Source: The Conversation – France in French (3) – By Annie Curtis, Professor (Assoc), School of Pharmacy and Biomolecular Sciences (PBS), RCSI University of Medicine and Health Sciences

Notre squelette est en permanence en train de se remodeler. Ces phases de destructions et de reconstructions quotidiennes suivent un rythme bien précis, qui pourrait être perturbé en fonction de nos modes de vie.
Durs, compacts, mis en place une fois pour toutes… vos os vous semblent peut-être la partie la plus immuable de votre corps. En réalité, notre squelette est un chantier perpétuel. Tout au long de la vie, les os se renouvellent, selon un processus continu appelé « remodelage ».
Chaque jour, de minuscules équipes de cellules détruisent l’os ancien et édifient de l’os neuf à sa place. Ces cellules possèdent leurs propres horloges biologiques, comparables à celles qui règlent le sommeil, la faim et d’innombrables autres rythmes quotidiens.
Deux types cellulaires entretiennent ce processus. Les ostéoclastes éliminent l’os ancien ou endommagé ; les ostéoblastes déposent ensuite de l’os neuf pour combler ce qui a été retiré. Des chercheurs ont montré que ce cycle suit un rythme quotidien : la résorption osseuse est généralement maximale en début de journée, tandis que la formation osseuse tend à culminer plus tard.
L’horloge circadienne des cellules osseuses semble maintenir ces deux phases séparées, garantissant que chacune se déroule au moment le plus favorable.
L’importance de la mélatonine
Parmi les signaux qui contribuent à coordonner ce rythme figure la mélatonine. On la présente souvent comme « l’hormone du sommeil », mais il s’agit plutôt en réalité d’une « hormone de l’obscurité ». À mesure que la lumière décline le soir, son taux s’élève et signale à l’organisme que la nuit est venue, et ce, que vous dormiez ou non.
Dans l’os, la mélatonine paraît freiner l’activité des ostéoclastes tout en soutenant celle des ostéoblastes. Les taux de mélatonine, tout comme les marqueurs de la formation osseuse, atteignent leur maximum au cours de la nuit. Cela suggère que les habitudes qui perturbent la montée et la baisse normales de la mélatonine – consultation d’écrans tard le soir, sommeil irrégulier, repas pris à des heures avancées – pourraient dérégler les signaux qui contribuent à maintenir un os en bonne santé.
Avec l’âge, ces rythmes quotidiens s’estompent. Les chercheurs pensent que cet affaiblissement des signaux circadiens pourrait, en partie, expliquer pourquoi la perte osseuse, l’ostéoporose et les fractures deviennent plus fréquentes en vieillissant.
Par ailleurs, nos modes de vie modernes, qui nous exposent à des lumières artificielles et des horaires irréguliers, désaccordent peut-être ces rythmes encore davantage. Une question se pose donc : les réaligner permettrait-il, en retour, de protéger la santé osseuse ?
C’est là tout le principe de la médecine circadienne, ou chronomédecine : traiter la maladie en prêtant attention non seulement au médicament que reçoivent les patients, mais aussi au moment où ils le reçoivent.
Soigner non pas seulement l’os, mais aussi son horloge
Certains indices révèlent déjà que l’heure d’administration d’un médicament compte. Dans une étude menée chez l’animal, une supplémentation en mélatonine a protégé l’os plus efficacement lorsqu’elle était administrée le jour plutôt que la nuit
– un résultat pour le moins surprenant s’agissant d’une hormone habituellement associée à l’obscurité. Il ne s’agit encore que d’une observation préliminaire, mais elle souligne tout ce qu’il nous reste à découvrir sur la temporalité interne du corps.

Jo Panuwat D/Shutterstock (no reuse)
Fort heureusement, selon toute vraisemblance, les habitudes favorisant une bonne santé circadienne générale sont probablement aussi bénéfiques à notre squelette. Se coucher et se lever à heures régulières, s’exposer à la lumière du jour dès le matin, dîner tôt plutôt que tard et suivre une routine constante constituent autant de moyens de garder synchronisées les horloges de notre organisme. Les travailleurs postés, dont les horaires contrarient ces horloges, sont sans doute ceux qui auraient le plus à y gagner.
La question des horaires concerne peut-être aussi la pratique de l’exercice physique. En effet, l’os semble répondre plus vigoureusement aux sollicitations mécaniques durant la phase active de l’organisme, ce qui laisse penser que l’heure à laquelle on choisit de se dépenser pourrait influer sur les bénéfices pour le squelette.
Les os ne font pas partie des organes dont on remarque les changements du jour au lendemain. Leur adaptation se fait au fil des années, au gré de choix et d’habitudes qui façonnent aussi le reste de notre santé. Sommeil, lumière ou rythme de nos journées peuvent sembler n’avoir pas grande influence sur notre squelette. Pourtant, ces éléments participent depuis toujours à son élaboration.
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Annie Curtis bénéficie d’un financement au titre de la subvention « Frontiers for the Future » de Research Ireland, numéro de subvention 20/FFP-P/8636.
Cansu Gorgun a bénéficié d’un financement de l’Union européenne dans le cadre de la convention de subvention n° 101106209 relative à une bourse postdoctorale Marie Skłodowska-Curie (METABOLATE).
– ref. L’os est bien plus dynamique qu’on ne l’a longtemps cru : il possède lui aussi un rythme quotidien – https://theconversation.com/los-est-bien-plus-dynamique-quon-ne-la-longtemps-cru-il-possede-lui-aussi-un-rythme-quotidien-289551
