Pourquoi les universités américaines remettent en question leur examen d’entrée historique

Source: The Conversation – France (in French) – By Beth Kania-Gosche, Professor of Education, Missouri University of Science and Technology

Plus de deux millions d’élèves ont passé le SAT en 2025. zimmytws/iStock/Getty Images Plus

L’ESSENTIEL

  • Créé en 1926, le SAT, un examen standardisé, a révolutionné l’accès aux universités américaines en uniformisant les examens d’entrée.

  • Ses résultats restent très liés à l’origine sociale des élèves, ce qui alimente les critiques sur son équité.

  • Devenu facultatif dans la majorité des universités, le SAT reste un passage incontournable pour de nombreux lycéens.


En juin 1926, le SAT, un examen standardisé américain d’admission à l’université, était organisé pour la première fois. Quelque 8 000 lycéens y participaient, dans l’espoir d’intégrer les universités les plus prestigieuses.

Depuis sa création, il y a cent ans, le SAT a connu de nombreuses évolutions, tant dans ses modalités d’organisation que dans les matières et les connaissances évaluées.

Un tournant majeur s’est produit autour de l’an 2000, lorsque quelque 280 établissements d’enseignement supérieur ont commencé à autoriser les candidats à postuler sans fournir leurs résultats au SAT ou à l’ACT, un autre examen standardisé couramment utilisé. Aujourd’hui, environ 86 % des universités et établissements d’enseignement supérieur américains n’exigent plus ces résultats pour examiner les candidatures.

La question de savoir si le SAT évalue fidèlement les capacités scolaires des élèves continue de faire débat. Certaines recherches montrent que cet examen constitue un bon indicateur de leurs compétences, de leurs connaissances et de leurs chances de réussite dans l’enseignement supérieur.

D’autres recherches mettent en évidence les failles fondamentales du SAT et de l’ACT, notamment le fait que les élèves issus de familles aisées obtiennent généralement de meilleurs résultats au SAT. Il faut dire que passer cet examen est payant et que les familles les plus favorisées peuvent financer des cours particuliers et des préparations spécifiques. Leurs enfants fréquentent aussi généralement des lycées publics ou privés disposant de moyens importants.

En tant que professeure en sciences de l’éducation, je considère qu’il est essentiel de connaître l’histoire du SAT pour comprendre les débats actuels autour de cet examen.

Un nouveau type d’examen

Le SAT a été conçu dans les années 1920 par le College Board, un organisme fondé en 1900 par les présidents de douze grandes universités américaines afin d’harmoniser les procédures d’admission dans l’enseignement supérieur. À l’époque, chaque université possédait son propre examen d’entrée. Ces épreuves prenaient la forme de dissertations, rédigées par les candidats puis corrigées et notées par des professeurs.

En 1926, un examen SAT identique pour tous les candidats a été utilisé pour la première fois. Il comportait 315 questions auxquelles les élèves devaient répondre en 97 minutes, soit environ 18 secondes par question. Il n’était toutefois pas attendu qu’ils répondent à toutes les questions.

L’examen initial comprenait neuf sections, dont certaines ressemblent à celles que passent encore les élèves aujourd’hui, notamment la compréhension de textes et l’arithmétique. D’autres ont en revanche disparu, comme l’épreuve de langue artificielle. Celle-ci consistait à construire des phrases codées en respectant un ensemble de règles complexes, par exemple : « Le pluriel se forme en ajoutant -o. »

En 1928 et 1929, puis de 1936 à 1941, le SAT ne comportait aucune question de mathématiques. Entre 1930 et 1935, les questions de mathématiques étaient toutes à réponse libre, et non à choix multiples, contrairement à ce qui se pratique généralement aujourd’hui. À l’époque, le SAT représentait une véritable révolution : il rompait avec les examens sous forme de dissertations, dont les sujets et les questions étaient définis par les professeurs de chaque université.

Les questions à choix multiples ou à trous pouvaient être corrigées rapidement et de manière objective. Les lycéens n’avaient plus besoin de se rendre sur un campus universitaire pour passer un examen d’entrée. Grâce au SAT, des milliers d’élèves pouvaient désormais passer la même épreuve près de chez eux, sans avoir à supporter les contraintes d’un déplacement jusqu’à l’université.

Les résultats pouvaient être examinés par plusieurs universités, et non plus par une seule. Le SAT a ainsi renforcé la concurrence entre les candidats tout en élargissant les possibilités d’accès à l’enseignement supérieur. Mais toutes les universités, ni même tous les enseignants du secondaire, n’ont accueilli favorablement cette innovation. Certains craignaient notamment que le contenu de l’examen finisse par dicter les programmes scolaires des lycées.

