Mieux vieillir grâce à son assiette : une nouvelle étude le confirme

Source: The Conversation – in French – By Adrián Carballo Casla, Postdoctoral Researcher in Geriatric Epidemiology, Karolinska Institutet

Une étude sur 15 ans montre que les adultes âgés avec une alimentation saine vieillissent mieux et développent moins vite de maladies que les autres. (Studio Romantic/Shutterstock)

Imaginez deux personnes de plus de 70 ans, actives et indépendantes, qui profitent pleinement de la vie. Sur les 15 années suivantes, l’une développe plusieurs maladies chroniques (cardiaque, diabète, dépression), tandis que l’autre reste en bonne santé. Qu’est-ce qui a fait la différence ?

Selon nos nouvelles recherches, l’alimentation pourrait être un élément clé de la réponse.

Dans notre nouvelle étude, notre groupe du Centre de recherche sur le vieillissement de l’Institut Karolinska, en Suède, a suivi plus de 2400 personnes âgées suédoises pendant 15 ans.

Quels régimes protègent le mieux ?

Nous avons constaté que les personnes qui suivaient systématiquement un régime alimentaire sain développaient des maladies chroniques plus lentement. En revanche, celles dont le régime était riche en viandes transformées, céréales raffinées et boissons sucrées, des aliments connus pour favoriser une inflammation chronique de faible intensité, voyaient leurs maladies apparaître plus rapidement.

C’est important, car la présence de plusieurs maladies simultanées complique la santé des personnes âgées. Cela augmente le risque d’invalidité, d’hospitalisation et de décès prématuré. Cela fait également peser un lourd fardeau sur le système de santé. Mais si l’on sait depuis longtemps que l’alimentation peut aider à prévenir certaines maladies, notre étude montre qu’elle peut également influencer le rythme global du vieillissement biologique.


Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société, qu’ils transforment depuis leur venue au monde. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.


Nous avons examiné quatre régimes alimentaires bien connus. Trois d’entre eux – le régime Mind (axé sur la santé du cerveau), l’indice alternatif d’alimentation saine (lié à un risque moindre de maladie) et le régime méditerranéen – étaient associés à une progression plus lente des maladies. Le quatrième, un régime riche en aliments inflammatoires, montrait l’effet inverse.

Les liens les plus marqués concernaient les maladies cardiovasculaires et psychiatriques. Ainsi, les personnes qui mangeaient mieux étaient moins susceptibles de développer des maladies telles que l’insuffisance cardiaque, les accidents vasculaires cérébraux, la dépression ou la démence. Nous n’avons toutefois pas trouvé de lien clair entre l’alimentation et les maladies musculo-squelettiques telles que l’arthrite ou l’ostéoporose.

Certains des bienfaits d’une alimentation saine étaient plus prononcés chez les femmes et les participants les plus âgés, c’est-à-dire ceux âgés de 78 ans et plus. Cela suggère qu’il n’est jamais trop tard pour changer. Même à un âge très avancé, l’alimentation est importante.

Pourquoi l’alimentation a-t-elle un tel potentiel ? L’une des raisons pourrait être l’inflammation. Avec l’âge, beaucoup de personnes développent une inflammation chronique de faible intensité, parfois appelée « inflammaging », qui est liée à un large éventail de maladies. Les régimes riches en légumes, fruits, céréales complètes et graisses saines ont tendance à réduire l’inflammation. Les régimes riches en aliments hautement transformés et en sucre ont l’effet inverse.

Une autre raison est que les régimes alimentaires sains améliorent la résistance de l’organisme. Ils fournissent des nutriments essentiels qui aident à maintenir la fonction immunitaire, la masse musculaire et la santé cognitive. Cela peut faire une grande différence dans le vieillissement.

Notre étude est l’une des plus longues et des plus complètes du genre. Nous avons utilisé des évaluations alimentaires répétées et suivi plus de 60 maladies chroniques. Nous avons également testé nos conclusions à l’aide de différentes méthodes analytiques afin de nous assurer de leur validité.

Bien sûr, l’alimentation n’est qu’une pièce du casse-tête. L’activité physique, les relations sociales et l’accès aux soins de santé jouent tous un rôle important dans le vieillissement en bonne santé. Mais améliorer la qualité de l’alimentation est un moyen relativement simple et accessible d’aider les personnes âgées à vivre plus longtemps et en meilleure santé.

Recommandations pratiques pour les personnes âgées

Alors, que devraient manger les personnes âgées ? Le message est clair : mangez beaucoup de légumes, de fruits, de légumineuses, de noix et de céréales complètes. Choisissez des graisses saines comme l’huile de canola et le poisson. Limitez votre consommation de viande rouge et transformée, de boissons sucrées et de graisses solides.


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Ces éléments clés des régimes étudiés ont été liés à un vieillissement plus lent, une meilleure santé cérébrale et une diminution des maladies chroniques, selon cette étude et d’autres travaux.

Le vieillissement est inévitable, mais nous pouvons en influencer le cours. Nos conclusions montrent que de simples changements dans l’alimentation peuvent réellement influencer la manière dont on vieillit, à tout âge.

La Conversation Canada

Adrián Carballo Casla reçoit des fonds de la Fondation pour les maladies gériatriques du Karolinska Institutet (projets nos 2023:0007 et 2024:0011), des subventions de la Fondation de recherche du Karolinska Institutet (projet no 2024:0017), de la fondation David et Astrid Hagelén (projet no 2024:0005) ainsi que du Conseil suédois de la recherche pour la santé, le travail et le bien-être (projet no STY-2024/0005).

Amaia Calderón-Larrañaga reçoit des financements du Conseil suédois de la recherche (projet no 2021-06398), du Conseil suédois de la recherche pour la santé, le travail et le bien-être (projets nos 2024-01830 et 2021-00256), de la Zone de recherche stratégique en épidémiologie et biostatistique du Karolinska Institutet, SFOepi (subvention consolidator bridging, 2023), ainsi que de l’Alzheimerfonden (AF-1010573, 2024).

David Abbad Gomez reçoit un financement de l’Institut de recherche de l’Hospital del Mar en tant qu’assistant de recherche.

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