Repas à un euro : quels autres leviers pour améliorer l’alimentation des étudiants ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Stéphanie Verfay, Maître de conférences, Laboratoire COACTIS, Chaire TrALIM Transitions Alimentaires, Université Lumière Lyon 2


L’ESSENTIEL

  • Depuis mai 2026, tous les étudiants peuvent bénéficier du repas à un euro dans les restaurants universitaires.

  • Au-delà de cette mesure répondant à une urgence sociale, quelles solutions permettraient d’améliorer durablement leur alimentation ?

  • Une recherche participative menée à Lyon apporte des éléments de réponse.


Depuis le 4 mai 2026, les étudiants peuvent bénéficier du repas à un euro dans tous les restaurants universitaires de France. Cette mesure, qui existait déjà pour les étudiants boursiers, est désormais étendue à l’ensemble des étudiants pour améliorer leur pouvoir d’achat, dans un contexte de précarité croissante. Les données récentes confirment l’aggravation de la précarité alimentaire étudiante en France.

Une enquête réalisée en 2023 par l’Observatoire national de la vie étudiante révèle qu’à peine plus de la moitié des étudiants (52 %) déclarent disposer suffisamment de tous les aliments qu’ils souhaitent manger, 13 % indiquent ne pas avoir assez à manger, 22 % déclarent sauter souvent des repas (pour économiser du temps, par manque d’organisation et pour des raisons financières essentiellement) et 9 % ont bénéficié d’une aide alimentaire.

L’université peut aider les étudiants à mieux s’alimenter notamment en améliorant l’offre mais aussi les conditions de restauration des étudiants. Mais elle ne peut répondre seule à l’ensemble des enjeux liés à l’alimentation étudiante.

L’insécurité alimentaire des étudiants, qui désigne les difficultés à accéder régulièrement à une alimentation suffisante, de qualité et adaptée à ses besoins (principalement pour des raisons financières) est devenue un véritable enjeu de santé publique.

Comment améliorer l’alimentation des étudiants ?

Pour répondre à cette question, nous avons mené à Lyon une recherche participative impliquant des étudiants et des partenaires locaux.

Les pratiques alimentaires des étudiants recouvrent des réalités très variées, cependant un point commun les relie : le décalage entre, d’une part, leurs connaissances et leurs intentions en matière de nutrition, et, d’autre part, leurs comportements alimentaires effectifs. L’objectif de notre étude était donc de concevoir des solutions viables, à long terme, permettant de favoriser le choix d’une alimentation saine et durable (ayant de faibles conséquences sur l’environnement) par les étudiants.

Co-construire la transition alimentaire des étudiants

Nous avons mis en œuvre une démarche de co-construction de solutions (basée sur les principes du design thinking) en associant directement au projet le public cible étudiant et les acteurs impliqués.

Les premières étapes ont montré qu’il est nécessaire d’agir sur trois aspects complémentaires pour faciliter l’accès des étudiants à une alimentation saine et durable :

  • l’accessibilité financière (pouvoir acheter des aliments à un prix abordable),

  • l’accessibilité physique (pouvoir trouver facilement des lieux où se procurer ces aliments)

  • l’accessibilité cognitive (disposer des informations et des connaissances nécessaires pour faire des choix alimentaires éclairés).

Ce constat est cohérent avec une enquête de terrain qui a révélé un décalage entre l’accessibilité réelle de l’offre alimentaire (ce qui est effectivement disponible et accessible) et l’accessibilité telle qu’elle est perçue par les étudiants.

Deux dispositifs expérimentés

À partir de ce premier constat, des séances de brainstorming avec des étudiants et les partenaires du projet ont permis de définir deux axes d’actions.

D’une part, la mise en place d’un dispositif de soutien financier pour réduire les freins économiques et développer l’autonomie des étudiants. Développé en partenariat avec une association de monnaie locale, la Gonette, celui-ci repose sur un budget mensuel équivalent à 50 euros par étudiant, distribué en monnaie locale, à dépenser dans le réseau alimentaire local.

D’autre part, la mise en place d’actions de sensibilisation et d’accompagnement pour renforcer les connaissances des étudiants et créer un lien direct entre eux et les producteurs. Un dispositif de sensibilisation a été conçu avec une association de producteurs biologiques locaux, Agribio : conférence-débat sur l’agriculture biologique, visites de ferme, interventions de producteurs locaux et ateliers de cuisine.

Quels dispositifs fonctionnent réellement ?

Pour tester l’impact de ces dispositifs sur les attitudes et les comportements des étudiants, une expérimentation a été menée sur une période de six mois.

Elle montre qu’un soutien financier est un levier efficace pour améliorer les habitudes alimentaires des étudiants à moyen terme. Associé à des actions de sensibilisation portées par des acteurs locaux, il permet également de mieux faire comprendre les enjeux liés à la santé, à l’environnement et à l’origine des aliments.

À l’inverse, un dispositif reposant uniquement sur des actions de sensibilisation, sans aide financière, suscite très peu d’adhésion de la part des étudiants. Il s’agissait pourtant des mêmes types d’activités (visite de ferme, atelier de cuisine, conférence sur l’agriculture biologique), qui suscitaient davantage d’adhésion lorsqu’elles étaient proposées avec une aide financière. Leur organisation en dehors des campus et en fin de journée a également pu constituer un frein à la participation. Ce constat souligne l’importance d’adapter les dispositifs aux contraintes et aux conditions de vie des étudiants pour favoriser leur participation.

À une période clé de leur vie, où ils construisent leurs habitudes de vie et gagnent en autonomie, de nombreux étudiants renoncent à une alimentation équilibrée faute de moyens, avec des conséquences possibles sur leur santé, leur bien-être et leur réussite universitaire. Face à ces défis, les réponses ne peuvent pas se limiter à l’aide alimentaire d’urgence : elles doivent aussi permettre un accès durable à une alimentation de qualité. Nos résultats soulignent l’intérêt de concevoir des dispositifs qui combinent un accompagnement concret et des actions éducatives afin de favoriser des changements durables.


L’étude citée fait l’objet d’un article à paraître dans Décisions Marketing, n° 125, janvier-mars 2027.

The Conversation

Stéphanie Verfay a reçu des financements de la Ville de Lyon (subvention).

Marie-Claire Wilhelm ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Repas à un euro : quels autres leviers pour améliorer l’alimentation des étudiants ? – https://theconversation.com/repas-a-un-euro-quels-autres-leviers-pour-ameliorer-lalimentation-des-etudiants-284890