L’œil vieillit, lui aussi. Voici comment éviter les conséquences néfastes de quatre maladies oculaires courantes

Source: The Conversation – in French – By Langis Michaud, Professeur Titulaire. École d’optométrie. Expertise en santé oculaire et usage des lentilles cornéennes spécialisées, Université de Montréal

En tant qu’optométriste, je constate quotidiennement comment vieillir affecte le corps de mes patients, leurs yeux ne faisant pas exception. La perte de la vision, et par conséquent de leur autonomie, fait partie des plus grandes craintes des personnes âgées. Ceux qui la subissent sont lourdement affectés au plan psychologique.


Voici l’histoire d’un couple typique d’une partie de ma clientèle, qui cumule plusieurs pathologies à l’œil. Jacqueline et Henri. Ce dernier, ex-conducteur de camion lourd, souffre de diabète depuis plusieurs années. Il s’est oublié dans le travail et n’a pas consulté quand les points noirs et les lignes qu’ils voyaient déformées se sont multipliés avant que le rideau noir de la cécité ne tombe. Conséquence : il ne peut plus prendre soin de lui et a besoin d’aide au quotidien.

La vision de Jacqueline n’est pas top non plus. Elle souffre de cataractes avancées. Elle tarde à se faire opérer, car elle ne veut pas laisser Henri sans soins immédiats. Elle craint aussi le développement d’une dégénérescence maculaire. Ses parents en ont été atteints (forme humide), les laissant handicapés visuels à la fin de leur vie.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Les personnes âgées en basse vision se sentent démunies. Et pourtant… il y a des ressources pour les supporter et optimiser leur vision. Des centres de réadaptation offrent du soutien et des services aux handicapés visuels. Des groupes de soutien permettent de parler à des gens qui vivent la même réalité.

Mais il y a surtout des moyens de prévenir les conséquences néfastes du vieillissement sur la santé oculaire. Allons-y voir.




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La rétinopathie diabétique

Le diabète représente la première cause de cécité évitable. Les lésions apparaissent en moyenne 10 ans après le diagnostic (type 1 – juvénile) ou 20 ans (type 2 – adulte).

Au Canada, 18 % des personnes de 60-79 ans en souffrent. Au plan visuel, le diabète affecte la capacité à lire, les mouvements des muscles oculaires, et l’altération et/ou la prolifération de vaisseaux sanguins qui sont la cause principale de la perte visuelle associée au diabète.

Surviennent d’abord des anomalies légères des vaisseaux sanguins (veines boudinées, petites hémorragies localisées, suintement de lipides, etc.) puis, quand la maladie évolue, les nouveaux vaisseaux se brisent et entraînent des hémorragies plus sévères. C’est la forme proliférative, qui peut aussi générer un glaucome presqu’impossible à traiter.

La cécité est pourtant évitable. D’abord en consultant l’optométriste régulièrement après l’âge de 45 ans ou dès que l’on se sait diabétique. En effet, 20 % des patients présentent déjà des lésions rétiniennes au moment du diagnostic de la maladie.

Les symptômes visuels commencent par une vision parfois claire, parfois floue, et qui change de jour en jour. Des points noirs flottant de plus en plus nombreux, voire des taches noires plus stables, la présence de flashs lumineux, la difficulté à reconnaître les couleurs alors qu’on les avait toujours vues sont tous des manifestations associées au diabète. Henri les avait éprouvées, mais il n’a pas trouvé le temps de consulter en temps. Si il avait agi plus tôt, la maladie aurait pu être dépistée et stabilisée, réduisant les risques de complications.

En consultant à temps, plusieurs maladies oculaires peuvent être stabilisées, réduisant les risques de complications.
(Unsplash), CC BY-NC-ND

Le glaucome

Henri souffre également de glaucome, mais d’un type particulier, secondaire aux néovaisseaux de son diabète. Il ne s’agit pas du glaucome plus courant, dit à angle ouvert, lequel affecte 5 à 7 % des Canadiens de plus de 60 ans.

Ce glaucome, non lié au diabète, représente la seconde cause de cécité évitable au pays. Un fort lien héréditaire existe : les patients dont les parents souffraient de glaucome sont plus à risque de le développer eux-mêmes.




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Comme le diabète, ou l’hypertension artérielle, le glaucome se développe sans que le patient ne s’en rende vraiment compte. Certes les contrastes peuvent être plus difficiles à voir, notamment le soir, en éclairage réduit, mais c’est l’étendue de ce que l’on voit de côté (champ visuel) qui se rétrécit lentement. La personne s’habitue à tourner la tête pour voir une chose qui pourtant se situe à côté d’elle. Les patients finissent par le remarquer en conduite, lors d’un accident évité de justesse.

Ici encore, les conséquences négatives sont évitables en consultant régulièrement l’optométriste. À l’examen, le glaucome sera visible par le nerf optique, qui pâlit et devient plus profond. La pression à l’intérieur de l’œil augmente. Les champs visuels mesurés de façon préventive présenteront des défauts. Le diagnostic du glaucome sera établi.

