Amélioration, même modeste, du sommeil, de l’activité physique, de l’alimentation et espérance de vie en bonne santé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Eef Hogervorst, Professor of Biological Psychology, Loughborough University

Les personnes qui participent à UK Biobank, un vaste projet de recherche à long terme sur la santé mené auprès de centaines de milliers d’adultes britanniques, sont généralement en meilleure santé que la population moyenne. CandyRetriever/Shutterstock

Une étude qui a porté sur une importante cohorte britannique suggère que de légers changements dans les habitudes de sommeil, d’activité physique et d’alimentation sont associés à un vieillissement en meilleure santé. On fait le point sur ses principaux enseignements, mais aussi sur les limites des résultats qu’elle met en avant.


Selon une vaste étude menée au Royaume-Uni, il ne serait pas nécessaire de bouleverser complètement notre mode de vie pour vivre plus longtemps en meilleure santé. C’est une bonne nouvelle, d’autant plus que beaucoup de gens abandonnent vite les bonnes résolutions qu’ils prennent concernant leurs habitudes de vie.

Dans cette étude récente, ont été suivies environ 59 000 personnes au Royaume-Uni, dont l’âge moyen était de 64 ans, sur une période de huit ans. Les chercheurs ont confirmé ce qu’avaient montré des travaux antérieurs selon lesquels des modes de vie plus sains sont associés à un risque moindre de maladies, notamment de démence, ainsi qu’à une vie plus longue en bonne santé et plus autonome.

Les auteurs de l’étude rapportent que des changements même très modestes étaient associés à de tels bienfaits. Cela incluait notamment le fait de dormir environ cinq minutes de plus par nuit, de pratiquer deux minutes supplémentaires par jour d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse, et d’améliorer modestement son alimentation. L’ensemble de ces changements étaient associés à environ une année supplémentaire de vie en bonne santé. Le terme « vie en bonne santé » désigne ici les années vécues sans maladie grave ni handicap qui limitent les activités quotidiennes.

Des changements plus importants sont associés à des gains plus significatifs. Près d’une demi-heure de sommeil supplémentaire par nuit, combinée à quatre minutes d’exercice supplémentaires par jour (ce qui représente près d’une demi-heure d’activité physique en plus par semaine), et à d’autres améliorations en matière d’alimentation, permettent de gagner jusqu’à quatre années de vie en bonne santé.




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Cela est important à noter car, bien que les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, ces années supplémentaires sont souvent marquées chez elles par une moins bonne santé, ce qui entraîne des coûts personnels et économiques significatifs. Les femmes sont exposées à un risque plus élevé de démence, d’accident vasculaire cérébral et de maladies cardiaques à un âge avancé, ainsi qu’à des affections entraînant une perte de la vue et à des fractures osseuses. Ces maladies peuvent réduire la qualité de vie et menacer l’autonomie.

Changer son mode de vie peut également réduire le risque de décès prématuré. L’année dernière, les mêmes facteurs liés au mode de vie examinés dans cette cohorte ont fait l’objet d’une analyse dans une autre étude qui portait sur la mortalité (le risque de décès).

D’après cette analyse, les personnes ayant adopté un mode de vie plus sain sur une période de huit ans présentaient un risque de décès inférieur de 10 % au cours de cette période. La combinaison de 15 minutes de sommeil supplémentaires par nuit, de deux minutes supplémentaires d’activité physique modérée à intense par jour et d’une alimentation saine était associée à une légère réduction du risque de décès. Une réduction bien plus importante, de 64 %, a été observée chez les personnes qui dormaient entre sept et huit heures par nuit, suivaient une alimentation saine et pratiquaient entre 42 et 103 minutes supplémentaires d’activité physique modérée à intense par semaine.

Soulignons que cet effet bénéfique n’a été observé que lorsque ces comportements étaient combinés. L’alimentation seule n’avait par exemple aucun effet mesurable.

Atouts et limites de ces études

L’un des principaux atouts de ces études vient du fait qu’elles mettent en évidence des bienfaits pour la santé dès les premiers signes d’un changement de comportement. Cela réduit le risque que les résultats soient uniquement influencés par le fait qu’elles inclueraient des personnes déjà en meilleure santé ou plus motivées. Ces conclusions apparaissent ainsi plus pertinentes pour les personnes âgées et pour celles qui ont des capacités limitées pour modifier leurs habitudes.

Un autre de leurs points forts réside dans le recours à des mesures objectives plutôt qu’à des données déclarées par les personnes participantes elles-mêmes. L’activité physique et le sommeil ont été mesurés à l’aide d’appareils portables, plutôt qu’en se fiant aux estimations des participants concernant leur propre comportement. Les déclarations des participants peuvent en effet se révéler peu fiables, en particulier chez les personnes qui souffrent de troubles de la mémoire, comme chez celles qui se trouvent aux premiers stades de la démence.

