Source: The Conversation – in French – By John (Eddie) La Marca, Senior Research Officer, Blood Cells and Blood Cancer, WEHI (Walter and Eliza Hall Institute of Medical Research)

L’ESSENTIEL
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En 2024, 2,3 millions de nouveaux cas de cancers dans le monde, soit 12 % de l’ensemble des nouveaux cas de cancers cette année-là, auraient été dus à des infections par des microorganismes.
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Ces liens entre agents pathogènes et cancers sont de mieux en mieux connus et permettent d’envisager des mesures de traitement et de prévention efficaces.
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Malheureusement, 75 % des cancers d’origine infectieuse ont été recensés dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, dans lesquels l’accès aux soins et à la prévention demeure difficile.
Selon une nouvelle étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 12 % de l’ensemble des cancers qui ont été diagnostiqués dans le monde en 2024, soit 2,3 millions de nouveaux cas de maladie, auraient découlé d’une infection.
Les auteurs de ces travaux, publiés dans la revue médicale The Lancet Oncology, ont analysé la fréquence et les causes de différents cancers, en s’intéressant tout particulièrement au rôle joué par les microorganismes dans la survenue de la maladie.
Ces recherches révèlent que cinq agents pathogènes sont principalement en cause : la bactérie Helicobacter pylori (4 %), les papillomavirus humains (aussi connus sous l’acronyme HPV ; 4 %), le virus de l’hépatite B (2 %), le virus d’Epstein-Barr (1 %) et le virus de l’hépatite C (moins de 1 %).
La contamination par ces cinq microorganismes peut être à l’origine de plus de 20 types de cancers différents, notamment de l’estomac, du foie, du sang ou encore du col de l’utérus.
Comment une infection peut-elle provoquer un cancer ? Cela signifie-t-il que ces cancers sont évitables ? Si tel est le cas, comment ?
Le lien entre infection et cancers était-il déjà connu ?
Certains des auteurs de cette nouvelle étude travaillent sur la question des liens entre infections et cancers depuis une trentaine d’années. Ils avaient, dans de précédents travaux, estimé la part des cancers d’origine infectieuse en 1990, en 2002, en 2008, en 2012 et en 2018.
Lorsque l’on s’intéresse à ces recherches, on constate que, après un pic à 18 % en 2002, la proportion de cancers dus à des infections semble avoir reculé au fil de ces années. Cependant, cette impression est trompeuse, comme le soulignent les auteurs eux-mêmes. En effet, les sources et la qualité des données ayant évolué d’une période à l’autre, la fiabilité des comparaisons ne peut être établie avec certitude.
Les nouveaux travaux publiés dans The Lancet Oncology ne visaient pas à comparer les années entre elles. Ils s’agissait plutôt de mettre en évidence les situations où la maîtrise et la prévention des infections peuvent contribuer à faire reculer les cancers.
Pour comprendre la situation, il faut avant tout savoir comment infection et cancer sont liés. De nombreux travaux scientifiques ont déjà exposé les mécanismes moléculaires qui entrent en jeu. Aujourd’hui, on sait que les infections peuvent mener au cancer de différentes façons.
Virus et cancers
Certains virus peuvent, directement ou indirectement, modifier les gènes de la cellule qu’ils infectent (appelée « cellule hôte »), la rendant plus susceptible de proliférer de façon incontrôlée et, à terme, de devenir cancéreuse.
Trois voies principales peuvent mener à cette situation.
En temps normal, lorsqu’une cellule est infectée par un virus, elle s’autodétruit ou cesse de se diviser. Certains virus peuvent neutraliser l’une ou l’autre de ces capacités. En inactivant, par exemple, une protéine appelée p53, ils peuvent empêcher l’autodestruction. Qu’une autre protéine, appelée Rb, soit inactivée, et c’est la division cellulaire qui s’arrête.
La deuxième façon pour un virus de provoquer un cancer passe par l’insertion de l’ADN viral dans celui de la cellule hôte. Un tel ajout peut perturber accidentellement des gènes contrôlant la mort ou la division cellulaire, tels que ceux utilisés pour produire les protéines évoquées plus haut.
Enfin, une troisième voie de cancérisation existe lorsque le virus porte lui-même un gène capable de déclencher un cancer (un oncogène). Bien souvent, ce gène a été capté fortuitement dans un autre organisme.
