‘Heated Rivalry’ : quand la joie queer perturbe la culture masculine du hockey

Source: The Conversation – in French – By JJ Wright, Assistant Professor, Sociology and Gender Studies, MacEwan University

La fascination pour Heated Rivalry, la nouvelle romance de Crave adaptée du roman populaire de Rachel Reid, ne tient pas seulement à l’originalité de l’intrigue, mais aussi au fait que les deux personnages principaux s’épanouissent dans « une joie queer » malgré des circonstances difficiles.

Ainsi, la série ouvre de nouvelles perspectives sur les relations, la masculinité et la société.

La série est centrée sur une romance entre deux joueurs de hockey professionnels, Ilya Rozanov (Connor Storrie) et Shane Hollander (Hudson Williams), qui sont rivaux dans une ligue de hockey fictive.

La joie queer dans Heated Rivalry bouscule l’ordre de la masculinité traditionnelle dans le hockey et rend possibles de nouvelles façons de se connecter aux autres. Comme l’explique ma recherche sur la joie queer, cette forme de joie possède un pouvoir transformateur et collectif, capable de réinventer le monde au-delà des normes oppressives.

Il n’est donc pas surprenant que, loin de se limiter à sa large base de fans queer, les femmes hétérosexuelles soient également accros. Les hommes attentifs à leurs émotions et capables de montrer leur vulnérabilité restent rares dans un monde dominé par la manosphère et sa misogynie violente.


25-35 ans : vos enjeux, est une série produite par La Conversation/The Conversation.

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Culture du hockey et masculinité

Dans l’univers de Heated Rivalry, Ilya et Shane sont constamment confrontés à la dure réalité de la culture du hockey et à ses attentes envers les hommes. Ces attentes reflètent fidèlement la réalité du hockey professionnel.

Comme le dit le joueur vétéran Scott Hunter (joué par François Arnaud) aux médias après avoir révélé publiquement son homosexualité : « Je ne voulais pas être cette chose que les joueurs de hockey utilisent comme une insulte. » Sa déclaration montre clairement que la masculinité dans le hockey repose sur la nécessité de prouver que l’on n’est ni faible, ni efféminé, ni homosexuel.

Scott et Kip s’embrassent dans « Heated Rivalry ». (Crave).

Dans cette culture, le stoïcisme émotionnel, la domination physique et l’objectivation systématique des femmes sont utilisés pour affirmer son pouvoir sur les autres.

Ce contexte explique l’absence actuelle de joueurs ouvertement gais dans la Ligue nationale de hockey (LNH).

Répression émotionnelle

La colère est la seule émotion que les hommes sont autorisés à exprimer dans le hockey. Les bagarres alimentées par la rage et le jeu physique punitif sont récompensées par des acclamations et des gestes érigés en spectacle. Cette restriction émotionnelle a des conséquences au-delà de la patinoire.

Elle contribue à normaliser une culture où la misogynie, le racisme, l’homophobie, la transphobie et le capacitisme sont souvent rejetés comme des « propos de vestiaire ».

Un rapport publié en 2022 par Hockey Canada a révélé que sur les 512 pénalités infligées pour harcèlement sur la glace, 61 % visaient l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, devant celles liées à la race (18 %) et au handicap (11 %).

Ce n’est pas un environnement où les joueurs homosexuels, en particulier ceux qui sont racisés ou handicapés, peuvent se sentir en sécurité, et encore moins s’épanouir dans leur homosexualité.

Pourtant, Heated Rivalry met l’accent sur la joie, ce qui rend la série particulièrement captivante. Voir Ilya et Shane tisser une connexion profonde et passionnée dans un sport conçu pour maintenir les hommes émotionnellement fermés est particulièrement marquant. La joie queer émerge malgré la dureté de la culture du hockey et se forge dans un milieu hostile.

Visibilité et résistance

Heated Rivalry a suscité un véritable engouement sur Internet qui a donné lieu à des soirées de visionnage publiques, des discussions de groupe et des conversations en ligne sur les types d’hommes — et de relations sexuelles — que nous pouvons imaginer. Cette excitation partagée reflète le plaisir de voir quelque chose qui était longtemps tabou devenir visible et célébré.

La représentation queer reste largement axée sur la douleur et la souffrance, mais Heated Rivalry ne se limite pas à un scénario queer tragique et insiste sur la joie, bouleversant l’ordre social qui cherchait historiquement à priver les personnes queers de plaisir et d’épanouissement.

Cette perturbation est particulièrement puissante lorsqu’elle est mise en parallèle avec les réalités du hockey contemporain. En 2024, la LNH a brièvement interdit le ruban arc-en-ciel, confirmant ainsi que le hockey n’est pas accessible à tous.

À peu près à la même époque, certains joueurs ont refusé de porter les maillots Pride lors de matchs spéciaux, invoquant principalement leurs convictions religieuses ou les lois anti-LGBT du Kremlin. La LNH a réagi en interdisant complètement ces maillots.

L’interdiction du ruban Pride a été levée après un tollé général, mais celle des maillots spéciaux reste en vigueur. Ces réalités expliquent pourquoi les joueurs homosexuels continuent de se cacher et pourquoi l’histoire d’un joueur russe contraint au secret résonne autant.

Il en va de même pour le choix de Hudson Williams, qui est à moitié coréen, pour incarner Shane Hollander dans un sport encore largement dominé par les Blancs.


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Consentement et intimité

L’hypermasculinité du hockey a des conséquences réelles. En 2022, il a été révélé que Hockey Canada avait versé 8,9 millions de dollars depuis 1989 dans le cadre d’accords à l’amiable pour des affaires d’abus sexuels, mettant au jour une culture du droit acquis, du silence et de l’impunité.




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La joie queer dans Heated Rivalry se révèle transformatrice grâce à son érotisme éthique. Dans mes recherches, j’ai montré que la joie sexuelle queer peut détourner les cultures sexuelles de celle du viol, favorisant la réciprocité, l’authenticité et un plaisir pleinement vécu.

C’est pourquoi les moments où Ilya demande le consentement à Shane avant l’acte sexuel sont si importants : ils démantèlent l’idée selon laquelle les hommes ont droit au corps des autres et que les processus de consentement gâchent le moment.

Ce qui rend les scènes de sexe de Heated Rivalry différentes, c’est qu’elles ne reposent pas sur le cliché familier des hommes gais qui se battent pendant les rapports sexuels alors qu’ils luttent contre leur homophobie intériorisée. Au contraire, elles montrent de la tendresse, de la curiosité érotique et un engagement affectif.

Même les podcasts populaires de type « hockey bros » Empty Netters et What Chaos ont abordé la série avec sérieux, commentant ouvertement son impact émotionnel et son érotisme.

De telles conversations commencent à assouplir les normes rigides autour de la masculinité, du désir et du plaisir accepté. Une fois la joie queer rendue visible, il devient plus difficile d’accepter une culture sportive — et une société — qui insiste pour la rendre impossible.

La Conversation Canada

JJ Wright reçoit des financements du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et de Sécurité publique Canada. 

ref. ‘Heated Rivalry’ : quand la joie queer perturbe la culture masculine du hockey – https://theconversation.com/heated-rivalry-quand-la-joie-queer-perturbe-la-culture-masculine-du-hockey-273300