Source: The Conversation – in French – By Sophie Perry, Research Fellow, Centre for Food Policy, City St George’s, University of London

L’ESSENTIEL
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Au Royaume-Uni, chocolat, pommes de terre et pain pourraient renchérir cet hiver, sur fond de météo erratique et d’énergie chère.
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Avec un cacao plus cher, les industriels pourraient chercher à remplacer le beurre de cacao par des ingrédients meilleur marché, comme l’huile de palme.
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La sécheresse a fait chuter les rendements de blé britanniques, mais cette mauvaise récolte n’est qu’un des nombreux facteurs, avec l’énergie, qui pourraient renchérir le pain.
Au cours de l’année écoulée, de multiples pressions se sont exercées en même temps sur la production alimentaire, et leurs effets devraient se faire sentir cet hiver dans nos paniers de courses, au Royaume-Uni. Les agriculteurs ont été confrontés à une météo de plus en plus erratique, sous l’influence du changement climatique et du phénomène El Niño (réchauffement périodique des eaux de surface du Pacifique équatorial, qui modifie le régime des pluies et des températures dans de nombreuses régions du monde, NdT), tandis que les conflits internationaux ont fait grimper le coût du carburant, des engrais et d’autres intrants essentiels.
Ces pressions se renforcent mutuellement : une météo défavorable et imprévisible réduit les rendements des cultures, tandis que la hausse du coût des engrais et de l’énergie renchérit la production et la transformation des aliments.
Cela n’affectera pas seulement les revenus des agriculteurs et le portefeuille des consommateurs, mais aussi, potentiellement, la qualité, le volume et la valeur nutritionnelle des aliments en rayon, les industriels se tournant vers des ingrédients de substitution moins chers pour limiter la hausse globale des prix.
Voici cinq aliments familiers qui illustrent la manière dont cela pourrait se traduire cet hiver :
1. Le chocolat
Le chocolat n’est pas seulement un aliment réconfortant capable de remonter le moral : sa production fait aussi vivre près de six millions de petits exploitants dans le monde, principalement en Afrique de l’Ouest. Cela tient au travail manuel nécessaire à la récolte du cacao, qui en fait une culture difficile à mener à l’échelle industrielle.
Les cacaoyers sont toutefois sensibles à leur environnement. L’effet de la sécheresse sur les rendements du cacao est connu de longue date, mais des recherches récentes montrent que des épisodes intenses de fortes pluies peuvent aussi poser problème. Ils peuvent réduire l’activité des insectes volants nécessaires à la pollinisation des fleurs de cacaoyer, tout en augmentant le risque de maladies fongiques qui déciment les récoltes. L’épisode El Niño en cours, appelé à se prolonger jusqu’en 2027, devrait accentuer le caractère erratique de la météo, avec à la clé, peut-être, à la fois des sécheresses et de fortes pluies dans certaines régions productrices de cacao, ce qui continuera de perturber les chaînes d’approvisionnement.
Les baisses de rendement qui en ont résulté ont provoqué une énorme flambée des prix en 2024, ensuite répercutée sur les consommateurs : le prix d’une tablette de Dairy Milk (le chocolat au lait phare de la marque Cadbury, très populaire au Royaume-Uni, NdT) a par exemple bondi de plus de 60 % par rapport à 2021. Les prix ont un peu baissé depuis, mais restent bien au-dessus de leurs moyennes historiques et devraient bientôt repartir à la hausse en raison d’une récolte particulièrement mauvaise cette année.
Mais le prix n’est pas la seule chose qui peut changer. À mesure que le cacao renchérit, les industriels pourraient chercher à remplacer le beurre de cacao, plus cher, par des ingrédients de substitution meilleur marché comme l’huile de palme. Si l’huile de palme remplit certaines fonctions, comme le maintien d’une texture onctueuse et une bonne conservation, on la trouve moins souvent dans les chocolats haut de gamme, et elle peut donner une sensation différente en bouche.
2. Les pommes de terre
Contrairement au chocolat, la pomme de terre n’est pas seulement un produit de luxe ou de réconfort. C’est un aliment de base de l’alimentation européenne, et une source d’amidon à la fois saine et bon marché.
