Source: The Conversation – France (in French) – By Jean-Christophe Domec, Professor of Sustainable Forest Management, Bordeaux Sciences Agro, Inrae

L’ESSENTIEL
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Les monocultures de pin maritime sont très vulnérables aux incendies.
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Diversifier les espèces, la structure et l’âge des peuplements pourrait notamment rendre les forêts plus résilientes aux flammes.
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Ces orientations auraient également d’autres bénéfices face, par exemple, aux pathogènes.
Cela n’aura échappé à personne, les forêts des Landes sont particulièrement vulnérables aux incendies. Certains feux deviennent plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser. Le constat est sans appel, mais cet état de fait n’est pas une fatalité.
Une partie des solutions pourrait passer par une transformation de la manière dont nous cultivons la forêt et organisons le territoire.
La forêt des Landes
Pour voir comment l’on pourrait minimiser les risques d’incendie, commençons par regarder à quoi ressemblent aujourd’hui les forêts des Landes de Gascogne.
Avec près de 800 000 hectares, ce massif constitue la plus grande forêt de plantation d’Europe. Il est constitué en grande majorité de forêts privées dominées par le pin maritime.
Parmi tous les arbres autochtones, ce pin est celui qui tolère le mieux les sols sableux pauvres du plateau landais, saturés en eau au printemps et secs en été. Sa forte productivité explique sa plantation massive au XIXᵉ siècle après le drainage des marais. Ce modèle a généré depuis d’importants revenus pour l’Aquitaine et a conduit à des paysages forestiers très homogènes.

Pourquoi certaines forêts brûlent-elles plus que d’autres ?
De nos jours, ce massif est devenu très vulnérable aux incendies, et cela constitue un problème majeur. Toutefois, les feux dans les Landes de Gascogne sont très anciens : des charbons enfouis attestent leur récurrence dans la région depuis au moins 10 000 ans.
Bien que cela puisse surprendre, les feux de végétation peuvent aussi jouer un rôle bénéfique dans certains écosystèmes : ils participent naturellement à leur fonctionnement. Mais le réchauffement climatique d’origine humaine accentue les sécheresses et les conditions favorables aux incendies de haute intensité. Lorsqu’ils couvrent aussi des étendues anormalement grandes, ces incendies sont qualifiés de « mégafeux » et peuvent dépasser la capacité de résilience de nombreux écosystèmes.
Un feu est d’autant plus dangereux qu’il se propage rapidement à haute intensité. Cette propagation dépend notamment de quatre caractéristiques que l’on retrouve dans le massif landais :
Il y a tout d’abord la densité des boisements. Dans les Landes de Gascogne, une plantation de pin maritime compte généralement de 1 100 à 1 400 arbres par hectare au départ. Cette densité est ensuite progressivement réduite par trois à quatre éclaircies, pour atteindre environ 300 arbres par hectare avant la coupe finale. Ce mode de production crée donc, pendant les premières années, des peuplements denses et très homogènes favorisant la continuité du combustible.
L’inflammabilité de l’espèce joue également. Les aiguilles du pin maritime sont longues et sèchent facilement et contiennent des composés inflammables qui favorisent leur combustion.
La biomasse morte peut aussi accentuer le risque d’incendie. Dans les Landes, elle est notamment constituée d’un tapis au sol d’aiguilles et de débris issus de la végétation, qui peut devenir très combustible lorsqu’elle est sèche.
Enfin, la continuité des combustibles est également décisive. Elle est ici favorisée par de vastes peuplements homogènes. Les arbres ont souvent la même taille parce qu’ils sont plantés simultanément après une coupe rase (abattage de tous les arbres d’une parcelle) et conduits selon une même rotation.
Dans ces plantations, la végétation du sous-bois peut créer une continuité verticale des combustibles entre le sol et les houppiers (branches, rameaux et feuillage de l’arbre) et ainsi favoriser le passage d’un feu de surface, qui brûle principalement la végétation et la litière au sol, à un feu de cime, qui se propage ensuite d’un houppier à l’autre. Ce changement est déterminant, car les feux de cime sont particulièrement intenses, se propagent plus rapidement et deviennent bien plus difficiles à maîtriser.
Aux antipodes de ce qu’on constate actuellement dans le massif landais, des peuplements irréguliers, mélangés et spatialement hétérogènes permettent, eux, de réduire la continuité des combustibles, limitant le passage des feux de surface aux feux de cime et créant des mosaïques paysagères susceptibles de ralentir la propagation des incendies.
La question n’est donc pas seulement de savoir combien de forêts brûlent, mais surtout comment le paysage est organisé avant l’éclosion du feu. Une forêt présentant davantage de diversité d’espèces, d’âges et de structures est susceptible d’offrir davantage de discontinuités qu’un paysage très homogène.
Quels changements possibles ?
Plutôt que de transformer l’ensemble des Landes de Gascogne, plusieurs évolutions peuvent être envisagées lorsqu’elles sont techniquement et économiquement possibles :
- Diversifier les espèces d’arbres. Il serait possible de favoriser des feuillus moins inflammables, dont le feuillage plus humide et sans résine s’enflamme moins facilement que celui des pins. Des peuplements mixtes pourraient associer au pin maritime des espèces locales adaptées aux conditions du milieu, comme le chêne tauzin dans les landes les plus sèches et le bouleau verruqueux dans les secteurs plus humides.

