Source: The Conversation – in French – By Solène Collot, Assistant Professor of Finance, IÉSEG School of Management
L’ESSENTIEL :
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En mars 2026, les consommateurs se précipitent à la pompe avant la hausse des prix. Une véritable ruée bancaire.
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En septembre, face à un gazole à 2,41 euros le litre, la consommation chute de 30 % en dix jours.
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Les deux comportements renvoient à des mécanismes opposés : en mars, les ménages anticipent une hausse à venir ; en septembre, ils réagissent à un prix déjà élevé.
Si, en mars 2026, chaque consommateur français achète de l’essence en craignant que les autres ne le fassent avant lui et que le prix du carburant augmente, en septembre, c’est une tout autre histoire. Ils ne veulent plus payer un prix exorbitant. Une étude rappelle que quand le prix monte de 1 %, les volumes achetés par les consommateurs baissent de 0,21 % à 0,40 % à court terme.
Afin de mieux comprendre les variations de la consommation de carburant en France en 2026, penchons-nous sur les études de l’Insee.
Une première étude de l’Insee de juillet 2023, réalisée à partir de la flambée des cours du pétrole en 2022 et des remises à la pompe suite à la guerre en Ukraine, a mesuré la manière dont les automobilistes réagissent quand le prix du carburant augmente. Nous la complétons avec les données récentes de l’Insee de mars 2026.
La conclusion ? Le choc pétrolier de 2026 offre un cas d’école rare : la même population – française – face au même bien – le carburant – adopte en l’espace de six mois deux comportements que l’analyse économique classique décrit séparément. Un phénomène comparable à la ruée bancaire d’une part, puis un ajustement rationnel de la demande à un prix devenu dissuasif d’autre part.
Entre les deux, un État qui n’intervient pas davantage à cause d’un déficit public important.
En mars, ruée anticipative sur le plein
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël déclenchent une opération militaire contre l’Iran. Téhéran bloque le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux. Le baril de pétrole brut, qui valait 71 dollars états-uniens (plus de 63 euros) le 26 février 2026, dépasse 112 dollars (plus de 100 euros) trois semaines plus tard, le 20 mars 2026.
Le choc se transmet à la pompe française : les prix augmentent en moyenne de 17 % sur le mois de mars 2026, et de 25 % fin mars par rapport à fin février 2026.
Les paiements par carte bancaire dans les stations-service doublent en quarante-huit heures. Plus de 6 millions de demandes d’autorisations de paiement sont enregistrées les lundi 2 et mardi 3 mars 2026, soit deux fois plus qu’un jour de semaine ordinaire. Les consommateurs se précipitent à la pompe afin de devancer la hausse.

Beresi et Benedetti (2026), Insee
Les ménages interrogés par l’Insee anticipent début mars 2026 une hausse générale des prix. L’inflation attendue à un an passe de 3 % à 5 % (médiane).
Ruée bancaire
Ce réflexe ressemble à une « ruée bancaire », dit bank run en anglais, telle que décrite en 1983 par les économistes Douglas Diamond et Philip Dybvig, Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel en 2022.
Un épargnant retire son argent de la banque, non pas parce que l’établissement de crédit va mal, mais de peur que les autres épargnants retirent le leur avant lui. Sa peur et l’anticipation qui en résulte provoquent ce que l’épargnant redoutait tant : la banque ne peut pas le rembourser quand un grand nombre d’épargnants retirent leurs fonds en même temps. La prophétie devient autoréalisatrice.
Le consommateur d’essence ne craint pas pour son argent sur son compte en banque, mais il redoute l’augmentation du prix du carburant. Il fait le plein avant une potentielle « ruée bancaire ».
L’« élasticité-prix »
Six mois plus tard, les tensions reprennent au Moyen-Orient et le prix du gazole remonte pour atteindre un record de 2,41 euros le litre en moyenne nationale le 20 septembre 2026. La consommation de carburant baisse de 30 % en dix jours entre le 11 et le 20 septembre 2026.
Cette chute n’a rien de surprenant. Afin d’analyser la sensibilité de la demande de carburant aux prix, l’étude de l’Insee de juillet 2023 mesure ce que les économistes appellent l’ « élasticité-prix ». Quand le prix augmente de 1 %, de combien baissent les quantités achetées ?
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Quand les consommateurs savent qu’un prix va changer, ils décalent leurs achats ; ils remplissent leur réservoir juste avant une hausse annoncée ou attendent à l’inverse une remise commerciale pour remplir leur réservoir.
De l’importance des données bancaires
C’est ainsi que l’anticipation d’une baisse ou d’une hausse d’un prix affecte le timing de la demande – ici de carburant. Le modèle décrit dans l’étude de l’Insee de juillet 2023 se fonde sur une « fenêtre d’anticipation », afin que seul le prix du carburant affecte sa quantité demandée sur la période. Concrètement, l’élasticité-prix de la demande obtenue reflète la réaction des consommateurs aux variations du prix, et non aux anticipations de ce prix.
Les données bancaires sont enregistrées à une fréquence transactionnelle, c’est-à-dire à chaque paiement, offrant alors une granularité journalière. Elles isolent les caractéristiques de l’anticipation : le pic – ou le creux – de consommation avant une nouvelle hausse – ou baisse – de prix et le creux – ou le pic – juste après.
Ces variations soudaines de consommation ne seraient pas identifiables avec des données hebdomadaires ou mensuelles, car elles se compenseraient en partie dans la moyenne.
Une fois l’effet des anticipations neutralisé, il reste la réaction des consommateurs au prix modélisée par l’élasticité-prix. Elle est comprise entre – 0,40 et – 0,21, ce qui signifie que lorsque le prix monte de 1 % les volumes de carburants achetés baissent de 0,21 % à 0,40 % à court terme.
L’élasticité-prix moyenne varie sensiblement avec la consommation de carburant, mais elle dépend peu du revenu ou du type d’habitat. Les « petits rouleurs », ceux qui parcourent peu de kilomètres, peuvent davantage se permettre de réduire leur consommation en cas de hausse des prix que les « gros rouleurs ».
Ce que fait l’État
L’État subit les effets de la baisse de consommation de carburant. Au 30 septembre 2026, les recettes de carburant de l’État affichent une moins-value de 383 millions d’euros par rapport à la même période l’an dernier. Bien que la TVA rapporte 798 millions d’euros de plus, les recettes de la taxe sur les carburants, les accises, reculent de 1,18 milliard d’euros par rapport à l’an dernier. Le gouvernement écarte la prise de mesure comme la baisse des taxes ou le blocage des prix en raison du déficit public.
Si les prix montaient encore, quelle serait alors la réaction des consommateurs ? Feraient-ils une nouvelle ruée par peur d’une hausse suivante ? ou réduiraient-ils encore leur consommation ? Sur la base des deux réactions opposées observées en 2026, nous ne pouvons pas savoir ce qui l’emporterait.
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Solène Collot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Ruée anticipative début mars puis effondrement en septembre : comment expliquer la consommation de carburant en France en 2026 ? – https://theconversation.com/ruee-anticipative-debut-mars-puis-effondrement-en-septembre-comment-expliquer-la-consommation-de-carburant-en-france-en-2026-293608
