Est-ce que vous jouez avec votre chat ou est-ce que vous êtes juste en train de l’embêter ?

Source: The Conversation – in French – By Julia Henning, Researcher, School of Animal and Veterinary Science, Adelaide University


L’ESSENTIEL

  • Le jeu est bénéfique à la santé des chats domestiques. Il renforce également les liens avec l’humain.

  • Cependant, une étude inédite montre que nous sommes nombreux à confondre le jeu avec des situations où les chats sont en détresse.

  • C’est l’occasion donc de faire le bilan sur les signes qui doivent nous alerter et ceux qui nous indiquent que notre chat apprécie vraiment le jeu.


Vous est-il déjà arrivé de regarder des vidéos en ligne d’humains « jouant » avec des chats et de remarquer que ce dernier n’a pas vraiment l’air de s’amuser ? Si c’est le cas, vous êtes probablement plus doué que la moyenne pour déchiffrer le langage corporel des chats.

On sait que des jeux interactifs réguliers favorisent la santé, réduit le stress et renforce le lien entre l’homme et le chat.

Mais selon notre dernière étude, ce que beaucoup de gens considèrent comme du « jeu » n’en est peut-être pas du tout. En réalité, ces interactions sont source d’agacement ou de stress pour les chats.

Quand le jeu n’en est plus

Lorsqu’ils jouent, l’humain et le chat doivent savoir distinguer les comportements qui pourraient être perçus comme menaçants dans d’autres contextes, tels que les mouvements brusques, les coups de patte ou les poursuites.

Des études montrent pourtant que les gens ont du mal à interpréter la communication féline et souvent ne remarquent pas quand un chat ne veut pas jouer. Et même lorsqu’ils s’en rendent compte, beaucoup de gens choisissent de continuer quand même.




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Afin de comprendre pourquoi certaines personnes peuvent mal interpréter ou ignorer les signes de stress chez les chats, nous avons, dans le cadre de notre nouvelle étude, analysé 1 100 commentaires laissés sous des vidéos publiées sur les réseaux sociaux (YouTube, TikTok, Instagram et Facebook) montrant des « jeux » dangereux.

Afin d’éviter que les vidéos virales n’influencent de manière disproportionnée l’analyse, seuls les 100 premiers commentaires de chaque vidéo ont été analysés. Les commentaires provenaient à la fois de propriétaires de chats et de personnes n’en possédant pas.

Les 11 vidéos sélectionnées montraient toutes des signes évidents de détresse chez les chats, tels que des sifflements, des morsures, des tentatives de fuite, des blessures visibles chez les humains et, dans certains cas, des chats subissant des violences physiques. Malgré cela, de 75 % à 93 % des commentaires sur l’ensemble des vidéos étaient positifs. Comment cela s’explique-t-il ?

Pourquoi interprète-t-on mal le comportement des chats ?

Les interprétations erronées des internautes semblaient influencées par leurs croyances préexistantes concernant les chats, les relations entre les humains et les chats, mais aussi par ce qui est considéré comme amusant ou drôle. De nombreux commentaires banalisaient ainsi les manipulations brutales, présentaient des signes de stress comme de l’excitation ou de l’affection, ou les minimisaient en les qualifiant de « mignons » ou « marrant ».

Dans de nombreux cas, les commentaires reflétaient une dissonance cognitive – ce malaise mental qui survient lorsque nos convictions bien ancrées se heurtent à des preuves contradictoires – ainsi que les mécanismes d’adaptation courants auxquels notre cerveau a recours pour l’atténuer, tels que le déni, le rejet ou l’adoption d’une attitude défensive :

« N’importe qui doté d’un minimum de bon sens peut voir que cette vidéo ne montre pas de maltraitance animale. »

Les commentaires faisaient également écho à des perceptions problématiques issues de discours sociétaux plus larges, tels que :

« Si elle n’était pas à l’aise, elle s’enfuirait. »

« S’ils étaient vraiment en colère, ton bras saignerait à flots. »

De telles déclarations présentent une ressemblance frappante avec des remarques adressées aux victimes de violences conjugales, telles que « Si c’était si terrible, pourquoi n’est-elle pas partie ? »

Les idées fausses les plus courantes

1. « Une véritable détresse ne laisse aucun doute »

De fait, les internautes pensaient souvent que si un chat n’appréciait vraiment pas une interaction, il s’enfuirait ou infligerait des blessures plus graves. S’il n’y avait pas de sang visible, si le chat restait sur place ou s’il ne correspondait pas à l’idée que l’on se fait d’un animal « en détresse », les internautes concluaient qu’il s’agissait d’un jeu.

En réalité, les chats restent souvent engagés dans une interaction ou retiennent leurs attaques afin de réduire les risques pour eux-mêmes, par le biais d’une « réaction de paralysie », ou pour éviter une escalade de la violence.