Fourni par l’auteur
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Diversifier la structure et l’âge des peuplements. Au lieu de paysages formés de plantations d’arbres de même âge, des structures irrégulières et des âges plus variés créent une mosaïque plus hétérogène qui limitent également la propagation des flammes. Ces effets de bordure génèrent de surcroît des milieux diversifiés, combinant l’abri des résineux et les ressources alimentaires des feuillus.
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Maintenir un couvert forestier continu dans le temps. Il s’agit de limiter le recours systématique aux coupes rases, en privilégiant des coupes sélectives, afin de conserver en permanence une partie du couvert et des arbres d’âges différents. Ce couvert contribue à préserver un microclimat et un sol plus humide ainsi que la régénération. Le pin maritime possède d’ailleurs une forte capacité de régénération, y compris après incendie. Cette continuité du couvert à l’échelle du massif doit s’accompagner de discontinuités stratégiques des arbres et des combustibles afin de limiter la propagation du feu.

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- Renforcer les zones d’appui de la politique et des dispositifs de défense des forêts contre l’incendie (DFCI). Le réseau de pistes, de bandes débroussaillées et de zones d’appui de la DFCI constitue déjà une infrastructure essentielle de lutte. Autour de certains axes stratégiques, des zones à moindre combustibilité pourraient être élargies, en combinant éclaircie des pins, réduction des combustibles et conservation de feuillus moins inflammables.
Des zones d’appui d’environ 300 mètres pourraient être expérimentées, non pour garantir l’arrêt des mégafeux, mais pour en réduire l’intensité et la vitesse de propagation à l’approche des infrastructures DFCI et, ainsi, améliorer les conditions d’intervention des pompiers.
- Gérer la biomasse inflammable. Il faut conserver une partie du bois mort nécessaire à la biodiversité et aux cycles des nutriments, tout en réduisant les combustibles les plus inflammables (litière sèche d’aiguilles, petites branches et morceaux de bois sans valeur économique, des plantes comme la molinie, les fougères ou les bruyères, etc.) dans les secteurs exposés afin de limiter leur continuité et le risque d’incendies sévères.
Des éclaircies suffisamment fortes, notamment par le haut, pour réduire la charge en combustible de la canopée pourraient aussi être envisagées, notamment lorsque les ressources en eau ne permettent plus de soutenir les niveaux actuels de production.