Pris en charge à temps, le glaucome peut être bien contrôlé. Certes il y aura toujours des pertes mineures de champ visuel, mais minimes par rapport à la condition non traitée, qui elle peut entraîner la cécité. Des médicaments (gouttes) peuvent être prescrits, bien que de plus en plus souvent, favoriser une meilleure circulation des liquides de l’œil se fait en traitant les canaux internes de l’œil au laser (trabéculectomie) ou par chirurgie micro-invasive faite par l’ophtalmologiste.

A l’examen, le glaucome sera visible par le nerf optique, qui pâlit et devient plus profond. La pression à l’intérieur de l’œil augmente. Les conséquences négatives sont évitables en consultant régulièrement l’optométriste.
(Unsplash), CC BY-NC-ND

Les cataractes

Tout le monde qui vieillit verra son cristallin, la lentille à l’intérieur de l’œil, devenir opaque avec l’âge. C’est la cataracte. La vision devient floue, comme une vitre qui se salit tranquillement. Tout d’abord la lecture et les détails sont vus brouillés, doubles parfois. Puis les visages qu’on reconnaît moins, les panneaux sur la route difficile à lire, l’éblouissement qui accompagne toute sortie de jour comme de nuit.

Les cataractes viennent du fait que le cristallin est responsable d’absorber les ultra-violets du soleil afin de protéger la rétine. À force de se faire bombarder, il change son métabolisme et perd sa transparence. La prévention relève d’abord de la personne, qui doit notamment veiller à protéger ses yeux contre les rayons UV. C’est d’ailleurs vrai dès l’enfance, soit la période où, en théorie, on est le plus dehors et donc le plus exposé aux rayons nocifs. Les enfants qui ne portent pas de verres solaires adéquates auront des cataractes hâtives.




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Tout au long de notre vie, qu’il fasse soleil ou non, il faut donc se protéger avec des lunettes solaires, ou demander qu’un filtre contre les UV (transparent) soit ajouté à nos lunettes claires. De nombreuses lentilles cornéennes contiennent aussi des filtres UV. L’optométriste peut recommander les produits les plus appropriés. Manger sainement et maintenir une santé sous contrôle aide également.

Tout au long de notre vie, qu’il fasse soleil ou non, il faut se protéger avec des lunettes solaires.
(Unsplash), CC BY-NC-ND

Ces mesures retarderont la cataracte sans toutefois l’empêcher. Quand elle sera visuellement dérangeante, elle devient opérable. La chirurgie est rapide, bien maîtrisée et permet de restaurer la vision, en autant que la rétine (fond de l’œil) soit intacte. Les deux yeux peuvent être opérés durant la même procédure.

Une cataracte trop mature peut entraîner un temps de récupération post-chirurgie plus long et plus de complications. Dans un monde idéal, toute cataracte serait opérée avant qu’elle ne nuise à la vision. On garderait ainsi une qualité de vie inaltérée.

La dégénérescence maculaire

Jacqueline craint de développer la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Les facteurs de risque sont là : hérédité, sexe féminin, origine caucasienne, absence de protection contre les UV. Heureusement elle ne fume pas et Henri a cessé il y a quelques années. La fumée secondaire peut être aussi nocive que celle que l’on inhale.

Par contre, elle ne peut pas lutter contre la première cause de la DMLA, soit le vieillissement, la proportion augmentant avec l’âge. Plus de 2,5 millions de Canadiens en souffrent,

Jacqueline ne présentait pas de signes de DMLA sur la rétine, à son dernier examen optométrique. Donc pas de soucis immédiats. À long terme, que peut-elle faire ? La prise d’oméga 3 (sous forme de triglycérides, 800 mg EPA/DHA/jour) a été jugée utile dans l’étude AREDS 1.




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Récemment, des complexes de vitamine B (6-9-12) ont été jugés protecteurs. Une alimentation saine, le contrôle médical de l’hypertension artérielle, du diabète et du cholestérol, ainsi que l’absence de tabagisme contribuent également à protéger la vision.

De nouvelles approches thérapeutiques par micro-courant (électrodes transderminques) peuvent aider à maintenir la vision en cas de forme sèche de la dégénérescence, alors que l’ophtalmologiste la traitera via des médicaments injectés dans l’œil lorsque celle-ci évolue vers la forme dite humide, soit celle s’accompagnant d’hémorragies et des vaisseaux qui suintent.

Prendre soin de ses yeux tout au long de sa vie

Jacqueline et Henri nous rappellent qu’il ne faut pas prendre pour acquis le bon fonctionnement du sens vital qu’est la vision.


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Le vieillissement joue un rôle important dans le développement de pathologies qui peuvent mener à la cécité. Mais la plupart peuvent être évitées ou retardées, en remarquant les symptômes qui apparaissent, en consultant son optométriste régulièrement, en maintenant une hygiène de vie et en contrôlant les problèmes de santé générale qui peuvent nous affecter.

La Conversation Canada

Langis Michaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’œil vieillit, lui aussi. Voici comment éviter les conséquences néfastes de quatre maladies oculaires courantes – https://theconversation.com/loeil-vieillit-lui-aussi-voici-comment-eviter-les-consequences-nefastes-de-quatre-maladies-oculaires-courantes-277499