation de poisson en Espagne. L’évaluation a mis en évidence un risque plus élevé pour les plus jeunes. En raison de leur poids corporel plus faible, les bébés et les enfants sont exposés à ces substances toxiques jusqu’à dix fois plus que les adultes.
La plupart des composés ne présentaient aucun risque, à l’exception du bisphénol A : les concentrations détectées dans le poisson après stockage dépassent dans de nombreux cas les nouvelles limites de sécurité fixées par l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui a réduit en 2023 le seuil d’ingestion sans danger pour ce composé de 20 000 fois en raison de son potentiel toxique.
Vers une réglementation plus stricte
Il est important de souligner que le poisson est un aliment sain et indispensable à notre alimentation. Le problème ne réside pas dans l’aliment lui-même, mais dans l’absence de réglementations ambitieuses régissant la présence de ces substances chimiques dans la chaîne d’approvisionnement.
À lire aussi :
Tout (ou presque) ce qui se cache dans une boîte de sardines
La nouvelle loi espagnole sur les déchets, adoptée en 2022, interdisait déjà l’utilisation des phtalates et du bisphénol A dans les emballages. Cependant, les résultats de cette étude suggèrent que cette législation n’est pas respectée, la présence de ces composés ayant été détectée dans des emballages commercialisés en Espagne en 2025.
(Le bisphénol A ainsi qu’un phtalate dénommé DEHP (phtalate de di-2-éthylhexyle), utilisés depuis cinquante ans pour la fabrication de certains plastiques et de résines, sont considérées comme perturbateurs endocriniens par de nombreux organismes internationaux. Mais ces substances demeurent des sources de contamination environnementale et d’imprégnation de la population, bien que leur usage soit restreint, relève le site officiel français notre-environnement.gouv.fr, ndlr.)
Par ailleurs, l’Union européenne a adopté en 2024 un règlement visant à limiter la présence de BPA dans les emballages alimentaires (en vigueur depuis janvier 2025), qui prévoit une période de transition de 36 mois avant son application définitive.
(Qu’est-ce que les bisphénols ? Où les trouve-t-on ?, les réponses du ministère français de la santé, ndlr.)
Il est essentiel de mettre en place un système de contrôle pour vérifier le respect de ces réglementations. De même, il est nécessaire de continuer à évaluer les nouveaux additifs qui remplacent ceux qui ont été interdits car, souvent, nous ne disposons souvent pas de données suffisantes concernant leur innocuité.
En tant que consommateurs, en attendant que les politiques évoluent, nous pouvons prendre des mesures simples, comme réduire le temps de contact avec le plastique, privilégier les récipients en verre pour la conservation et éviter de réchauffer les aliments dans des récipients en plastique ou des sachets de cuisson, car la chaleur multiplie de manière exponentielle la migration de ces substances.
Mais le véritable défi est d’ordre politique et mondial : nous devons fabriquer des produits de consommation courante en gardant à l’esprit qu’ils pourraient, à terme, finir dans notre assiette.
![]()
Maria Vittoria Barbieri a reçu des financements dans le cadre du programme postdoctoral Beatriu de Pinos de l’Agence de gestion des aides universitaires et de recherche de la Generalitat de Catalunya (AGAUR) (subvention n° 2023 BP 00079).
Ethel Eljarrat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Est-ce sans danger de conserver le poisson dans des emballages en plastique ? Une nouvelle étude fait le point – https://theconversation.com/est-ce-sans-danger-de-conserver-le-poisson-dans-des-emballages-en-plastique-une-nouvelle-etude-fait-le-point-285093
