Deuxième mandat de la CAQ : des résultats en demi-teinte dans le secteur de l’Éducation

Source: The Conversation – in French – By Olivier Lemieux, Professeur en administration et politiques de l’éducation, Université du Québec à Rimouski (UQAR); Université Laval

Promesses, changements de cap, intentions fluctuantes, hausses budgétaires suivies de compressions et, surtout, centralisation… La CAQ termine son deuxième mandat au pouvoir avec des résultats en demi-teinte dans le secteur de l’Éducation, ministère porté par Bernard Drainville, puis par Sonia LeBel, depuis 2025.


Qui dit « temps des élections » dit « temps des bilans ». Le terme « bilan » provient de l’italien bilancio (XVIe siècle), qui signifie « peser » ou « balancer ».

Cette image de la balance, symbole de la justice, est très révélatrice, puisqu’un bilan se doit d’être juste, honnête, exact et rigoureux. C’est à cet exercice que nous nous livrons à propos des changements apportés au secteur de l’éducation par la Coalition avenir Québec (CAQ) au cours de son second mandat.

Nous appuyant sur l’ouvrage Bilan du gouvernement de la CAQ (2022-2026) ainsi que sur le site Web du Polimètre, trois constats s’imposent selon nous en matière de la réalisation des promesses du gouvernement Legault-Fréchette :

1) les promesses sont surtout « partiellement réalisées » et « rompues » ;

2) le mandat a été marqué par des changements de cap successifs ;

3) la CAQ a centralisé le milieu de l’éducation de manière substantielle.

Des promesses « partiellement réalisées »

Parmi les 17 promesses en éducation qu’elle avait formulées lors de l’élection de 2022, la CAQ a rompu sept promesses, en a pleinement réalisé quatre et a partiellement réalisé les six autres.

Numériquement, ce bilan est bien inférieur à celui du mandat précédent, où pas moins de 13 promesses sur 22 avaient été pleinement réalisées, et seulement trois rompues. Les promesses en enseignement supérieur et recherche — au nombre de cinq — ne font pas partie de ce décompte.

La promesse d’améliorer les services professionnels pour les jeunes en difficulté est partiellement réalisée, avec une augmentation marquée du nombre de professionnels dans toutes les catégories, mais un nombre de bris de services de plus en plus grand.

La CAQ s’était aussi engagée à décerner davantage de diplômes en formation professionnelle dans les secteurs stratégiques, un engagement rompu. Des programmes de formations accélérées en construction ont notamment été annulés par le gouvernement.

Quant au fameux chantier de rénovation et de construction d’écoles promis, il a plutôt fait place à des compressions de 570 millions de dollars notamment dans les dépenses d’infrastructures du réseau.

Des changements de cap

Les intentions du gouvernement ont souvent fluctué au gré des évènements et de la conjoncture politique.

Des hausses budgétaires massives en éducation, initiées dès 2018, se sont poursuivies jusqu’en 2024, soit 57 % en six ans, bien au-delà de l’inflation. À partir de 2024, cependant, une approche de compressions budgétaires a été priorisée par le gouvernement.

L’une des dépenses ayant le plus augmenté depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ est sans aucun doute les salaires des enseignantes et des professionnels du réseau. Toutefois, l’essentiel de ces hausses de salaire a été obtenu après des confrontations importantes avec les syndicats, où le gouvernement a reculé sur sa proposition d’augmentations de salaire en deçà de l’inflation.

Autre exemple, l’interdiction des cellulaires en classe, puis à l’école en général, ne figurait pas vraiment dans le programme politique de la CAQ. Cette décision a cependant été reçue positivement par le milieu et au sein de la population.




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De la centralisation du réseau

Sous la CAQ, le réseau de l’éducation s’est centralisé et hiérarchisé de manière substantielle.

La pièce maîtresse de cette centralisation et de cette hiérarchisation a été sans aucun doute le projet de loi n° 23 qui a été ardemment contesté de la part de nombreuses personnes chercheuses en sciences de l’éducation.




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Ce projet de loi, qui faisait suite au projet de loi n° 40 abolissant les commissions scolaires, donne notamment au ministre de l’Éducation le pouvoir de nommer et de démettre de leurs fonctions les directeurs généraux des centres de services scolaires et d’annuler les décisions de ces mêmes directeurs généraux et des conseils d’administration des centres de services scolaires.




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Il met aussi à mal des instances de démocratie participative, comme le Conseil supérieur de l’éducation qui se voit amputer de sa mission à l’égard de l’enseignement obligatoire (primaire et secondaire), et égratigne l’autonomie professionnelle des enseignantes et des enseignants en permettant au ministre de l’Éducation d’orienter leur formation continue. Celle-ci avait été rendue obligatoire à concurrence de 30 heures aux deux ans par la CAQ lors de son premier mandat.


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Cette concentration graduelle des pouvoirs entre les mains du ministre de l’Éducation et l’affaiblissement des espaces de participation à la prise de décision est ce qui a le plus marqué le second mandat de la CAQ en éducation, bien davantage que l’achèvement de certaines de ses promesses.

L’affaire de l’École Bedford illustre très bien cette dynamique : les problèmes révélés dans cet établissement (un climat de peur et d’intimidation instauré par onze enseignants auprès d’élèves et de collègues) soulevaient d’abord et avant tout des enjeux de mauvaise gestion locale. Ceux-ci ont entraîné une réponse gouvernementale qui a principalement pris la forme du projet de loi n° 94.

Au-delà de la défense d’une certaine vision de la laïcité, le projet de loi octroie aux équipes de gestion, et surtout au ministre de l’Éducation, de nouveaux pouvoirs importants. Il instaure une évaluation du personnel enseignant par la direction d’établissement tous les deux ans, portant entre autres sur sa planification pédagogique. Il s’agit d’un travail colossal demandé aux directions d’établissement déjà largement débordées par leurs multiples tâches. Par ailleurs, la loi accentue les contrôles sur les pratiques du personnel.

À l’approche du scrutin de 2026, le bilan de la CAQ nous amène donc à nous interroger sur le modèle de gouvernance scolaire qui s’est progressivement imposé au Québec sans faire l’objet de vastes débats ou consultations. Ce modèle est centralisé, hiérarchisé et de plus en plus univoque.

La Conversation Canada

Olivier Lemieux a reçu des financements des FRQ et du CRSH. Il est membre notamment du CRIDAQ et du CRIFPE. Il a été à l’emploi du Conseil supérieur de l’éducation de 2019 à 2020.

Alexandre Fortier-Chouinard est en partie financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH).

ref. Deuxième mandat de la CAQ : des résultats en demi-teinte dans le secteur de l’Éducation – https://theconversation.com/deuxieme-mandat-de-la-caq-des-resultats-en-demi-teinte-dans-le-secteur-de-leducation-286719