Source: The Conversation – France in French (3) – By Jacques Hymans, Adjunct Associate Professor of Political Science and International Relations, USC Dornsife College of Letters, Arts and Sciences; University of Southern California
L’ESSENTIEL
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L’administration Trump souhaite faire figurer le visage ou la signature du président sur des pièces et billets américains, malgré une loi interdisant de représenter une personne vivante sur les billets.
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À l’échelle mondiale, les dirigeants en exercice apparaissent presque uniquement sur la monnaie des monarchies héréditaires : seulement 13 % des pays étudiés pour les pièces et 15 % pour les billets.
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Représenter Donald Trump sur la monnaie pendant son mandat constituerait donc une rupture avec la tradition américaine.
En argot américain, l’argent liquide est parfois désigné par l’expression Dead Presidents (« présidents morts »). Mais Donald Trump, président bien vivant, pourrait lui aussi bientôt figurer sur les pièces et les billets américains.
Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025, son administration appose le visage et le nom du président sur toutes sortes de supports, des bâtiments fédéraux aux cartes d’accès aux parcs nationaux. Le faire figurer sur le tout-puissant dollar constituerait le couronnement de ces efforts. Après tout, la valeur des pièces et billets américains actuellement en circulation dépasse 2 460 milliards de dollars, un record historique.
Si le portrait d’un président en exercice commençait à apparaître sur la monnaie américaine, que révélerait ce changement de la culture politique des États-Unis ?
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré qu’il ne pensait pas « qu’il y ait quoi que ce soit d’inconvenant » dans cette idée. À l’inverse, le sénateur démocrate Jeff Merkley a affirmé : « Les manœuvres d’autocélébration du président Trump sont des actes autoritaires dignes de dictateurs comme le dirigeant nord-coréen Kim Jong‑un. »
En tant que professeur de relations internationales, j’étudie depuis plus de vingt ans l’évolution de l’iconographie monétaire à travers le monde. J’aborde donc ce débat dans une perspective internationale. Les données que j’ai recueillies montrent qu’un tel choix placerait les États-Unis à contre-courant de la quasi-totalité des autres pays du monde.
Pièces et billet
L’administration Trump se montre extrêmement active sur le front de la monnaie.
En janvier 2026, les membres choisis par Donald Trump pour siéger à la Commission américaine des beaux-arts, une agence fédérale chargée de conseiller le gouvernement en matière de design et d’esthétique, ont recommandé plusieurs modèles pour une pièce de 1 dollar destinée à être mise en circulation, ornée du profil de Donald Trump. La commission a ensuite recommandé un autre portrait du président pour une pièce commémorative en or 24 carats, dont elle a suggéré qu’elle soit « aussi grande que possible ». Ces pièces devaient être prêtes pour le 4 juillet, mais des retards de production à l’US Mint, l’organisme chargé de frapper la monnaie américaine, ont repoussé leur date de sortie.
L’administration prépare également des billets à l’effigie de Donald Trump. En mars 2026, le département américain du Trésor a annoncé une première historique : désormais, la signature du président figurera sur les nouveaux billets imprimés.
En avril, le département du Trésor a brutalement réaffecté Patricia Solimene, directrice du Bureau of Engraving and Printing, l’organisme chargé de concevoir et d’imprimer les billets américains, après qu’elle eut refusé de faire avancer le projet d’un billet de 250 dollars portant le portrait de Donald Trump, selon le Washington Post.
« C’est ici que le dollar s’est arrêté », a écrit Patricia Solimene dans un courriel d’adieu à ses collègues, détournant la célèbre expression « The buck stops here », qui signifie que l’on assume la responsabilité ultime. Mais après sa réaffectation, le dollar s’est remis en marche. En mai, Scott Bessent a dévoilé publiquement un projet de billet de 250 dollars à l’effigie de Donald Trump, tout en reconnaissant que ces nouveaux billets ne pourraient pas être imprimés tant que le Congrès n’aurait pas modifié une loi vieille de 160 ans, qui interdit de représenter des personnes vivantes sur les billets de banque américains.
Le Donald J. Trump $250 Bill Act, une proposition visant à modifier cette loi, attend désormais d’être examiné plus avant par la commission des services financiers de la Chambre des représentants. Le département du Trésor affirme disposer déjà de l’autorité légale nécessaire pour frapper ses pièces à l’effigie de Donald Trump.
