Comment survivre au début de l’âge adulte ? Voici des stratégies d’adaptation

Source: The Conversation – in French – By Virginie Paquette, Chercheuse postdoctorale en psychologie organisationnelle/industrielle, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Des bouleversements majeurs surviennent chez les jeunes adultes âgés entre 18 et 29 ans : départ du foyer familial, études supérieures, entrée sur le marché du travail, formation de relations significatives et, parfois, venue des enfants.

Tout cela en l’espace d’une décennie ! Ces changements, chez ce qu’on appelle l’«adulte émergent», peuvent parfois sembler insurmontables. Toutefois, le mot-clé ici est « peuvent ».

Dans une étude conduite par le Substantive Methodological Synergy Research Laboratory de l’Université Concordia, nous montrons que les jeunes adultes qui utilisent des combinaisons de stratégies d’adaptation majoritairement centrées sur la tâche traversent plus facilement cette période, alors que ceux qui utilisent majoritairement des stratégies centrées sur les émotions, ou qui recourent très peu aux stratégies d’adaptation, éprouvent plus de difficultés.


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Les stratégies d’adaptation comme « outils »

Pour illustrer ces cheminements, prenons les cas de deux personnages fictifs : Christina et Laura. Diplômées en droit, elles tentent toutes deux d’entrer sur le marché du travail en tant qu’avocates. Face à un milieu très compétitif, Christina effectue des recherches sur différents cabinets, identifie leurs besoins et suit des formations pour améliorer sa prise de parole en public. Laura, en revanche, se sent anxieuse et rumine, craignant de ne pas être à la hauteur. Elle s’évade en jouant à des jeux vidéo ou en sortant avec des amis, plutôt que d’envoyer sa candidature.

Christina et Laura s’appuient sur différentes combinaisons de stratégies d’adaptation, ou « outils », pour gérer cette situation stressante. Selon Norman S. Endler et James D. A. Parker, deux chercheurs canadiens en psychologie, il existe trois types de stratégies d’adaptation : centrées sur la tâche, centrées sur les émotions et centrées sur l’évitement.

Christina incarne les stratégies centrées sur la tâche : elle identifie la cause de son stress et organise un plan d’action pour y faire face. Laura, en revanche, utilise des stratégies centrées sur les émotions : elle se concentre sur ses réactions émotionnelles (p. ex., elle rumine). Elle utilise aussi des stratégies centrées sur l’évitement : elle se distrait seule (jeux vidéo) ou via des interactions sociales (sorties entre amis).

La grande majorité des recherches ont examiné l’effet des stratégies d’adaptation de manière isolée, révélant que les stratégies centrées sur la tâche sont plus efficaces face aux situations stressantes que celles centrées sur les émotions ou l’évitement. Toutefois, comme le démontre notre exemple, les individus ont tendance à combiner différentes stratégies pour faire face aux situations stressantes. Ces combinaisons sont appelées profils d’adaptation.

L’approche de la « boîte à outils »

Ces profils peuvent être considérés comme des « boîtes à outils ». Chaque individu possède une boîte à outils représentant l’ensemble des stratégies, ou « outils », sur lesquelles il s’appuie pour affronter l’adversité.

Afin d’identifier les profils d’adaptation, ou « boîtes à outils », utilisés par les jeunes adultes lors de grandes transitions de vie (p. ex., poursuivre aux études supérieures ou entrer sur le marché du travail), nous avons mené une étude sur un large échantillon représentatif de jeunes adultes suivis de 19 à 29 ans.




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Notre étude a révélé six profils distincts : (1) Centré sur les émotions et l’évitement, (2) Centré sur les émotions, (3) Faible adaptation, (4) Adaptation moyenne, (5) Centré sur la tâche et l’évitement, et (6) Centré sur la tâche.

  • Les jeunes adultes appartenant aux profils Centré sur les émotions et l’évitement et Centré sur les émotions ont tendance à se concentrer sur les émotions négatives, et sur l’évitement dans le cas du premier profil.

  • Ceux des profils Faible adaptation et Adaptation moyenne ont recours à toutes les stratégies à des niveaux similaires (faibles ou moyens, respectivement).

  • Enfin, les individus des profils Centré sur la tâche et l’évitement et Centré sur la tâche tentent principalement de résoudre les problèmes, bien que les premiers aient parfois recours à l’évitement.

Dans notre exemple, Christina appartient au profil Centré sur la tâche : sa boîte à outils est remplie d’outils visant à régler directement les problèmes rencontrés. Laura, elle, relève du profil Centré sur les émotions et l’évitement. Sa boîte contient deux types d’outils : ceux visant à traiter les émotions négatives (p. ex., rumination) et ceux visant l’évitement (p. ex., jouer à des jeux vidéo ou sortir avec des amis).


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Les « boîtes à outils » ne sont pas égales

Les « boîtes à outils » ne sont pas toutes égales. Nos résultats montrent que les profils où prédominent les stratégies centrées sur la tâche sont les plus efficaces, tandis que ceux centrés sur les émotions sont généralement moins adaptés.

Surprenamment, nos résultats ont révélé qu’avec le temps, les profils centrés sur les émotions devenaient plus adaptatifs. Les individus dans ces profils ont vu leurs émotions positives augmenter et leurs symptômes physiques (p.ex., maux de tête) diminuer dans le temps.




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Si les profils centrés sur la tâche sont plus efficaces pour résoudre les problèmes à court terme, il semble que les profils centrés sur les émotions peuvent aider à traiter les expériences émotionnelles et à réduire les effets négatifs du stress sur la santé à long terme.

Ainsi, Laura pourrait ruminer ses angoisses pendant un moment, puis en parler à une amie qui l’aiderait à les surmonter. Ce soutien émotionnel pourrait lui donner la confiance nécessaire pour postuler à des postes.

Les « boîtes à outils » peuvent évoluer

Un autre résultat intéressant de notre recherche est que les jeunes adultes peuvent changer de profil au fil du temps.

Les mécanismes de ces changements restent encore flous, mais cela donne espoir : les individus ne sont pas contraints à une seule boîte à outils pour toujours. Ils peuvent expérimenter et trouver la combinaison de stratégies la plus appropriée à leurs besoins.

En résumé, notre recherche suggère que les jeunes adultes utilisent une combinaison de stratégies (boîte à outils) afin de s’adapter aux changements dans leur vie. Celles où prédominent les stratégies centrées sur la tâche sont plus efficaces, surtout à court terme.

Heureusement, les jeunes adultes peuvent apprendre quelles stratégies leur conviennent le mieux avec le temps et changer de « boîte à outils ».

La Conversation Canada

Virginie Paquette a reçu du financement de la bourse Horizon de l’Université Concordia et des Fonds de Recherche du Québec – Société et Culture (FRQSC).

Adam Danyluk a reçu des financements de Concordia University et de Simon Fraser University.

ref. Comment survivre au début de l’âge adulte ? Voici des stratégies d’adaptation – https://theconversation.com/comment-survivre-au-debut-de-lage-adulte-voici-des-strategies-dadaptation-267072