Source: The Conversation – in French – By Coline Zigrand, Candidate au doctorat en neuropsychologie, Université du Québec à Montréal (UQAM)
Une simple odeur diffusée pendant le sommeil peut-elle améliorer votre odorat, votre mémoire ou même la qualité de votre sommeil ? De nouvelles recherches explorent les bienfaits de la stimulation olfactive passive.
Une personne sur cinq présente une perte ou une diminution de l’odorat. Celle-ci peut survenir à la suite de différentes conditions, dont une infection respiratoire, une sinusite, une infection de type Covid-19, un traumatisme crânien, une maladie neurodégénérative ou une exposition à des produits chimiques.
Invisible, elle réduit fortement la qualité de vie.
Les personnes touchées peuvent s’isoler par crainte de sentir mauvais, ressentir de l’anxiété, perdre l’envie de manger ou modifier leur alimentation. La sécurité quotidienne est aussi compromise, puisque détecter la fumée, le gaz ou des aliments avariés devient plus difficile. Enfin, cette perte peut nuire à certaines professions, comme chef, parfumeur ou sommelier pour qui l’odorat est un véritable outil de travail.
Le traitement principal de la perte olfactive consiste en un « entraînement olfactif ». Tous les jours, matin et soir, le protocole consiste à s’exposer à des odeurs différentes pendant environ 30 à 40 secondes par odeur.
Les limites de la stimulation olfactive
Bien que les effets bénéfiques de la stimulation olfactive soient documentés par plusieurs études, le taux d’abandon est élevé. Effectivement, pour être efficace, l’entraînement olfactif requiert deux séances par jour pendant trois mois minimum. Cette routine répétitive est contraignante et certains abandonnent avant d’en voir les bénéfices.
Pour combler cette lacune, des chercheurs ont proposé une solution simple et accessible : la stimulation olfactive passive. Elle consiste à exposer le cerveau à des odeurs variées de manière continue, même durant le sommeil.
Un remodelage du cerveau
Sans effort et sans médicament, cette pratique nocturne intrigue de plus en plus les neuroscientifiques en raison de ses bienfaits. En effet, certaines études montrent une amélioration de la mémoire, une meilleure qualité du sommeil et même des changements anatomiques au niveau cérébral.
Ces effets reposent sur la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se remodeler en fonction des expériences et apprentissages. En sentant des odeurs, nous activons et stimulons le système limbique du cerveau, une région clé qui régule les émotions et la mémoire. Malgré un champ de recherche en pleine expansion, cette approche demeure peu connue du grand public. Ses effets bénéfiques sur le cerveau pourraient améliorer la qualité de vie de nombreuses personnes, d’autant plus que les plaintes de mémoire, de sommeil ou d’odorat augmentent avec l’âge.
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Un « booster » de mémoire
L’odeur d’une tarte au sucre sortant du four peut suffire à raviver un souvenir d’enfance chez grand-mère. Véritable madeleine de Proust, ce phénomène illustre le lien intime entre l’odorat et la mémoire.
Une étude publiée dans Frontier in Neuroscience a exposé un groupe d’adultes en santé âgés de 60 à 85 ans à une odeur différente chaque nuit, soit sept odeurs en rotation sur une semaine, pendant six mois. Leurs résultats montrent une amélioration de 226 % de leur mémoire verbale comparativement à un groupe d’adultes non exposés.
Au niveau cérébral, les chercheurs ont rapporté une augmentation du faisceau unciné gauche, une sorte d’autoroute de communication entre les régions du cerveau impliquées dans la mémoire et l’apprentissage. Le fait que cette structure soit positivement modifiée par la stimulation olfactive passive laisse sous-entendre que les effets ne seraient pas qu’éphémères.
Ainsi, la stimulation olfactive pourrait agir comme un véritable « booster » pour la mémoire des personnes âgées. Cependant, bien qu’encourageants, ces résultats nécessitent d’être confirmés par d’autres études, notamment en raison de la petite taille de l’échantillon.
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Bienfaits sur le sommeil
Les odeurs et le sommeil sont intimement liés, et ce depuis des millénaires. Déjà dans l’Égypte ancienne, nos ancêtres brûlaient de l’encens de myrrhe pour protéger les dormeurs des cauchemars. Aujourd’hui, la recherche suggère que la stimulation olfactive pratiquée au moment de l’endormissement et durant la nuit pourrait effectivement améliorer le sommeil.
Le sommeil est crucial pour le bon fonctionnement de notre santé physique et mentale. Au sens large, le sommeil permet à notre corps de récupérer, de réguler les émotions et d’éliminer les déchets métaboliques accumulés durant la journée ainsi que soutenir le système immunitaire. C’est également un moment clé pour consolider les souvenirs, en transformant les informations fraîchement apprises en mémoires à long terme. Or, en vieillissant, notre sommeil devient plus fragmenté, contient plus d’éveils et nous rapportons généralement un sommeil de moindre qualité.
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Une méta-analyse regroupant plusieurs études démontre que certaines odeurs peuvent améliorer la qualité du sommeil des personnes insomniaques. La lavande, l’écorce d’orange et la rose sont les odeurs les plus étudiées, bien que leurs effets thérapeutiques respectifs restent encore peu connus.
Dans la même lignée, une étude pilote a montré que la diffusion nocturne de l’odeur de lavande pouvait améliorer à la fois le sommeil perçu et certains indices objectifs du sommeil mesurés par EEG. Comparativement à une nuit sans odeur, la nuit avec odeur de lavande était associée à un meilleur bien-être au réveil, à une diminution des perturbations du sommeil, ainsi qu’à une augmentation du sommeil lent profond (N3) et de l’activité delta, un marqueur de sommeil plus profond et récupérateur.
Ces résultats restent préliminaires, mais suggèrent qu’une stimulation olfactive passive durant la nuit pourrait favoriser un sommeil de meilleure qualité.
Par où commencer ?
Pas besoin d’équipement sophistiqué pour s’initier à la stimulation olfactive passive. Voici quelques pistes :
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Sentir un parfum, des huiles essentielles chaque matin ou soir sur les vêtements.
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Utiliser un diffuseur ou un parfum d’ambiance dans votre pièce de vie.
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S’exposer à des odeurs différentes.
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Sentir au minimum 4 odeurs différentes. Chaque type durant environ 30 s dans chaque narine, 2 fois par jour pendant 3 à 6 mois.
Pour préparer notre corps à s’endormir, on tamise la lumière, on cherche le silence, on enfile des vêtements amples. On mobilise sans même s’en rendre compte presque tous nos sens. Alors, pourquoi ne pas y ajouter une odeur apaisante avant de fermer les yeux ?
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Coline Zigrand a reçu des financements de Fonds de recherche du Québec en Santé (FRQS).
Benoît Jobin reçoit du financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).
– ref. Stimuler l’odorat peut-il être bénéfique pour le cerveau ? – https://theconversation.com/stimuler-lodorat-peut-il-etre-benefique-pour-le-cerveau-278265
