Pourquoi le PIB par habitant en Chine reste-t-il bas ?

Source: The Conversation – France in French (3) – By Amaury Goguel, Economist & Academic Dean of the MSc Financial Markets & Investments. Co-author of the book "Managing Country Risk in an Age of Globalization", SKEMA Business School


L’ESSENTIEL

  • La Chine est la première puissance économique en parité de pouvoir d’achat et la deuxième en valeur nominale.

  • Entre démographie, inégalités et dépendance à son secteur industriel, la République populaire de Chine garde un PIB par habitant beaucoup plus faible que la France.

  • Le calcul de son indice de développement humain (IDH) conduit à ouvrir de nouvelles perspectives.


La Chine a annoncé en septembre 2025 qu’elle renonçait à son statut de pays en développement au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Malgré cette annonce, le premier ministre chinois Li Qiang affirme lors d’une intervention majeure en marge de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) que la Chine reste un pays à revenu intermédiaire et donc que « la Chine restera toujours un pays en développement ».

Avec 17 368 milliards d’euros, la Chine est devenue la deuxième économie mondiale en PIB nominal – 2 981 milliards d’euros pour la France – et la première puissance mondiale devant les États-Unis en PIB en parité de pouvoir d’achat (PIB PPA). Ce dernier s’élevant à 36 497 milliards d’euros en Chine.

Pourtant, en 2025, le PIB par habitant atteignait 25  975 euros en Chine contre 58 651 euros en France selon les données Banque mondiale.

Alors, comment expliquer ce contraste ?

Près de 1,4 milliard d’habitants

La première explication est d’ordre démographique. La Chine compte près de 1,4 milliard d’habitants, contre environ 69 millions en France. La richesse créée est répartie entre une population presque vingt fois plus nombreuse.

Le vieillissement de la population accentue ces difficultés. Depuis 2022, le nombre de décès dépasse celui des naissances ; la population en âge de travailler diminue rapidement. Selon le Fonds monétaire international (FMI), cette évolution pourrait accroître fortement les dépenses liées aux retraites puisqu’un nombre réduit d’actifs doit générer la richesse redistribuée à une population inactive plus nombreuse.

Population de la Chine.
Department of Economic and Social Affairs — ONU

Cette situation est connue sous le terme de « dividende démographique inversé » théorisé notamment par David Bloom, David Canning et Jaypee Sevilla.

La conséquence : une baisse de la croissance économique. Les travaux du FMI estiment qu’à moins d’un gain d’efficacité massif – automatisation, hausse de l’âge de la retraite –, la contraction de la force de travail retirera entre 0,5 et 1 point de croissance annuelle du PIB par habitant à la Chine sur les deux prochaines décennies.

Fortes inégalités

Le PIB par habitant présente d’autres limites importantes. Il s’agit d’une moyenne, qui peut masquer des écarts considérables entre les habitants d’un même pays. La Chine présente des inégalités de revenus similaires aux États-Unis et très supérieures à la France.

Coefficient de Gini de la Chine.
Word Inequality Database

Les travaux du World Inequality Lab fondé et co-dirigé par Thomas Piketty montrent que les 10 % des Chinois les plus riches captent environ 42 % du revenu national, contre seulement 15 % pour la moitié la moins aisée de la population.

Activités industrielles

La démographie et les inégalités économiques n’expliquent pas tout. Le modèle économique chinois repose encore largement sur l’industrie, les exportations et la construction.

La raison principale réside dans le surinvestissement dans les infrastructures lourdes, le logement et les usines d’assemblage, qui génèrent des marges faibles par rapport aux services à forte intensité de propriété intellectuelle – R&D, conseil, logiciels.

Le secteur industriel produit des biens, mais il crée moins de richesse par salarié que les activités dans les services numériques, la recherche, la finance ou le conseil. Une étude met en évidence que pour générer un dollar de PIB, la Chine déploie 70 % de capital productif en plus que les économies occidentales.

Le secteur immobilier en Chine illustre les déséquilibres du modèle chinois. Pendant près de vingt ans, la construction a constitué l’un des principaux moteurs de la croissance – jusqu’à 30 % du PIB. Les ménages ont investi massivement dans le logement, tandis que les collectivités locales dépendaient largement de la vente de terrains pour financer leurs dépenses.

Les économistes Kenneth Rogoff et Yuanchen Yang montrent que la crise immobilière pèse désormais sur l’investissement, la consommation et la croissance potentielle de la Chine avec des finances locales paralysées, une hausse de l’épargne de précaution et une faible consommation induite.

La sempiternelle dépendance de la croissance chinoise aux exportations pose un autre problème. Lorsque le gouvernement de la République populaire de Chine subventionne massivement certaines industries jugées prioritaires, les exportations de ces dernières finissent surtout par soutenir les consommateurs occidentaux. Certes, la Chine développe un leadership technologique et industriel sans pareil, mais au détriment du pouvoir d’achat domestique.

Réinvention du modèle socio-économique

Si le PIB par habitant mesure la richesse produite en moyenne par une personne, cet indicateur ne résume pas à lui seul le niveau de développement d’une économie. Il ne traduit pas véritablement une capacité de résilience d’un pays.

L’économiste Amartya Sen souligne qu’un pays peut produire moins, mais offrir un niveau de vie plus élevé grâce à des services publics, un système de santé performant ou une économie plus équilibrée. C’est le cas de la France qui présente un PIB par tête d’habitant en PPA nettement plus faible que les États-Unis, mais un IDH (Indice de Développement Humain) similaire.

L’évaluation du développement des pays doit intégrer leur capacité de résistance face à d’éventuelles évolutions défavorables du contexte mondial à moyen terme. L’efficacité et la conversion des richesses produites, l’inclusion sociale et la souveraineté économique sont désormais indispensables pour apprécier le véritable niveau de développement d’une économie.

Une question fondamentale demeure : la Chine parviendra-t-elle à réinventer son modèle socio-économique pour offrir à ses citoyens les standards de vie d’une nation développée, ou le choc démographique figerait-il ses inégalités avant qu’elle n’atteigne le haut du classement de l’IDH ?

The Conversation

Amaury Goguel ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

– ref. Pourquoi le PIB par habitant en Chine reste-t-il bas ? – https://theconversation.com/pourquoi-le-pib-par-habitant-en-chine-reste-t-il-bas-288026