Source: The Conversation – in French – By Marielle Brunette, Directrice de recherche, Inrae
L’ESSENTIEL
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Seuls 7,5 % de la forêt privée française sont assurés contre l’incendie et/ou la tempête.
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Ce faible taux s’explique notamment par la présence d’aides publiques et d’assurances jugées trop chères ou incomplètes.
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Les modèles d’assurance étrangers pourraient offrir des pistes de réflexion pour faire évoluer le modèle français.
Sécheresses, incendies, attaques d’insectes… les forêts françaises sont de plus en plus exposées aux aléas climatiques. Les grands incendies de l’été 2026 nous le rappellent brutalement. En août, environ 47 000 hectares ont brûlé dans les Landes et en Gironde.
Pourtant, les forêts françaises sont encore peu assurées. Cet état de fait reste peu connu, mais il est primordial de se pencher sur cette réalité si l’on veut penser un modèle durable de gestion des forêts.
Seulement 7,5 % des forêts privées assurées
Cette question de l’assurance ne concerne pas les forêts publiques, car l’État est son propre assureur. Il faut donc plutôt regarder les 75 % de la surface forestière qui appartiennent à 3,5 millions de propriétaires forestiers privés.
En 2023, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) indiquait que seulement 7,5 % de la forêt privée française étaient assurés contre l’incendie et/ou la tempête. Les surfaces assurées et le nombre de contrats souscrits sont cependant en augmentation d’environ 7 % par an depuis 2011, comme l’atteste le graphique ci-dessous.

H. Yphassorho, C. Ghesquières, C. de Menthière et X. Ory, « Valorisation des bois de crise et résilience de la filière forêt-bois : vers une culture du risque », Rapport CGAAER n°24073, IGEDD n°015817-01, p.38, 2025., Fourni par l’auteur
Une lente évolution
Plusieurs raisons expliquent cet accroissement. Tout d’abord, la mise en place en 2010 du DEFI Assurance, un dispositif de défiscalisation pour les propriétaires privés. Ils peuvent ainsi déduire de leur impôt sur le revenu 76 % du montant des cotisations payées (voir schéma ci-dessous).
Ensuite, les pouvoirs publics français ont annoncé qu’à partir de janvier 2017, il n’y aurait plus de programmes publics d’aide à la reconstitution des peuplements post-tempête (article L351-2 du Code forestier). Ces programmes finançaient en partie le nettoyage et la reconstitution des peuplements, ou encore le stockage des bois. Dans un contexte de restriction budgétaire, l’État a ainsi cherché à inciter davantage les propriétaires forestiers à se tourner vers l’assurance privée.

Fourni par l’auteur
Malgré ces évolutions, dans un contexte de risques croissants sous l’effet du changement climatique, et d’encouragement à l’assurance comme outil d’adaptation et de résilience par les organisations internationales (Organisation de coopération et de développement économiques, Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, protocole de Kyoto, etc.), ce faible taux de couverture assurantielle interpelle.
Car l’assurance couvre les frais liés à la reconstitution du peuplement et assure ainsi une continuité dans la fourniture de services écosystémiques dont la société peut bénéficier comme le stockage de carbone ou la préservation de la biodiversité. Mieux protéger les propriétaires contre les pertes liées aux aléas peut ainsi contribuer à préserver ces bénéfices collectifs.
Pour comprendre comment l’on pourrait remédier à cela, commençons par voir pourquoi si peu de propriétaires forestiers sont assurés.
L’effet « charity hazard »
Une littérature abondante a mis en évidence dans les années 2000 un effet de charity hazard (qu’on pourrait traduire en français par « solidarité post-catastrophe ») qui a également été prouvé en contexte forestier français. Ce phénomène implique que les propriétaires ont tendance à ne pas s’assurer et à se reposer sur les aides gouvernementales post-catastrophe.
Par exemple, le plan chablis (nom donné au bois endommagé par le vent dans une forêt) mis en place après les tempêtes Lothar et Martin en 1999 (920 millions d’euros) et celui instauré après la tempête Klaus en 2009 (475 millions d’euros) auraient ainsi tendance à désinciter les propriétaires forestiers à s’assurer. Toutefois, l’État a annoncé renoncer à ces aides depuis janvier 2017.
Des différences en fonction de la région et de la gestion forestière
Une enquête menée par l’Inrae fin 2024 auprès de plus de 300 propriétaires forestiers privés de toute la France hexagonale tente également d’expliquer ce faible taux d’assurance.
L’étude met notamment en évidence des différences régionales. En Nouvelle-Aquitaine, par exemple, les propriétaires sont davantage susceptibles de souscrire une assurance. Cette particularité s’explique notamment par le fait que cette région est la première productrice de bois en France. La valeur économique des peuplements sur pieds est donc importante. De plus, dans cette région, les forêts sont des monocultures de pins maritimes, ce qui accroît la vulnérabilité des peuplements aux multiples aléas.
