Source: The Conversation – in French – By James Horncastle, Assistant Professor and Edward and Emily McWhinney Professor in International Relations, Simon Fraser University
Le président américain Donald Trump a annoncé sur les réseaux sociaux qu’un accord de paix avec l’Iran serait « largement négocié ». Le flou règne cependant : alors que le chef de la Maison-Blanche et ses alliés vantent cet accord depuis plusieurs jours, les autorités iraniennes affirment que rien n’est conclu.
En réalité, il semblerait que de nombreuses négociations soient encore nécessaires.
Cette confusion découle de cette obsession présidentielle à toujours répéter que les États-Unis sont en train de gagner le conflit, alors que les faits disent le contraire.
Insister sur la victoire des États-Unis
Depuis le début du conflit avec l’Iran, Donald Trump se montre de plus en plus catégorique quant à sa victoire sur l’Iran. Il a même taxé de trahison les journalistes critiques quant à l’effort de guerre américain.
Quelles que soient ces menaces, les États-Unis se trouvent dans une position stratégique nettement moins favorable qu’au début du conflit.
En plus d’aliéner les principaux alliés des États-Unis, tant dans la région et ailleurs, ce conflit a un impact dévastateur sur l’économie américaine.
Les attaques de Trump contre ses adversaires et les médias étant monnaie courante, il est donc facile de ne pas en tenir compte.
Le conflit iranien marque tout de même une rupture, puisque le président a agi presque sans consultation en dehors d’un cercle restreint. Son affirmation selon laquelle les États-Unis seraient en train de gagner cette guerre occulte complètement l’affaiblissement de la position stratégique du pays — une faille récurrente dans la réflexion stratégique américaine actuelle.
Une myriade de justifications
Les États-Unis, sans consulter ses alliés, ont lancé des opérations militaires de grande envergure contre l’Iran fin février 2026.
Donald Trump en a fourni de multiples justifications et explications. Si ces revirements rendent difficile toute évaluation objective, une constante demeure : le président s’attendait à l’effondrement du pouvoir iranien.
Or, le gouvernement iranien aurait plutôt consolidé ses positions autour de son élément le plus radical, le Corps des Gardiens de la révolution islamique. Ce dernier a marginalisé ou emprisonné les modérés avec lesquels Trump souhaitait négocier.
Cette évolution, guère surprenante, était pourtant prévisible.
Au lieu de se résigner, les partisans iraniens de la ligne dure estiment qu’ils ont besoin de la victoire afin de maintenir le soutien de leur opinion publique — tout comme le pouvoir américain, d’ailleurs.
Ce braquage a poussé le gouvernement iranien vers une logique d’intensification du conflit pour faire monter la pression. Et la riposte la plus évidente et la plus susceptible d’infliger le maximum de dégâts aux États-Unis consistait à prendre le contrôle du détroit d’Ormuz.
Le détroit d’Ormuz
Depuis des décennies, toutes les simulations d’un conflit majeur entre les États-Unis et l’Iran prédisent que l’Iran agirait ainsi dès le début.
Si bien que ce pays exerce désormais une pression considérable sur l’économie américaine et mondiale. L’attention internationale portée sur l’approvisionnement en pétrole fait oublier qu’il en est de même pour d’autres marchandises essentielles à l’économie mondiale, telles que l’urée granulaire et l’aluminium.

(Wikimedia)
Donald Trump ne se prive pas de rappeler que les États-Unis sont la plus grande puissance mondiale. Personne n’en doute.
Mais il existe néanmoins des limites à cette puissance. Un facteur clé est celui du soutien populaire, très variable, et qui peut être gravement affecté par les pertes humaines, comme on l’a vu avec la guerre du Vietnam.
Cette réalité limite considérablement les options stratégiques des États-Unis, car ceux-ci ne peuvent pas forcer le détroit d’Ormuz sans risquer des pertes humaines importantes, malgré leur supériorité militaire.
Ce casse-tête est le dilemme auquel Donald Trump est confronté alors qu’il tente de mettre fin à la guerre. Sa confiance dans les capacités américaines en matière de frappe de précision l’a conduit à en ignorer les limites.
Pas de solution facile
Il faut reconnaître que Donald Trump n’est pas le premier dirigeant américain à avoir succombé à l’illusion de la toute-puissance militaire. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis se sont même retrouvés plusieurs fois en position stratégiquement délicate pour cette raison.
Les guerres du Vietnam et d’Irak sont deux exemples saillants de conflits prolongés où les États-Unis se sont enlisés malgré leur puissance militaire écrasante. Dans les deux cas, le manque de préparation les a amenés à payer le prix fort — financièrement, mais aussi quant à leur position stratégique globale.
Donald Trump vient cependant amplifier ce vieux défaut américain en matière de réflexion et de la politique stratégique. Sa conviction dans sa supériorité personnelle l’empêche de voir la boîte dans laquelle ses conseillers et lui-même se sont enfermés.
Et alors que d’autres présidents ont au moins tenté de résoudre les crises qu’ils avaient créées, le manque de concentration de Donald Trump le pousse plutôt à courir un autre lapin, ici Cuba.
Il en résulte que, même si le président américain affirme que les États-Unis sont en train de s’extirper du guêpier iranien, son pays et lui-même se retrouvent dans une position nettement moins avantageuse sur l’échiquier stratégique.
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James Horncastle ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Accord « largement négocié » avec l’Iran, selon Trump : panne de réflexion stratégique à la Maison-Blanche – https://theconversation.com/accord-largement-negocie-avec-liran-selon-trump-panne-de-reflexion-strategique-a-la-maison-blanche-283844
