Source: The Conversation – France (in French) – By Kim Hyeongyeong, ATER en Sciences de l’éducation, Université de Corse Pascal-Paoli
L’ESSENTIEL
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L’éducation à l’alimentation est un enjeu essentiel à tous les âges de la vie.
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Pour bien manger, il faut un minimum de connaissances en santé. Mais il s’agit aussi de comprendre comment les aliments arrivent dans notre assiette.
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S’il y a un certain nombre de paramètres à respecter, y a-t-il pour autant une seule recette ?
L’éducation à l’alimentation est l’un des objectifs définis par la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) 2025-2030, publiée en février dernier. Elle doit se faire à tous les âges de la vie, pour permettre à chacun d’être autonome et de se construire une vision globale de l’alimentation de manière continue.
Que veut dire précisément « être autonome » et « se construire une vision globale de l’alimentation » ? Et comment l’éducation peut-elle y contribuer ?
L’autonomie comme finalité éducative
L’autonomie se pense au regard de ce qu’on appelle l’« altricialité ». C’est une caractéristique propre à l’être humain : contrairement à de nombreuses autres espèces, l’être humain naît immature et dépendant, tant sur le plan biologique que psychique et social. L’éducation est un long processus, nécessaire pour progressivement construire son autonomie.
En ce qui concerne l’alimentation, l’éducation repose sur trois approches. Tout d’abord, l’approche informative consiste à transmettre des informations et des injonctions. Cette approche se traduit le plus souvent par des campagnes d’information (« Manger cinq fruits et légumes par jour », « Manger-Bouger », etc.).
L’approche suggestive cherche à modifier ou orienter le comportement sans qu’on le sache. En ce sens, nombre de techniques inspirées du nudge sont mises en place pour induire un comportement favorable à la santé ou à l’environnement.
Enfin, l’approche éducative idéale vise au contraire à faire du sujet un acteur conscient et capable d’un comportement volontaire et adapté à chacun. Selon cette approche, l’éducation à l’alimentation accompagne la personne dans le développement de son autonomie en la matière.
Comprendre dans quel système agroalimentaire on se trouve
Mais cette autonomie repose sur deux conditions nécessaires qui participent à la construction d’une vision globale de l’alimentation. La première est de comprendre comment on fonctionne. Plusieurs mécanismes influencent nos comportements alimentaires : le comportement alimentaire résulte à la fois de processus biologiques (régulation de la faim et de la satiété, circuit de récompense au niveau cérébral, etc.), psychologiques (cognition, émotions, etc.) et sociaux (normes, espaces, etc.). C’est pourquoi l’alimentation est caractérisée comme un phénomène « bio-psycho-socio-culturel ».
De plus, la plupart des mécanismes, dus à leur caractère habituel, nous échappent souvent. Ces mécanismes sont en outre en interaction avec le milieu dans lequel on vit. Selon l’approche écologique, nos choix alimentaires sont cadrés par de multiples déterminants de notre environnement matériel, socioéconomique et politico-culturel – ce qu’on appelle l’environnement alimentaire.
La seconde condition est de comprendre la complexité du système alimentaire dans lequel nous vivons. Il s’agit de réaliser le chemin que parcourt un aliment avant d’arriver dans notre assiette, de la production jusqu’à la consommation, en passant par le transport et la distribution.
Si on croise ces différents niveaux de lecture sur l’alimentation, on arrive à comprendre la diversité des enjeux qu’elle engage : enjeux sanitaires, liés à la prévalence des maladies dites « modernes » (obésité, maladies cardiovasculaires, etc.) ; environnementaux dans les modes de production et de consommation ; sociaux, autour des inégalités d’accès à une alimentation de qualité ; mais aussi identitaires puisque l’alimentation est porteuse de valeurs et de symboles.
Comprendre ces deux conditions, c’est donc prendre conscience du fait que l’on n’est ni totalement libre ni totalement déterminé, mais que l’on dispose d’une marge de manœuvre dans un monde complexe dont on fait partie.
La motivation, condition de réussite essentielle
Cependant, cette prise de conscience ne suffit pas à elle seule à agir, ce qui explique les limites d’une approche purement informative. Il faut aussi travailler la motivation, car c’est elle qui permet de transformer les connaissances en pouvoir d’agir.
La motivation d’un comportement alimentaire se situe entre deux pôles : l’un pousse vers la recherche de sécurité et de dépendance dans ce qui est familier et habituel, l’autre tend au contraire vers la confrontation avec le nouveau et l’autre, et permet de gagner en maturité.
L’éducation à l’alimentation doit donc permettre au sujet de développer une motivation qui soutient son autonomie, en lui offrant par exemple des occasions d’essayer un nouvel aliment, de découvrir une pratique alimentaire différente, ou de s’ouvrir sur la complexité du monde alimentaire à laquelle il n’était pas sensibilisé auparavant.
La littératie alimentaire comme modèle éducatif
Pour mener une action d’éducation à l’alimentation, on peut s’appuyer sur le concept de littératie alimentaire. Si elle est davantage mobilisée dans le domaine de la nutrition-santé, en tant qu’outil de mesure, elle comprend en effet une dimension plus globale et critique qui permet d’aborder la complexité de l’alimentation.
Elle se définit comme la capacité d’une personne à comprendre l’alimentation de manière à développer une relation positive avec celle-ci. Cela comprend les techniques culinaires et les pratiques alimentaires, acquises tout au long de la vie afin de naviguer, de s’engager dans et de participer à un système alimentaire complexe. Une personne qui a cette capacité peut prendre des décisions favorables tant pour sa santé que pour un système alimentaire durable, compte tenu des composantes environnementale, sociale, économique, culturelle et politique de l’alimentation.
Cette définition peut se décliner en trois niveaux de littératie pour être opérationnelle : le niveau fonctionnel correspond à des connaissances déclaratives et procédurales en nutrition et en techniques culinaires ; le niveau interactif à des compétences pour intégrer ces connaissances dans des pratiques quotidiennes ; enfin, le niveau critique consiste en une analyse critique sur les déterminants sous-jacents de notre alimentation (sociopolitiques, environnementaux) et les conséquences de celle-ci sur notre santé, notre société et la nature.
L’éducation à l’alimentation ne repose pas sur une seule recette magique, mais elle suppose des conditions de possibilité à réunir.
Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.
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Kim Hyeongyeong a reçu des financements de l’Université de Montpellier et la Chaire UNESCO complexité Edgar Morin pour réaliser sa thèse.
– ref. Apprendre à bien manger : comment penser l’éducation à l’alimentation ? – https://theconversation.com/apprendre-a-bien-manger-comment-penser-leducation-a-lalimentation-288550
