Source: The Conversation – in French – By Libby Ware, PhD, Biological Anthropology, Université de Montréal
Que vous les ayez recherchés ou non, vous avez sans doute déjà croisé des créateurs de contenu sur la parentalité sur les réseaux sociaux à un moment ou à un autre au cours des deux dernières décennies.
Dans la section des commentaires, vous avez sans doute vu des parents être félicités pour leurs méthodes d’éducation. Et vous avez probablement aussi constaté de nombreux désaccords, du « mom-shaming » ou des critiques sur les styles parentaux.
La « parentalité douce » — une approche fondée sur l’empathie visant à élever des enfants confiants grâce à la compréhension et au respect — a par exemple connu un regain de popularité. Et puis, comme on pouvait s’y attendre, elle a été suivie de critiques acerbes.
Le plus souvent, l’éducation des enfants est présentée comme un choix entre des styles figés, mais les résultats de la recherche sur les primates suggèrent qu’une éducation efficace est flexible et s’adapte au contexte.
L’éducation des enfants est plus complexe que ces catégories
Selon Diana Baumrind, une psychologue clinique et du développement américaine influente, il existe trois grands styles parentaux chez l’humain : l’autoritatif, l’autoritaire et le permissif.
L’approche autoritative se caractérise par une grande chaleur parentale et une discipline stricte, l’approche autoritaire par une faible chaleur parentale et une discipline stricte, et l’approche permissive par une grande chaleur parentale et une discipline laxiste.
Les humains, cependant, sont loin d’être les seuls animaux à élever leurs petits. Les primates non humains ont des approches parentales variées, et les chercheurs se sont tournés vers nos plus proches parents pour comprendre comment les soins parentaux s’adaptent selon les environnements.
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Les stratégies de soins maternels chez les primates varient de permissives à protectrices, tout comme les styles parentaux humains.
Les mères primates consacrent davantage d’énergie et de temps à nourrir, à être auprès de et, de manière générale, à s’occuper de leur progéniture, de la petite enfance à l’indépendance, que ne le font les mâles. Cela reflète les rôles familiaux traditionnels selon les normes patriarcales chez les humains.
Des similitudes apparaissent également dans la manière dont les mères primates humaines et non humaines adaptent parfois leur parentalité pour mieux répondre aux besoins et à l’environnement de leur progéniture.
L’évolution favorise une parentalité réactive
Dans une étude récente menée par des psychologues et des primatologues comparant les humains et les bonobos, gibbons et siamangs en captivité, les chercheurs ont découvert que, chez toutes les espèces étudiées, les mères adaptaient leur comportement aux risques potentiels auxquels leurs petits étaient exposés.
Elles modifiaient également leur approche en fonction de l’âge, réduisant généralement les comportements protecteurs et augmentant certains comportements permissifs à mesure que les enfants grandissaient. Imaginez par exemple ce scénario : votre enfant devient adolescent et bénéficie d’un couvre-feu plus tardif (permissivité accrue) et est autorisé à passer la nuit chez des amis (protection réduite). Cela correspondrait à l’approche autoritative.
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Il est intéressant de noter que les soins protecteurs étaient plus importants tant chez les humains que chez les bonobos. Cette similitude peut s’expliquer par notre génétique commune (environ 99 %). La permissivité peut comporter davantage de risques, selon l’environnement.
La flexibilité des soins maternels chez les différentes espèces de primates suggère que l’éducation des enfants n’est pas aussi simple que de choisir un style ou une approche unique. S’adapter selon les axes de la permissivité et de la protection, ainsi que selon les niveaux de chaleur et d’implication, semble être la clé d’une éducation efficace avec les meilleurs résultats.
Ce qui fonctionne le mieux semble être la capacité à s’adapter en fonction du contexte. Cette flexibilité s’étend également aux autres personnes qui s’occupent des enfants, y compris les pères, dont le rôle a souvent été sous-estimé.
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Ce que la recherche dit à propos des pères
Les soins paternels sont présents chez les primates, mais rares chez les autres mammifères. C’est une autre raison pour laquelle les primates non humains et les humains constituent un modèle plus comparable pour les soins parentaux que les autres animaux.
Les pères jouent un rôle important dans la survie de la progéniture chez les ouistitis, les tamarins, les titis et les singes-chouettes, ainsi que chez certains lémuriens et siamangs. Ce rôle se manifeste souvent par le toilettage, le soutien lors de confrontations et la protection contre l’infanticide.
Il est courant que les adultes, en particulier les mâles, se montrent agressifs envers les jeunes membres du groupe. Chez de nombreuses espèces, il s’agit d’une forme de socialisation visant à enseigner aux jeunes leur place au sein de la hiérarchie sociale. Ce phénomène est plus fréquent dans les hiérarchies sociales plus strictes, comme chez les chimpanzés, et peut faire évoluer le rôle des mâles vers une catégorie autoritaire.
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Il est bien établi que les styles parentaux et l’implication des parents ont une influence sur les enfants. Alors que de nombreuses études sur les mammifères se concentrent sur l’influence de la mère, une étude sur les ouistitis a révélé que pendant les 30 premières semaines de vie, la présence du père peut améliorer à la fois les chances de survie et la croissance des petits.
Ces résultats s’appliquent également aux pères ayant plusieurs petits et constituent l’une des premières preuves démontrant ce phénomène chez les ouistitis sauvages. Ces animaux forment des couples durables et sont en grande partie monogames, ce qui rend leur modèle social d’autant plus comparable au nôtre.
Ces résultats concordent avec des études chez l’homme montrant l’importance de la paternité sur la santé des enfants. Il s’agit d’un parallèle entre les soins prodigués par les primates et les styles parentaux humains qui encouragent l’implication paternelle, un aspect qui a longtemps été négligé.
L’implication des mâles dans l’éducation remet en question les idées reçues sur l’importance des pères chez les animaux non humains. Les pères jouent clairement un rôle dans la réussite de leur progéniture jusqu’à l’âge adulte.
Ainsi, si l’éducation des enfants est fondamentalement adaptative, les débats sur le style parental idéal sont peut-être moins utiles qu’on ne le pense. Cela a des implications pour la culture des conseils parentaux et la manière dont nous concevons les systèmes de soutien.
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Libby Ware ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. La manière dont les primates élèvent leurs petits peut inspirer les parents humains – https://theconversation.com/la-maniere-dont-les-primates-elevent-leurs-petits-peut-inspirer-les-parents-humains-281276