2. « Ce n’est pas du stress, c’est de l’excitation »

Les téléspectateurs interprétaient souvent à tort les signaux de détresse (oreilles rabattues, queue qui fouette, attaques violentes, grognements) comme des signes indiquant qu’un chat appréciait un « jeu » brutal. Ils citaient des comportements similaires observés chez leur propre chat comme preuve que celui-ci s’amusait.

En réalité, les jeux brutaux sont trop stimulants. Même si les chats semblent s’amuser, ils adoptent souvent une attitude défensive, et non ludique.

Un chat noir semble peu impressionné par une peluche colorée posée sur sa tête, mais il ne semble pas en détresse
Embêter votre chat, ce n’est pas « jouer » : cela revient simplement à l’agacer.
Valentin Klopfenstein/Unsplash

3. « Le chat sait que ce n’est qu’un jeu »

De nombreux internautes ont également supposé que les chats sociabilisés ou ayant tissé des liens affectifs avec l’humain étaient capables de faire la différence entre « le jeu » et « la violence ». D’autres pensaient aussi que les chats « savaient » se retenir. Cette conviction a persisté même lorsqu’une vidéo montrait un bébé blessé, les internautes continuant d’affirmer que le chat se montrait doux.

En réalité, même si les chats peuvent modérer leurs gestes lors de véritables séances de jeu, ils peuvent rapidement être surexcités, ce qui peut entraîner une détresse et des blessures par défense.

Et ils peuvent également se sentir stressés, même s’ils savent que vous jouez avec eux. De plus, si les chats peuvent se montrer plus tolérants envers une personne en qui ils ont confiance, les interactions non désirées risquent, à la longue, d’entamer cette confiance.

Un chat à la robe écaille de tortue vu de près, s’apprêtant à bondir sur une souris colorée attachée au bout d’une ficelle
Les séances régulières de jeu interactif, lorsqu’elles sont menées correctement, sont saines et bénéfiques pour votre chat.
Dan Dennis/Unsplash

4. « C’est comme ça que vous gagnez leur confiance »

Plus inquiétant, encore, certains internautes encourageaient les autres à poursuivre ces interactions néfastes alors même que le chat devenait visiblement angoissé et agressif, affirmant que c’était le meilleur moyen de « gagner la confiance » d’un chat ou de s’attirer ses faveurs.

Mais si les chats expriment leur détresse, c’est pour une bonne raison : ils veulent que vous arrêtiez.

5. « C’est comme ça que les chats montrent leur amour »

Les internautes interprétaient souvent les morsures comme un signe d’affection et parlaient parfois de « morsure d’amour », et la tolérance humaine face aux blessures était alors souvent saluée comme un signe de dévouement. Certains considéraient ainsi les griffures comme un signe d’honneur et affirmaient qu’elles faisaient partie intégrante de la vie avec des chats.

En réalité, ces soi-disant « morsures d’amour » sont généralement la manière polie qu’a un chat de vous faire comprendre qu’il en a assez. Si vous êtes constamment couvert de morsures ou d’égratignures, c’est probablement que vous surstimulez régulièrement votre chat.

Un chat tigré, assis sur une clôture à l’extérieur, tendant une patte vers l’appareil photo avec curiosité
Si vous êtes constamment couvert de griffures, c’est probablement que vous stimulez trop votre chat – ce n’est pas ainsi qu’il « exprime son affection ».
Julian Guttzeit/Unsplash

Comment vraiment jouer avec votre chat ?

Laissez-le choisir. Assurez-vous que votre chat a envie de jouer. Commencez en douceur, laissez-lui le choix, proposez-lui plusieurs issues et soyez attentif aux signes subtils indiquant qu’il en a assez.

Évitez les jeux de combat. Les jeux trop brutaux peuvent rapidement submerger un chat, lui apprendre à considérer les mains comme des jouets et entraînent souvent des blessures. Privilégiez plutôt l’utilisation en alternance de différents jouets à baguette et d’objets similaires qui vous permettent de rester à distance, vous protègent des blessures et réduisent le risque de causer accidentellement du stress à votre chat.

Restez curieux. Dans notre étude, de nombreux observateurs ont mal interprété le comportement des chats ou ignoré des signes évidents de stress, non par malveillance, mais parce que les reconnaître allait à l’encontre de leurs convictions ou de l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes. Si l’idée que votre façon de jouer puisse causer du stress à votre chat vous met mal à l’aise, inspirez-vous des chats et essayez de rester curieux. Il a été démontré que la curiosité est efficace pour aider les gens à dépasser leurs propres préjugés.

Si nous restons curieux, nous restons attentifs aux moments où nos chats prennent plaisir à jouer et à ceux où ils veulent s’arrêter.

The Conversation

Julia Henning ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Est-ce que vous jouez avec votre chat ou est-ce que vous êtes juste en train de l’embêter ? – https://theconversation.com/est-ce-que-vous-jouez-avec-votre-chat-ou-est-ce-que-vous-etes-juste-en-train-de-lembeter-290022