La compréhension des liens entre virus et cancer a, d’ailleurs, joué un grand rôle dans l’émergence de la cancérologie moderne : cela a aidé les scientifiques à mettre au jour la relation directe qui existe entre génétique et cancer, que l’on tient aujourd’hui pour acquise.
Qu’en est-il des bactéries et des parasites ?
Les virus ne sont pas les seuls microorganismes à pouvoir provoquer des cancers. Des infections d’origine bactérienne ou parasitaire peuvent, elles aussi, conduire à ce type de maladie. C’est, par exemple, le cas de celles causées par la bactérie Helicobacter pylori (surtout connue pour provoquer des ulcères de l’estomac) ou par le ver parasite Opisthorchis viverrini (une douve du foie).
Ces agents pathogènes agissent toutefois de manière plus indirecte que les virus. Le problème est qu’ils entraînent une infection prolongée (chronique), qui peut soumettre différents tissus de l’organisme à un stress important.
L’inflammation, une composante normale de la réponse immunitaire, peut alors s’emballer et abîmer davantage encore lesdits tissus.
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Ces agressions peuvent provoquer dans les cellules des lésions de l’ADN propices au cancer ou entraîner des erreurs lors de la division cellulaire, l’organisme s’efforçant de produire rapidement de nouvelles cellules pour réparer les tissus endommagés.
Dans un cas comme dans l’autre, les cellules accumulent des mutations génétiques qui les engagent sur la voie de la cancérisation.
De nombreux cancers sont évitables
Même s’il reste encore certainement des mécanismes biologiques à découvrir, le lien entre infections et cancers est aujourd’hui indiscutable.
Un enseignement important émerge de ce constat, que vient conforter cette nouvelle étude sur la part des cancers d’origine infectieuse : de nombreux cancers sont évitables.
L’un des meilleurs exemples en matière de prévention des cancers d’origine infectieuse concerne l’Australie et la protection accordée par le vaccin contre les papillomavirus humains (HPV).
Ce vaccin protège contre certains types de HPV étroitement associés au cancer du col de l’utérus ; il est aujourd’hui proposé à tous les adolescents australiens. Depuis le lancement du programme en 2007, les infections à HPV ont chuté de 90 % parmi les personnes éligibles à la vaccination.
Forte de ce succès, l’Australie pourrait être en passe d’éliminer le cancer du col de l’utérus d’ici à 2035.
Pourtant, la couverture vaccinale des jeunes de 15 ans est passée de 85,7 % en 2020 à 79,5 % en 2024. Cette baisse est préoccupante, car, comme pour tous les vaccins, il est nécessaire qu’une grande proportion de la population soit vaccinée si l’on veut pouvoir protéger également celles et ceux qui ne peuvent pas se faire vacciner pour raisons médicales.
S’agissant des HPV, l’OMS et l’Australie se sont fixé pour objectif de vacciner 90 % des jeunes filles de 15 ans d’ici à 2030.
Malheureusement, cette nouvelle étude souligne également qu’environ 75 % des cancers d’origine infectieuse ont été recensés dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.
Traiter les infections susceptibles de mener au cancer – comme les infections par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH, responsable du sida), par la bactérie H. pylori ou par les virus des hépatites B et C – est l’un des moyens de faire reculer la maladie. La prévention joue elle aussi un rôle majeur, grâce à la vaccination, aux préservatifs et au dépistage.
Cependant, ces programmes sont parfois peu accessibles dans les pays les plus pauvres. Pour cette raison, l’accès aux soins demeure un enjeu majeur d’équité dans la lutte contre le cancer.
Les auteurs remercient Amali Cooray, de l’Olivia Newton-John Cancer Research Institute (institut australien de recherche sur le cancer), pour sa contribution à cet article.
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John (Eddie) La Marca bénéficie d’un financement du Cancer Council Victoria. Il est rattaché à l’Institut de recherche sur le cancer Olivia Newton-John et à l’Institut de recherche médicale Walter et Eliza Hall.
Sarah Diepstraten bénéficie d’un financement du Conseil national de la santé et de la recherche médicale (NHMRC), de Cure Cancer Australia et de l’association caritative My Room Children’s Cancer Charity.
– ref. Dans le monde, un cancer sur huit serait dû à une infection, selon une nouvelle étude – https://theconversation.com/dans-le-monde-un-cancer-sur-huit-serait-du-a-une-infection-selon-une-nouvelle-etude-293718