À cette époque, le SAT restait toutefois relativement peu utilisé : à la fin des années 1930 et au début des années 1940, seuls 10 000 élèves environ le passaient chaque année.

En 1947, l’Educational Testing Service (ETS), un organisme privé à but non lucratif spécialisé dans les examens et la recherche en éducation, a été créé pour organiser le SAT et concevoir d’autres épreuves. Cet organisme avait tout intérêt à promouvoir le SAT auprès des établissements d’enseignement supérieur, ce qui a contribué à sa généralisation.

Le SAT s’impose progressivement

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les universités américaines ont enregistré une forte hausse des candidatures, notamment grâce au GI Bill. Ce programme gouvernemental accordait aux anciens combattants des aides financières et des avantages pour poursuivre leurs études.

Face à cet afflux de candidats, les universités ont commencé à durcir leurs critères d’admission et à s’appuyer davantage sur les résultats du SAT pour sélectionner les étudiants.

En 1960, le système des universités de Californie est devenu le premier grand réseau d’universités publiques à rendre le SAT obligatoire. C’est également cette année-là qu’a été créé l’ACT. Au cours des décennies suivantes, de plus en plus d’établissements ont intégré le SAT parmi leurs critères habituels d’admission.

Pour limiter l’avantage que pouvaient procurer les cours particuliers, les concepteurs du SAT ont également allongé la durée de l’examen et remanié les questions.

En 1994, une nouvelle évolution a marqué l’histoire du SAT : pour la première fois, les candidats ont été autorisés à utiliser une calculatrice pendant l’examen.

Bien plus qu’un simple examen

Passer le SAT ou l’ACT représente un enjeu majeur pour les élèves. Non seulement leurs résultats peuvent déterminer leur admission à l’université, mais une amélioration de seulement 50 à 100 points peut aussi leur permettre d’obtenir plusieurs milliers de dollars de bourses d’études.

Les écarts de résultats au SAT entre les différents groupes raciaux sont largement documentés et font l’objet de débats depuis des décennies.

Les élèves d’origine asiatique obtiennent en moyenne les meilleurs résultats au SAT, devant les élèves blancs Les élèves issus de familles aisées ont 13 fois plus de chances que ceux des milieux modestes d’obtenir au moins 1 300 points au SAT, sur un maximum de 1 600.

Certaines recherches mettent en évidence un lien entre les revenus familiaux, les résultats aux examens et la réussite universitaire, cette dernière étant mesurée à partir des notes obtenues, de la poursuite des études et de l’obtention du diplôme.

D’autres recherches montrent que les notes obtenues au lycée permettent de mieux prédire la réussite à l’université que les résultats au SAT.

Les universités remettent en question le SAT

Face aux interrogations sur l’utilité du SAT dans la sélection des étudiants, quelque 280 universités et établissements d’enseignement supérieur ont décidé, autour de l’an 2000, de rendre cet examen facultatif dans leurs procédures d’admission.

Le début de la pandémie de Covid-19, en 2020, a constitué une expérience grandeur nature pour les admissions sans examen standardisé obligatoire. Les risques de transmission du virus empêchaient tout simplement les élèves de passer le SAT. Résultat : en 2020 et 2021, presque aucune université n’exigeait de résultats au SAT ou à l’ACT pour examiner les candidatures.

Six ans plus tard, plus de 2 000 universités et établissements d’enseignement supérieur n’exigent toujours pas le SAT pour examiner les candidatures. Mais cette classification peut être trompeuse, car l’obtention de certaines bourses peut rester conditionnée aux résultats de cet examen.

En 2025, plus de deux millions d’élèves, soit environ 47 % des lycéens en dernière année, ont passé le SAT. C’est le chiffre le plus élevé enregistré depuis le début de la pandémie. La même année, 36 % des lycéens, soit 1,38 million d’élèves, ont passé l’ACT.

Un rite de passage pour les lycéens

Le SAT continue d’évoluer. En 2024, sa durée a été ramenée de trois heures à deux heures et quinze minutes. L’examen se rapproche ainsi de sa durée initiale, il y a cent ans, qui était de 97 minutes. Toujours en 2024, le SAT est devenu entièrement numérique.

Aujourd’hui, cet examen ne reflète pas parfaitement le potentiel et les compétences des élèves, mais il reste un rite de passage pour la plupart des lycéens américains qui envisagent de poursuivre leurs études à l’université.

The Conversation

Beth Kania-Gosche a bénéficié de financements de la National Science Foundation (Fondation nationale pour la science). Elle est présidente de la Missouri Association of Colleges for Teacher Education (Association des établissements d’enseignement supérieur du Missouri pour la formation des enseignants).

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