Il existe toutefois des limites importantes à ces études. Les mesures objectives n’ont été recueillies que pendant trois à sept jours, ce qui ne reflète peut-être pas les habitudes à long terme des personnes concernées. Selon mon expérience, le fait de porter un bracelet connecté peut inciter les gens à faire davantage d’exercice pendant la période de suivi, mais ces changements sont souvent de courte durée.

De plus, les accéléromètres portés au poignet évaluent le sommeil et l’activité physique en se basant sur les mouvements. Pendant le sommeil profond, les personnes bougent très peu, mais l’absence de mouvement ne signifie pas toujours qu’une personne dort. Ces appareils peuvent donc ne pas refléter pleinement les véritables habitudes de sommeil ou les niveaux activité physique. D’autres méthodes, telles que les capteurs fixés sur la cuisse ou les capteurs intégrés au matelas qui détectent les mouvements pendant le sommeil, peuvent fournir des évaluations plus précises.

Malgré ces problèmes, les mesures objectives sont généralement plus fiables que les déclarations des personnes concernées. Toutefois, comme le comportement n’a été mesuré qu’une seule fois, il est difficile de déterminer si les changements de comportement observés au fil du temps ont influencé les résultats en matière de santé. Il est également difficile de savoir si l’activité enregistrée correspondait à de l’exercice pratiquée pendant les loisirs ou à une activité physique au travail, sachant que ces deux types d’activité peuvent avoir des effets différents sur la santé.

Les informations sur l’alimentation posent un autre défi. Les habitudes alimentaires ont été rapportées par les participants eux-mêmes et recueillies trois à neuf ans avant la collecte des données sur le sommeil et l’activité physique. Les habitudes alimentaires changent souvent avec le temps, en particulier après un diagnostic tel qu’une maladie cardiovasculaire, où il peut être conseillé aux personnes concernées de baisser leur cholestérol, ou dans des cas de démence, quand les personnes peuvent oublier de manger. Il est donc difficile de savoir si l’alimentation a influencé le risque de maladie, ou si c’est l’apparition de la maladie qui a modifié l’alimentation et contribué finalement à une mauvaise santé puis à un décès prématuré.

Il faut également tenir compte de facteurs sociaux plus généraux. Les comportements sains ont tendance à se regrouper ensemble et sont étroitement liés au niveau d’éducation et à la sécurité financière. Par exemple, le tabagisme et le fait d’être en surpoids ou obèse sont étroitement associés à la précarité et à la pauvreté.




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Les participants à l’UK Biobank, un vaste projet de recherche à long terme sur la santé qui recueille des données génétiques, sur le mode de vie et sur la santé auprès de centaines de milliers d’adultes britanniques, sont généralement en meilleure santé que la population britannique moyenne.

La recherche en santé attire souvent des personnes en meilleure santé, plus instruites et jouissant d’une plus grande sécurité financière. Cela peut refléter à la fois un intérêt pour la recherche et le fait de disposer du temps et des ressources nécessaires pour participer à de telles études.

La richesse a également un impact sur l’exposition au risque. Les personnes qui disposent de revenus plus élevés sont moins susceptibles de vivre dans des zones où les niveaux de pollution sont élevés et ont davantage de chances de contrôler leurs conditions de travail et leurs finances. Le stress financier peut affecter la qualité du sommeil, entraîner de la fatigue et réduire la probabilité de faire de l’activité physique, d’acheter des aliments frais ou de préparer des repas sains. Au cours d’une vie, ces facteurs contribuent à une santé plus fragile et à un décès prématuré.

Bien que les chercheurs aient tenté de prendre en compte ces influences à l’aide de méthodes statistiques, celles-ci sont étroitement liées et difficiles à distinguer. Pour de nombreuses personnes qui vivent désormais dans une extrême pauvreté, l’aggravation du fossé entre problèmes de santé et richesse met en évidence les limites de la responsabilité individuelle. Ces problèmes structurels exigent une action de la part des décideurs politiques, plutôt que de faire porter le fardeau uniquement aux personnes qui n’ont peut-être que très peu de contrôle sur les conditions qui déterminent leur santé.

The Conversation

Eef Hogervorst a reçu des financements de plusieurs fondations gouvernementales et caritatives pour ses recherches sur le mode de vie et la santé, notamment, actuellement, de l’ISPF et d’Alzheimer’s Research UK. Elle est rattachée à l’université de Loughborough et a récemment intervenu en tant qu’experte en démence pour le NICE et la BBC. Par le passé, elle a été consultante en matière d’alimentation et de risques de démence pour Proctor.

ref. Amélioration, même modeste, du sommeil, de l’activité physique, de l’alimentation et espérance de vie en bonne santé – https://theconversation.com/amelioration-meme-modeste-du-sommeil-de-lactivite-physique-de-lalimentation-et-esperance-de-vie-en-bonne-sante-281360