L’alimentation de la mère pendant l’allaitement pourrait jouer un rôle clé pour la santé future de son bébé

Source: The Conversation – France in French (3) – By Ivette Caldelas, Investigadora Senior, UDIT – Universidad de Diseño, Innovación y Tecnología

À l’heure actuelle, il n’existe pas encore de recommandations cliniques fondées sur le microbiome du lait. Natalia Deriabina/Shutterstock

Des données récentes suggèrent que le bébé reçoit, par le lait maternel, un écosystème microbien, et notamment certaines bactéries bénéfiques qui s’avèrent essentielles à son développement en particulier au niveau immunitaire. Plutôt que de faire peser la responsabilité sur les seules mères, ces recherches doivent inspirer des politiques publiques pour les accompagner, au bénéfice des nourrissons.


Nous savons que le lait maternel est l’aliment idéal pour les nouveau-nés grâce à l’équilibre subtil de ses composants : il contient des micro et macronutriments, des facteurs immunitaires et de croissance, ainsi que des hormones indispensables au bon développement des nourrissons à chaque étape de leur croissance.




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Cependant, des études récentes révèlent quelque chose de bien plus profond : le lait ne se contente pas de nourrir, il transmet également un écosystème vivant au bébé. Il contient des bactéries, des métabolites et des composés bioactifs qui peuvent façonner la santé du nouveau-né dès ses premiers jours de vie. Ces découvertes pourraient transformer notre compréhension de la pédiatrie moderne.

Le lait n’est pas stérile : il est biologiquement actif

Il y a encore un peu plus d’une décennie, selon l’idée dominante, le lait maternel était considéré comme un aliment stérile ; toute présence bactérienne était considérée comme une contamination. Cependant, des études de séquençage à grande échelle menées sur des échantillons de lait provenant de diverses espèces ont démontré que le lait contient des communautés microbiennes complexes. Parmi celles-ci, on peut citer les bactéries appartenant aux genres Bifidobacterium sp., Lactobacillus sp. et Streptococcus sp., qui sont étroitement liées à la colonisation saine de l’intestin néonatal.

Ce transfert bactérien intervient à un moment critique, quand le développement du système immunitaire du nouveau-né dépend en grande partie de la modulation immunitaire apportée par le lait maternel. Ce microbiote apporté par la mère joue un rôle important dans la maturation de la barrière intestinale, la régulation de l’inflammation et la programmation métabolique du nouveau-né.

En d’autres termes, le lait maternel n’apporte pas seulement des calories : il contribue également au développement du système immunitaire.

Un dialogue biologique entre l’intestin et le sein

Des données récentes mettent en évidence un phénomène fascinant, que les scientifiques ont baptisé « voie entéro-mammaire ». Grâce à ce mécanisme, certaines bactéries présentes dans l’intestin maternel seraient capables de migrer vers la glande mammaire, où les cellules immunitaires joueraient le rôle de transporteurs.




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Si cela venait à être pleinement confirmé – les résultats obtenus dans les modèles animaux et les études chez l’humain soutiennent de plus en plus cette hypothèse-, cela signifierait que le microbiome intestinal maternel serait capable d’influencer directement celui présent dans le lait maternel. Et cela soulève une question inévitable : quel rôle joue réellement l’alimentation maternelle ?

L’alimentation, modulateur du premier écosystème du bébé

Il ne fait aucun doute que la composition du microbiome intestinal est étroitement liée à l’alimentation. Plusieurs études ont démontré qu’une alimentation riche en fibres, en fruits, en légumes et en légumineuses favorise une plus grande diversité microbienne et la production d’acides gras à chaîne courte. Ces derniers favorisent la perméabilité intestinale et ont des effets anti-inflammatoires.

À l’inverse, les régimes riches en sucres raffinés ou en graisses sont associés à une moindre diversité bactérienne, à une présence réduite de bactéries bénéfiques ou à une augmentation des bactéries pathogènes. Cela entraîne un déséquilibre dans la production de métabolites, ce qui favorise le développement d’inflammations et de complications métaboliques.

Certaines études scientifiques indiquent une corrélation entre la qualité de l’alimentation de la mère et la composition bactérienne du lait, ainsi qu’avec la présence de certains métabolites lipidiques et immunomodulateurs. Il a également été établi que la consommation d’acides gras oméga-3 peut influencer le profil inflammatoire et, éventuellement, la communauté microbienne transmise au nourrisson.

Effets à long terme

À l’heure actuelle, il n’existe pas encore de recommandations cliniques fondées sur le microbiome du lait. Cependant, le consensus scientifique tend à indiquer que l’alimentation maternelle peut avoir des effets qui vont au-delà des aspects nutritionnels, car elle pourrait également moduler le premier écosystème intestinal du bébé et influencer son développement et sa santé tout au long de sa vie.

Plus précisément, la colonisation intestinale précoce peut avoir un impact sur le risque ultérieur d’allergies, d’obésité, de maladies métaboliques et même de troubles neurocomportementales.

Des études longitudinales (menées sur la durée) suggèrent que les premiers mois de vie constituent une période critique de programmation biologique. Cela ne signifie pas que l’allaitement est le seul facteur déterminant : d’autres facteurs tels que le type d’accouchement, le recours à des d’antibiotiques, l’environnement familial et les déterminants sociaux de santé ont également une influence décisive. Néanmoins, cela implique le fait que nous sommes face à un aspect de l’allaitement qui, jusqu’à présent, avait été clairement sous-estimé.

Des données scientifiques aux politiques publiques

La pédiatrie moderne qui, traditionnellement, se concentrait uniquement sur des aspects tels que la nutrition et la croissance, commence à intégrer une perspective écologique. Selon cette approche, le bébé n’est plus un organisme isolé : il doit désormais être considéré comme un métaorganisme qui cohabite avec des milliards de microorganismes. Il existe un dialogue bidirectionnel entre le nouveau-né et le microbiote grâce à la production de molécules spécifiques qui ont un impact sur son développement et sur le fait que le bébé soit en bonne santé ou déclare une maladie. Et ce mécanisme commence à peine à être élucidé.

Ces nouvelles données autour de la composition du microbiote dans le lait maternel ne doivent pas devenir une nouvelle source de pression sur les mères : toutes ne peuvent pas allaiter et toutes n’ont pas accès à une alimentation équilibrée. Si la science confirme que la qualité nutritionnelle de la mère influence directement la colonisation microbienne du nouveau-né, la réponse ne peut être une responsabilité individuelle. Elle doit plutôt se traduire par des politiques facilitant l’accès des femmes en âge de procréer à une alimentation saine, ainsi que par un soutien à l’allaitement et des environnements de travail compatibles avec la maternité.

Sans aucun doute, investir dans la santé maternelle, c’est aussi investir dans la santé infantile. Et désormais, nous savons que cet investissement doit également tenir compte de l’alimentation de la mère. L’invisible – c’est-à-dire les bactéries, les métabolites et l’interaction entre l’alimentation et le microbiome – pourrait bien redéfinir la médecine de demain.

The Conversation

Juan Pablo Ochoa Romo a reçu des financements du secrétariat dédié aux sciences, aux sciences humaines, à la technologie et à l’innovation (SECITHI/Mexique).

Ana María Salazar Martínez, Erika Navarrete Monroy et Ivette Caldelas ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

ref. L’alimentation de la mère pendant l’allaitement pourrait jouer un rôle clé pour la santé future de son bébé – https://theconversation.com/lalimentation-de-la-mere-pendant-lallaitement-pourrait-jouer-un-role-cle-pour-la-sante-future-de-son-bebe-280878