Mais les plants de pomme de terre ont besoin de beaucoup d’eau pour produire leurs tubercules caractéristiques : l’été extrêmement sec de cette année a donc soumis les cultures à un stress considérable. Des rapports récents avertissent que les récoltes de pommes de terre du Royaume-Uni et d’Europe pourraient être inférieures de 3,5 millions de tonnes aux prévisions, soit environ 5 kg par habitant du continent.
La demande d’un aliment de base comme la pomme de terre étant relativement stable, cette chute brutale de l’offre tendra à faire monter les prix. Ce qui a longtemps été considéré comme une base de repas nourrissante et abordable pourrait peser davantage sur le budget des ménages, et pousser les consommateurs à chercher d’autres options comme l’avoine, l’orge, les haricots ou les lentilles.
3. Les légumes-feuilles
Les épinards, la laitue et les autres légumes-feuilles sont particulièrement sensibles aux chocs thermiques et au stress hydrique, en raison de leurs racines peu profondes et de leur forte teneur en eau. Comme pour les pommes de terre, leurs rendements ont souffert cette année. Les fortes températures font monter les plantes en graine prématurément, tandis que la sécheresse généralisée limite l’eau disponible pour l’irrigation. Dans ces conditions de stress, les ravageurs peuvent poser problème aux cultures particulièrement vulnérables.
Dans ces circonstances, les distributeurs devront probablement accroître leurs importations depuis d’autres pays comme l’Espagne. Si les autres pays européens ne sont pas à l’abri des effets de la chaleur extrême et de la sécheresse, leurs systèmes agricoles sont souvent mieux préparés pour y faire face, ce qui révèle un manque de résilience de la production alimentaire britannique auquel il faut remédier d’urgence.
4. Le pain
Les agriculteurs qui pratiquent les grandes cultures, comme le blé, n’irriguent pas leurs champs mais comptent sur la bonne quantité de pluie au bon moment de l’année. La longue sécheresse estivale de cette année a fait chuter les rendements de blé du Royaume-Uni nettement en dessous des moyennes récentes.
Mais le blé ne représente qu’environ 10 % du coût total d’un pain standard. La hausse des prix est aussi tirée par les prix de l’énergie et d’autres frais généraux répercutés sur les boulangeries, qui doivent alimenter d’énormes moulins pour produire la farine et chauffer des fours pour cuire le pain. Une mauvaise récolte n’est donc qu’un des nombreux facteurs susceptibles de faire grimper le prix du pain dans les mois à venir.
Historiquement, le pain est bon marché à produire. Tout comme la pomme de terre, il est considéré de longue date comme un achat courant et une source d’énergie de base, si bien que même une hausse modeste de son coût pèsera vite sur les consommateurs de tout le Royaume-Uni.
5. L’huile d’olive
Bien que le prix de l’huile d’olive ait baissé après une flambée en 2024, il devrait augmenter dans les mois à venir.
L’olivier est un arbre relativement robuste, mais il dépend tout de même d’un apport suffisant en eau et de températures favorables : 70 % des oliveraies espagnoles ne sont pas irriguées et dépendent de la pluie, par exemple. Or, ces dernières années, on a observé une hausse des sécheresses et des températures extrêmes dans d’importantes régions oléicoles du pourtour méditerranéen, avec, rien que cette année, des incendies qui ont touché des oliveraies en Grèce, en Italie et au Portugal.
Les effets des sécheresses et des incendies sur les rendements des oliviers et sur le prix de l’huile d’olive risquent de placer les consommateurs face à un dilemme nutritionnel. L’huile d’olive est riche en antioxydants (comme les polyphénols) et en graisses bonnes pour la santé (surtout des acides gras mono-insaturés), essentiels pour la santé du cœur et du cerveau. Mais quand les prix augmentent, les consommateurs seront sans doute poussés à choisir une solution de remplacement plus abordable.
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Cinq aliments qui pourraient coûter encore plus cher cet hiver au Royaume-Uni et pourquoi – https://theconversation.com/cinq-aliments-qui-pourraient-couter-encore-plus-cher-cet-hiver-au-royaume-uni-et-pourquoi-294523