À la loupe : les pièces de monnaie du monde entier
Faire figurer le visage du président en exercice sur des pièces constituerait une rupture spectaculaire avec la tradition américaine. Cela ne s’est produit qu’une seule fois dans l’histoire du pays : sur une pièce commémorative d’un demi-dollar frappée en 1926, qui représentait le président de l’époque, Calvin Coolidge, aux côtés de George Washington.
Mais qu’en est-il des autres pays du monde contemporain ? Est-il courant que leurs dirigeants en exercice apparaissent sur leurs pièces de monnaie ?
À partir de la dernière édition du « Directory of Circulating Coins » de Coin & Mint News – un ouvrage de référence pour les professionnels des pièces de monnaie travaillant dans les instituts monétaires nationaux et les banques centrales –, j’ai recensé les représentations de dirigeants en exercice sur les pièces en circulation dans le monde en 2024. Précisons que ces données n’ont pas encore fait l’objet d’une évaluation rigoureuse par les pairs.
Après avoir analysé près de 1 000 pièces provenant de 165 pays indépendants, je n’ai dénombré que 22 pays – soit environ 13 % du total – dont les pièces en circulation représentent leur chef d’État en exercice. Ce chiffre inclut les pièces représentant des chefs d’État qui étaient en fonction lors de leur émission initiale, qu’ils le soient encore ou non en 2024.
La quasi-totalité des chefs d’État en exercice représentés sur les pièces en circulation que j’ai analysées sont des monarques héréditaires.
Lorsqu’un pays est une monarchie héréditaire, que son système politique soit démocratique, comme au Royaume-Uni, ou autoritaire, comme au Brunei, il est très probable que son roi ou sa reine figure sur les pièces en circulation. C’est le cas d’environ 62 % des monarchies répertoriées dans ma base de données, soit 21 sur 34.
En revanche, lorsqu’un pays n’est pas une monarchie héréditaire, il est presque certain que son chef d’État en exercice ne figure pas sur ses pièces en circulation. C’est le cas de 99 % des pays non monarchiques de ma base de données, soit 130 sur 131.
La seule exception est le Samoa, une démocratie parlementaire dont toutes les pièces en circulation représentent le chef de l’État en fonction en 2011, année de leur première émission. Mais même le Samoa ne constitue pas vraiment une exception, tant sa culture politique présente de nombreux attributs monarchiques : son chef de l’État porte le titre de « Son Altesse » et est traditionnellement choisi parmi les quatre grands chefs coutumiers du pays.
À la loupe : les billets de banque du monde entier
L’analyse de mes données sur les billets de banque fait apparaître une tendance similaire.
À partir de Bank Note Museum – un catalogue gratuit en ligne alimenté par un réseau de collectionneurs de billets – et en complétant ces données avec les informations du catalogue payant des publications Greysheet, « The Banknote Book », j’ai constitué une base de données regroupant tous les billets en circulation dans le monde qui ont été nouvellement conçus et émis entre 2019 et 2024.
Selon mes données, 84 pays indépendants ont émis 340 nouveaux billets destinés à la circulation courante au cours de cette période. Pourtant, seuls 13 d’entre eux – soit environ 15 % – ont émis de nouveaux billets représentant leur chef d’État en exercice. Tous ces pays sauf un sont des monarchies héréditaires.
La seule exception à la règle est le Botswana, une république démocratique qui fait traditionnellement figurer le portrait du président en exercice sur son billet de 10 pulas. Cependant, Duma Boko, président du Botswana depuis la fin de l’année 2024, attend toujours son billet de 10 pulas.
La monnaie américaine : digne d’un roi ?
Aujourd’hui, presque tous les pays qui ne sont pas des monarchies héréditaires refusent d’émettre de la monnaie représentant leur chef d’État en exercice. Les États-Unis n’étant pas une monarchie héréditaire, faire figurer le visage de Donald Trump sur la monnaie américaine alors qu’il est encore au pouvoir serait tout à fait inhabituel.
Le mouvement national de protestation « No Kings » (« Pas de rois ») a mobilisé des millions d’Américains, qui ont défilé dans les rues pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme les ambitions monarchiques de Donald Trump. Les tendances mondiales de l’iconographie monétaire semblent leur donner raison.
Anyi Tan, étudiante de premier cycle de l’Université de Californie du Sud a contribué à ces recherches.
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Jacques Hymans ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Des dollars à l’effigie de Trump ? Une pratique rarissime hors des monarchies – https://theconversation.com/des-dollars-a-leffigie-de-trump-une-pratique-rarissime-hors-des-monarchies-292246
