Source: The Conversation – in French – By Matthieu Picault, Professeur de Finance , LEM-CNRS 9221, IÉSEG School of Management
L’ESSENTIEL
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La nouvelle hausse de l’inflation a poussé la Banque centrale européenne (BCE) à augmenter ses taux directeurs – 2,5 % pour le taux de dépôt.
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Entre lutte contre l’inflation, baisse des crédits et réduction de l’activité, les hausses de ces taux ont des conséquences pour les ménages modestes.
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En luttant contre l’inflation, la BCE peut contribuer à ralentir l’économie française et d’augmenter le chômage.
Entre août 2025 et août 2026, les prix payés par les ménages ont progressé de 2,4 % sur le territoire national. Ce regain d’inflation contraste avec le repli observé depuis le pic de 2022, année où l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait porté l’inflation annuelle à un niveau record de 5,2 %.
Cette inflation vient affecter le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, disposant d’un niveau d’épargne plus faible et avec un niveau de vie relativement faible – appartenant aux 20 % des ménages les plus faibles pour l’Insee et 40 % pour la Drees.
Pour contrôler cette inflation et remplir son objectif premier de maintenir la stabilité des prix, la Banque centrale européenne (BCE) relève son taux directeur pour le refinancement des banques à 2,65 % et le taux de dépôt à 2,5 % en septembre 2026.
Mais quels sont les enjeux réels d’une telle décision pour les ménages modestes, plus exposés dans leur vie quotidienne à une hausse des prix ?
Si notre étude souligne que les décisions prises par la BCE concernent en premier lieu les banques, principaux vecteurs de transmission de la politique monétaire, elles exercent également une influence sur la consommation des ménages par le canal du crédit bancaire.
Faciliter ou limiter les crédits
Afin de maintenir la stabilité des prix, la BCE dispose de différents outils. Le principal : le taux de refinancement des banques.
Concrètement, quand une banque souhaite prêter de l’argent à un ménage avec un projet d’investissement, elle doit disposer des fonds nécessaires. Si ce n’est pas le cas, une option est d’emprunter auprès de la banque centrale. Le taux appliqué à cet emprunt est le taux de refinancement – actuellement de 2,65 %. Les ménages empruntent ensuite à un taux plus élevé, incluant une prime de risque destinée à couvrir le risque de non-remboursement et une marge permettant à la banque de couvrir ses coûts et générer un bénéfice.
Quand l’inflation est faible, la BCE instaure une politique monétaire expansive, ou accommodante. Le taux de refinancement est plus faible, facilitant l’octroi de crédit par les banques. À l’inverse, pour lutter contre une inflation importante, ce taux est plus élevé. Il restreint à dessein la capacité des banques à obtenir des liquidités et de facto à prêter aux ménages. C’est ce qu’on appelle une politique monétaire restrictive.
Perte de pouvoir d’achat
Dans un contexte inflationniste accompagné d’une hausse des taux d’intérêt, les ménages perdent simultanément deux leviers pour maintenir leur consommation : la capacité d’emprunt, rendue plus coûteuse, et le pouvoir d’achat, rogné par la hausse des prix.
Ce second levier pourrait être préservé si les revenus progressaient au même rythme que les prix. Or, en France, les revenus progressent moins vite que les prix. La conséquence ? Une perte réelle de pouvoir d’achat. En 2023, les 10 % des Français les plus pauvres subissent une contraction de leur niveau de vie de -1 %. Pour ces ménages les plus modestes, qui ne peuvent ni emprunter ni puiser dans une épargne insuffisante, ce décrochage entre revenus et prix est particulièrement brutal.
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C’est précisément pourquoi l’objectif de stabilité des prix poursuivi par la BCE revêt une importance sociale. En cherchant à contenir l’inflation, elle limite la dégradation du pouvoir d’achat de ceux qui n’ont aucun autre filet de protection.
Moins d’emplois et moindres salaires
Si la politique monétaire de la BCE influence directement le pouvoir d’achat des ménages par le canal du crédit aux particuliers, elle affecte indirectement leur quotidien via le marché du travail. Comment ? En facilitant ou en restreignant l’accès au crédit pour les entreprises.
Une entreprise qui évolue dans un contexte où l’obtention d’un crédit est aisée pourra plus facilement investir, embaucher ou mieux rémunérer ses salariés. A contrario une politique monétaire restrictive, dans un contexte inflationniste, augmente dans un premier temps les coûts du crédit aux entreprises.
Entre juillet 2021 et juillet 2023, alors que le taux directeur de la BCE passe de 0 à 4 %, le taux d’emprunt des entreprises françaises augmente de 1,08 % à 4,42 %. Une entreprise n’empruntant plus investit moins. À cette baisse d’investissements s’ajoutent des coûts de production élevés, une demande pour les biens et services en baisse due à la diminution du pouvoir d’achat, le tout contribuant à une chute du chiffre d’affaires menant à des destructions d’emplois.
Les ménages les plus modestes sont les plus exposés aux fluctuations du marché du travail, notamment au chômage.
Par exemple, les jeunes sont les premiers à subir les changements de cycle économique induits par la politique monétaire.
Les chiffres l’attestent en France : entre le dernier trimestre 2024 et le deuxième trimestre 2026 (dernière donnée disponible), le taux de chômage des jeunes entre 15 et 24 ans (selon la mesure du BIT) a augmenté de 5 points, passant de 16,6 % à 21,6 %. Sur la même période, le taux de chômage de l’ensemble des actifs, indépendamment de leur âge, ne progresse que de 0,8 %.
Augmentation des inégalités de patrimoine
En plus de leurs revenus et de leurs emplois, la politique monétaire influence le patrimoine des ménages.
Ainsi, la compression des taux de crédit, tombés à 1,06 % en décembre 2021, favorise la demande de biens immobiliers, poussant les prix à la hausse. Au troisième trimestre 2022, le prix des logements anciens progresse de + 6,4 % sur un an.
Or, 30 % des ménages les moins dotés possèdent moins de 40 000 euros de patrimoine, composé quasi exclusivement de livrets d’épargne réglementée et sans exposition à l’immobilier. Ils ne bénéficient pas de cette hausse des prix immobiliers, et la valeur de leur patrimoine n’en est pas accrue.
Compte tenu de ces disparités, les effets de la politique monétaire de la BCE peuvent détériorer la situation des ménages modestes en creusant les inégalités de patrimoine existantes.
En définitive, l’inflation n’affecte pas le pouvoir d’achat des ménages modestes de manière isolée ; elle interagit avec la réponse de la politique monétaire pour produire un effet cumulatif. La politique monétaire agit moins comme un simple correctif que comme un amplificateur des dynamiques de prix, avec des répercussions particulièrement marquées pour les ménages les plus modestes.
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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
– ref. Quel est l’impact des décisions de la BCE sur les ménages modestes ? – https://theconversation.com/quel-est-limpact-des-decisions-de-la-bce-sur-les-menages-modestes-284478
