Source: The Conversation – in French – By Inge Vallance, Head of Research, University of Oxford
Élever des adolescents peut être difficile, même dans les meilleures conditions. Pour certaines familles, les défis sont encore plus grands. Elles doivent faire face à la pauvreté, au chômage, aux conflits, aux déplacements forcés, aux maladie et aux chocs climatiques. Dans ces conditions, les parents et tuteurs peuvent eux-mêmes ne bénéficier que d’un soutien très limité.
Les gouvernements et les ONG ont de plus en plus recours à des programmes d’accompagnement parental dans le cadre de leurs efforts visant à réduire la violence envers les enfants et à améliorer le bien-être des adolescents. Ces programmes aident les parents et les adolescents à renforcer leurs liens, à mieux communiquer, à résoudre ensemble les problèmes et à gérer les conflits. Ils sont généralement dispensés en petits groupes, au cours de plusieurs séances hebdomadaires animées par des facilitateurs formés.
De nombreux programmes d’accompagnement parental sont d’abord testés dans le cadre d’études rigoureuses. Les familles sont réparties de manière aléatoire entre le groupe bénéficiant du programme et un groupe témoin. Cela permet de déterminer si le programme est bien la cause réelle des améliorations observées. Ces essais se déroulent généralement dans des conditions soigneusement contrôlées.
En tant que chercheuses spécialisées dans les programmes de soutien parental, nous souhaitions répondre à une question importante : un programme de soutien parental qui donne de bons résultats dans le cadre d’une étude scientifique soigneusement contrôlée peut-il encore bénéficier aux familles lorsqu’il est mis en œuvre à grande échelle par les services habituels des pouvoirs publics et des ONG ?
Notre récente étude a cherché à répondre à cette question dans huit pays africains.
Nos conclusions
Plutôt que de mener une nouvelle expérience, nous avons analysé les données recueillies dans le cadre de la mise en œuvre à grande échelle de ces programmes. Nous avons rassemblé des informations provenant de plus de 120 000 adolescents et personnes en charge d’enfants dans ces huit pays.
Nous avons également examiné comment les expériences des familles avaient évolué après leur participation à un programme. Ces programmes ont été mis en œuvre par les services publics et les ONG qui existent au Botswana, en République démocratique du Congo, en Eswatini, en Afrique du Sud, au Soudan du Sud, en Tanzanie, en Zambie et au Zimbabwe. Ces pays offraient des contextes très variés.
Nous avons observé des améliorations constantes en matière de pratiques parentales, de santé mentale et de prévention de la violence. Dans les huit pays, les personnes en charge des adolescents et ces derniers ont fait état d’une diminution des niveaux de violence physique et émotionnelle après avoir participé au programme.
Nous avons également constaté des améliorations dans les pratiques parentales, notamment une implication plus positive et une meilleure supervision des adolescents. Les parents ont signalé moins de stress parental lié à leur rôle et moins de symptômes dépressifs. De même, les adolescents ont déclaré une amélioration de leurs symptômes dépressifs et de leurs problèmes comportementaux.
Il est important de constater que ces programmes peuvent faire la différence dans des conditions réelles, car les interventions qui fonctionnent bien dans le cadre d’études de recherche perdent souvent de leur efficacité lorsqu’elles sont transposées dans la prestation de services courants.
Programmes de soutien parental
Les programmes de soutien parental varient, mais beaucoup partagent une approche similaire. Les programmes « fondés sur des données probantes » ont fait l’objet d’évaluations rigoureuses et des recherches ont démontré qu’ils amélioraient le bien-être pour les enfants et les familles.
Il s’agit de programmes pratiques, axés sur l’acquisition de compétences. Ils aident les parents et les adolescents à mieux communiquer, à gérer les conflits au sein du foyer et à réduire le recours aux punitions sévères. Ils favorisent également l’établissement de relations plus solidaires.
Les séances peuvent inclure des jeux de rôle, des activités de résolution de problèmes ou des discussions portant sur le stress, la pression exercée par les pairs et les finances familiales.
Il est important de noter que ces programmes ne visent pas à promouvoir une « parentalité parfaite », ni à rejeter la faute sur les parents. De nombreuses familles élèvent leurs enfants dans des conditions extrêmement difficiles, avec un soutien très limité.
Le programme que nous avons étudié, Parenting for Lifelong Health for Teens, a été développé en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé et l’Unicef. Il a d’abord été testé en Afrique du Sud avant d’être adopté par les services gouvernementaux et les ONG dans plusieurs pays africains. Il a également été mis en œuvre en Asie du Sud-Est et en Amérique latine.