Certaines caractéristiques de la gestion forestière sont également associées à une plus forte probabilité de souscrire une assurance, particulièrement l’adhésion à des certifications forestières attestant d’une gestion durable, comme le Forest Steewardship Council (FSC) ou le Programme for the Endorsement of Forest Certification Schemes (PEFC). Ces labels reposent sur le respect d’un cahier des charges et témoignent d’un engagement du propriétaire vis-à-vis de sa forêt. Il en est de même de la présence de documents de gestion forestière (Plan simple de gestion, Code des bonnes pratiques sylvicoles ou Réglement-type de gestion) qui ont un impact positif sur la souscription d’un contrat.
Ces résultats suggèrent que l’assurance s’inscrit dans un ensemble plus large de pratiques de gestion. Enfin, le niveau de compréhension de l’assurance forestière, mesurée par une échelle d’auto-évaluation, est fortement corrélé à la demande d’assurance. Ce résultat suggère que des campagnes d’information pourraient s’avérer utiles afin d’améliorer cette compréhension.
Des assurances jugées trop chères et incomplètes
Mais les raisons de ne pas s’assurer restent multiples, comme en atteste le graphique ci-dessous. 32 % des propriétaires interrogés préfèrent par exemple assurer d’autres types de biens que la forêt, 29 % estiment que l’assurance est trop chère et enfin près de 22 % n’y voient pas d’intérêt. Concernant ce dernier point, les campagnes d’information évoquées précédemment pourraient également être bénéfiques (F. Claise et M. Brunette, « Analyse des déterminants de la souscription à une assurance par les propriétaires forestiers en France, Revue économique, 2026).
Enfin, l’étude montre que les propriétaires souhaiteraient pouvoir bénéficier de contrats multirisques couvrant l’ensemble des principaux aléas (tempête, incendie, pathogènes et sécheresse) plutôt que des aléas seuls ou d’autres combinaisons d’aléas plus limitées. Ils aimeraient ainsi privilégier une couverture complète des risques, alors qu’en France, les contrats disponibles reposent encore largement sur des couvertures distinctes, comme l’incendie seul ou la tempête seule. L’étude montre également que les propriétaires sont peu sensibles au niveau de franchise ainsi qu’à la durée du contrat d’assurance.
Les modèles scandinaves
Pour faire évoluer le modèle assurantiel français, plusieurs pistes peuvent être envisagées.
On pourrait tout d’abord s’inspirer des pratiques mises en œuvre dans certains pays européens. En Suède, plus de 80 % des surfaces forestières privées sont ainsi assurées, tandis qu’en Finlande, ce taux dépasse 50 %. Cette hétérogénéité peut s’expliquer par des différences en matière de gestion forestière, d’essences, et de culture forestière mais aussi peut-être par des différences de contrats car ces deux pays proposent des contrats d’assurance multirisques couvrant les dommages liés aux attaques de pathogènes et, en Suède, ceux résultant également de la sécheresse.
Changer le fonctionnement de l’assurance
Ensuite, l’assurance indemnise actuellement les dommages mais elle pourrait aussi encourager les bonnes pratiques en matière de gestion des risques. Par exemple, certaines pratiques sylvicoles permettent de contribuer à réduire le risque d’incendie. À terme, on pourrait imaginer des contrats tenant compte des efforts réalisés par le propriétaire, comme cela commence à être mis en place en Californie. Ainsi, les parcelles forestières présentant des risques plus faibles pourraient bénéficier de primes d’assurance moins élevées.
Enfin, d’autres innovations pourraient être envisagées comme le recours à de l’assurance indicielle (ou paramétrique). Contrairement à une assurance classique, l’indemnisation ne dépend pas de l’évaluation des dégâts après un sinistre, mais d’un indice prédéterminé (comme le niveau de pluie, une vitesse de vent, un seuil de température, etc.). L’indemnisation d’assurance se déclenche automatiquement dès lors que l’indice franchit un seuil convenu, sans avoir besoin d’une expertise sur place. Ce type de contrat pourrait permettre de simplifier et d’accélérer l’indemnisation après la survenue d’aléas climatiques.
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Marielle Brunette est chercheur associé à la Chaire Economie du Climat (CEC), Paris. Elle a reçu des financements du projet Horizon Europe eco2adapt (numéro de subvention 101059498) et du projet X-RISKS du PEPR FORESTT (référence ANR-24-PEFO-0005).
Fanny Claise a reçu des financements du projet Horizon Europe eco2adapt (numéro de subvention 101059498) et du projet X-RISKS du PEPR FORESTT (référence ANR-24-PEFO-0005).
– ref. Pourquoi les forêts françaises sont-elles si peu assurées ? – https://theconversation.com/pourquoi-les-forets-francaises-sont-elles-si-peu-assurees-291005