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L’écoforesterie
Toutes ces pratiques relèvent de l’écoforesterie, qui cherche à gérer la forêt en tenant compte des conditions écologiques, des perturbations et de la variabilité naturelle ou historique des écosystèmes. Cette approche se distingue des modèles sylvicoles intensifs fondés sur des peuplements de même âge et des rotations fixes avec coupe rase.
L’écoforesterie vise ainsi à concilier production forestière, biodiversité et adaptation aux changements globaux. Diversifier les peuplements peut aussi les rendre moins vulnérables à certains ravageurs : autour de Bordeaux, des mélanges de pins maritimes et de bouleaux se sont, par exemple, révélés plus résistants à la processionnaire que les monocultures de pin. Cette diversification pourrait également contribuer à freiner la propagation du nématode du pin en perturbant son insecte vecteur.
En Aquitaine, il s’agit non de remplacer les vastes pinèdes, mais de diversifier progressivement les peuplements et de créer une mosaïque paysagère plus hétérogène, favorable à la biodiversité, au stockage du carbone, à la régénération naturelle et à la résilience face aux perturbations.

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Une solution parmi d’autres
Néanmoins, les feux ne peuvent pas être totalement supprimés, car, en France et en Europe, dans plus de 97 % des cas, ils sont dus à des causes humaines d’allumage. Aussi l’écoforesterie ne peut-elle empêcher les incendies extrêmes comme ceux observés récemment en Gironde et dans les Landes lorsque leur comportement est principalement contrôlé par des facteurs météorologiques exceptionnels et un agencement du territoire sylvicole qui stimule la propagation des flammes.
L’écoforesterie vise surtout à réduire la sévérité et la propagation des feux et à renforcer la résilience post-incendie, en complément des dispositifs de prévention et de lutte. Cet aménagement peut toutefois réduire la production de bois à court terme et augmenter les coûts de récolte : les coupes sélectives d’une partie des arbres prélèvent moins de bois à chaque intervention et nécessitent davantage de précautions pour préserver les arbres restant sur pied, alors qu’une coupe rase, en abattant tous les arbres d’une parcelle en même temps, permet une récolte plus simple et fortement mécanisée.
Cependant, face au changement climatique et au risque croissant d’incendie, poursuivre la gestion actuelle entraînerait des baisses de revenus forestiers encore plus drastiques, sans parler des risques conséquents pour la sécurité des populations.
Enfin, l’écoforesterie nécessite de renforcer la formation en écologie des futurs forestiers. Bordeaux Sciences Agro, par sa proximité avec le massif landais, peut contribuer au développement et à la diffusion de ces pratiques, en lien avec les acteurs locaux et la filière forêt-bois.
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Jean-Christophe Domec a reçu des financements de l’Agence nationale de la recherche (projet PHYDRAUCC; ANR-21-CE02-0033-02) ainsi que de la Région Aquitaine (projet GRIFON « Gestion des RIsques multiples en FOrêt de Nouvelle-Aquitaine » et projet IMPACTS « Interactions environneMentales au sein du PAysage entre grandes infrastruCtures énergétiques, aménagemenTS hydrauliques, forêt et vignoble en Nouvelle Aquitaine »). Il est professeur de gestion durable des forêts à l’école Bordeaux Sciences Agro et coéditeur en chef de la revue internationale « Annals of Forest Science ». Il est également membre de Conseil d’Administration PEFC Nouvelle Aquitaine.
Chris Carcaillet enseignait depuis 5 ans l’écologie y compris l’ingénierie écologique à PSL Université (Paris), l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris), l’Institut national Polytechnique (Bordeaux, cycle ingénieur) et à l’Université Claude Bernard (Lyon). Il est membre du bureau éditoriale de Forest Ecology and Management, et éditeur de Annals of Forest Science, Ecoscience, Ecosphere, et Plant Ecology. Il a été membre de l’Expertise Collective du CNRS sur les interfaces urbaines face aux incendies de végétation. Ses recherches récentes ont bénéficié de financements de la DREAL-Corse et de Association National de la Recherche et de la Technologie pour des recherches sur les feux de forêt en Corse.
Richard Michalet est professeur émérite à l’Université de Bordeaux au sein de l’UMR CNRS 5804 EPOC. Spécialiste d’Ecologie des Communautés de plantes, il est éditeur associé pour les journaux scientifiques Oikos (Nordic Ecological Society) et Journal of Vegetation Science (International Association for Vegetation Science).
– ref. Rendre les forêts des Landes moins vulnérables aux incendies : comment faire ? – https://theconversation.com/rendre-les-forets-des-landes-moins-vulnerables-aux-incendies-comment-faire-291207