Pourquoi le passage à grande échelle est difficile
L’extension des programmes implique parfois de les mettre en œuvre avec moins de ressources, moins de supervision ou davantage d’interruptions. Le personnel peut présenter des niveaux de formation et de soutien variables. Dans les contextes humanitaires, les conflits, les épidémies ou les catastrophes climatiques peuvent perturber la mise en œuvre.
C’est pourquoi nous avons cherché à comprendre si les programmes d’éducation parentale restaient utiles dans ces conditions réelles.
Les programmes étudiés dans notre enquête ont été mis en œuvre dans des contextes très différents. Certains se sont déroulés dans des zones touchées par des conflits et des déplacements de population, notamment dans certaines régions du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo.
D’autres ont été mis en œuvre pendant les confinements liés à la COVID-19. Au Botswana, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, la mise en œuvre s’est faite par téléphone et via WhatsApp. La connectivité Internet limitée et l’accès restreint aux données ont souvent constitué un obstacle.
L’étude s’est principalement concentrée sur les adolescentes et leurs figures d’attachement, car bon nombre des programmes de services à plus grande échelle étaient conçus pour soutenir les filles confrontées à des risques liés à la violence, au VIH et à la vulnérabilité sociale.
Nos conclusions
Dans l’ensemble, les scores mesurant les maltraitances physiques ont diminué d’environ deux tiers après la participation au programme, même si l’ampleur de ce changement variait selon les pays et les contextes. Nous avons observé des changements positifs dans beaucoup de situations, qu’il s’agisse des communautés touchées par un conflit ou des situations de pandémie.
La violence psychologique et l’acceptation des châtiments corporels ont également diminué dans tous les pays.
Nous avons observé des tendances similaires dans les témoignages des personnes en charge des adolescentes et de ces dernières. C’est un résultat important car il montre que les effets observés ne se limitent pas au point de vue d’un seul groupe.
Nous avons également constaté des différences substantielles entre les pays en ce qui concerne les niveaux de référence de la violence, des troubles de santé mentale et du stress familial. Ce rappelle qu’il n’existe pas de « contexte africain » unique, et les programmes doivent s’adapter à des réalités sociales et économiques très différentes.
Pourquoi est-ce important ?
Dans de nombreux pays africains, la prévention de la violence, la santé mentale et le soutien aux familles sont encore abordés séparément dans les politiques publiques. Or, les relations familiales quotidiennes sont au coeur de ces trois enjeux. Le soutien parental est de plus en plus reconnu comme un moyen de prévenir la violence.
Nos résultats suggèrent qu’aider les personnes en charge des enfants et les adolescents à construire des relations plus solidaires peut améliorer le bien-être et la sécurité.
Notre étude présente certaines limites. Nous ne pouvons pas conclure que le programme était la seule cause des améliorations observées. Cependant, la cohérence des résultats d’un pays à l’autre, d’une organisation à l’autre et d’un groupe de participants à l’autre suggère que les programmes de soutien parental fondés sur des données probantes peuvent être utiles lorsqu’ils sont déployés à grande échelle dans des conditions difficiles.
Ces dernières années, les gouvernements du monde entier se sont engagés à prévenir la violence à l’encontre des enfants. Ce n’est qu’une première étape. Les gouvernements ont également besoin d’approches pratiques, adaptables et réalistes, pouvant être mises en œuvre par le biais des systèmes existants. Nos résultats suggèrent que le soutien parental fondé sur des données probantes peut constituer l’une de ces approches.
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Inge Vallance travaille à l’Université d’Oxford. Son poste est financé par des fonds de recherche externes, notamment des subventions qui ont soutenu les travaux de recherche présentés dans cet article. Elle n’a aucun intérêt financier dans le programme Parenting for Lifelong Health.
Genevieve Haupt Ronnie travaille à l’Université du Cap. Son poste est financé par des fonds de recherche externes, notamment des subventions qui ont soutenu les travaux de recherche présentés dans cet article. Elle n’a aucun intérêt financier dans le programme Parenting for Lifelong Health.
– ref. Comment mieux élever ses enfants ? Voici les résultats d’un projet testé dans huit pays africains – https://theconversation.com/comment-mieux-elever-ses-enfants-voici-les-resultats-dun-projet-teste-dans-huit-pays-africains-288852

