Source: The Conversation – in French – By Joseph E. Stiglitz, Professor, Columbia Business School, Columbia University
Face à l’ampleur de l’aggravation des inégalités dans le monde, les pays ne devraient-ils pas s’unir pour créer un panel international sur cette question, sur le modèle du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’organisme des Nations unies créé pour évaluer les données scientifiques relatives au changement climatique ? L’idée de créer un groupe international sur les inégalités a été recommandée par le Comité extraordinaire du G20 d’experts indépendants sur les inégalités mondiales.
La réflexion qui sous-tend la création de ce panel est présentée dans un rapport remis au G20 par les experts de ce comité. Ils affirment que le panel proposé « aiderait les gouvernements et les agences multilatérales en leur fournissant des évaluations et des analyses faisant autorité sur les inégalités ». Il ne ferait pas recommandations directes aux pays. Il proposerait plutôt un ensemble de mesures politiques pouvant être utilisées pour lutter contre les inégalités. Joseph E. Stiglitz, président du panel et lauréat du prix Nobel, explique l’idée.
Quelles sont les principales conclusions du rapport sur les inégalités ?
Notre rapport s’est penché sur les recherches consacrées à l’état des inégalités. Les conclusions devraient tous nous alarmer. Les inégalités de richesse sont plus importantes que les inégalités de revenus. Elles se sont aggravées dans la plupart des pays au cours des 40 dernières années.
L’augmentation mondiale des revenus et des richesses pour les plus aisés est particulièrement inquiétante. Les plus riches accumulent des fortunes tandis que la vie des gens ordinaires stagne. Pour chaque dollar de richesse créé depuis l’an 2000, 41 cents sont allés aux 1 % les plus riches. Seul un centime est allé aux 50 % les plus pauvres.
Pour chaque dollar de richesse créé depuis l’année 2000, 41 centimes sont allés au 1 % des personnes les plus riches, et seulement 1 centime est allé aux 50 % les plus pauvres.
Cette concentration de richesse confère une influence massive sur l’économie et la politique. Elle menace les performances économiques et les bases mêmes de la démocratie.
Que recommande le rapport aux pays du G20 pour lutter contre les inégalités ?
Les inégalités résultent de choix. Il existe des politiques qui permettent de les réduire. Il s’agit notamment de proposer une fiscalité plus progressive, un allègement de la dette, une révision des règles du commerce mondial et une limitation des monopoles.
Notre comité a constaté que des progrès significatifs ont été réalisés dans le suivi de l’ampleur des inégalités, de leurs facteurs et des solutions politiques. Néanmoins, les décideurs politiques ne disposent toujours pas d’informations suffisantes, fiables ou accessibles sur les inégalités.
Il existe un besoin urgent d’institutions capables de produire des analyses solides sur les inégalités.
En 1988, les gouvernements ont créé le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) afin d’évaluer les données et de fournir des analyses rigoureuses pour aider les gouvernements à faire face à l’urgence climatique. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une urgence en matière d’inégalités et avons besoin d’un effort mondial similaire.
C’est pourquoi notre principale recommandation est de créer un groupe d’experts international sur les inégalités.
En vous appuyant sur ce rapport, que recommandez-vous à l’Afrique du Sud pour réduire les inégalités ?
L’Afrique du Sud a fait preuve d’un leadership extraordinaire en plaçant sa présidence du G20 sur la solidarité, l’égalité et la durabilité. Ce rapport en est la preuve. Nous espérons que l’Afrique du Sud continuera à défendre nos recommandations, en particulier la création d’un panel international sur les inégalités.
Notre comité a choisi de ne pas commenter les politiques spécifiques de certains pays. Mais le rapport propose plusieurs pistes qui peuvent réduire les inégalités. Il s’agit notamment de mesures nationales telles que le renforcement des lois sur la concurrence, la mise en place d’une réglementation favorable aux travailleurs, l’investissement dans les services publics et des politiques fiscales et budgétaires plus progressistes.
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Joseph E. Stiglitz is chair of the G20 Extraordinary Committee of Independent Experts on Global Inequality.
Imraan Valodia receives funding from various agencies that support independent academic research
– ref. Comme pour le climat, le monde a besoin d’un panel d’experts pour affronter la crise des inégalités – https://theconversation.com/comme-pour-le-climat-le-monde-a-besoin-dun-panel-dexperts-pour-affronter-la-crise-des-inegalites-270465
