Les feux de forêt menacent-ils les installations gazières ?

Source: The Conversation – in French – By Dylan BERNARD, Doctorant en feux de forêt et risques industriels, IMT Mines Alès – Institut Mines-Télécom

L’essentiel

  • Sous l’effet du changement climatique, de l’évolution de l’occupation des sols et des activités humaines, les incendies deviennent de plus en plus intenses et difficiles à maîtriser.
  • Les incendies de végétation ne menacent pas seulement les forêts et les habitations. Ils peuvent mettre également en danger des infrastructures, comme les établissements Seveso ou les infrastructures gazières, qui peuvent comporter des risques supplémentaires.
  • Pour mieux les protéger, le débroussaillage reste la première des solutions. Les chercheurs, pompiers et industriels explorent également d’autres stratégies pour les installations en surface, directement exposées aux flammes.

Début juillet 2026, un incendie de forêt dans le Cher s’est approché d’un établissement classé Seveso avant d’être fixé.

Si, à ce jour, en France, les établissements Seveso ou les installations gazières n’ont subi aucun dommage majeur lié à un incendie de végétation, les conséquences d’une perte d’intégrité restent préoccupantes. L’accident survenu en 2025 à Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rhône, a rappelé qu’une rupture de canalisation souterraine de gaz naturel peut conduire à une explosion de faible intensité mais une flamme de plus de 150 m de hauteur générant des effets thermiques importants.

Aujourd’hui, la première ligne de défense consiste à limiter la quantité de combustible végétal au voisinage de toute installation. Cette stratégie repose sur la prévention, avec notamment le respect des obligations légales de débroussaillement (OLD), imposées dans les zones les plus exposées au risque incendie, parmi lesquelles figurent les infrastructures à risques.

Le risque d’incendie en France métropolitaine évolue

Le territoire français est marqué par des incendies extrêmes.

Fait méconnu, la surface annuelle brûlée en France métropolitaine est globalement en diminution depuis 1973, date de la première base de données nationale des incendies de forêt.

Cette diminution a été possible grâce à la mise en œuvre de nombreuses mesures de prévention et au renforcement des moyens de lutte depuis le début des années 1990, en particulier dans la zone méditerranéenne, historiquement la plus exposée aux incendies de forêt.

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La surface brûlée en France depuis 1976, en distinguant les régions méditerranéennes et le reste de la France.
Dylan Bernard, avec les données de, Fourni par l’auteur

Toutefois, cette amélioration ne signifie pas que le risque d’incendie diminue.

Aujourd’hui, la combinaison entre les effets du changement climatique, l’augmentation de la biomasse et l’urbanisation dans un milieu arboré pourrait progressivement remettre en cause cette tendance en favorisant le développement des incendies extrêmes. Cette évolution s’illustre notamment avec le troisième plus vaste incendie enregistré en France depuis 1973 qui a eu lieu en août 2025 dans le massif des Corbières, dans l’Aude. Il a parcouru plus de 11 000 hectares, causant un décès, vingt-cinq blessés et la destruction de nombreuses habitations.

À l’horizon 2050, les projections prévoient une extension géographique et temporelle de l’aléa d’incendie de forêt, exposant progressivement de nouveaux territoires et des infrastructures jusqu’alors épargnées par ce risque. Les conditions exceptionnelles observées en 2022 illustraient déjà cette évolution.

Le réseau de gaz en France et les points faibles face aux incendies

Le réseau français de transport et de stockage de gaz naturel, constitué de plus de 36 000 km de canalisations souterraines et de milliers d’installations en surface, traverse de nombreuses zones boisées et est donc directement exposé à ce risque.

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La carte du réseau gazier et des stations de stockage en France métropolitaine.
Dylan Bernard, avec les données IGN et ODRÉ, Fourni par l’auteur

La question est alors de savoir comment évaluer ce risque, qualifié de « NaTech », c’est-à-dire un accident technologique déclenché par un aléa naturel.

Les premiers travaux montrent que les canalisations enterrées sont naturellement bien protégées par le sol, qui constitue un excellent isolant thermique.

Les principales interrogations concernent désormais les équipements en surface, directement exposés aux flammes et au rayonnement thermique.

Mécanismes de propagation des flammes et identification des vulnérabilités

Depuis des décennies, une partie de la recherche liée aux incendies de végétation est consacrée aux zones dites d’interface forêt-habitat. En France, des cartographies permettent de classifier ces zones en fonction de la densité d’habitation pour une meilleure compréhension et gestion des incendies de forêt.

Les études post-incendie dans ces zones ont notamment permis de définir trois mécanismes de propagation des flammes dans ces zones : le contact direct des flammes, le rayonnement thermique des flammes et le contact avec les brandons (débris enflammés) transportés par le vent.

Parmi ces études, l’identification des éléments constructifs vulnérables a permis de mettre en évidence des points critiques comme la toiture (tuiles cassées, accumulation de végétaux dans les gouttières), des ouvrants (entrée des brandons, flammes) ou encore les éléments extérieurs (mobilier de jardin, tas de bois, terrasse en bois, etc.).

De plus, la végétation ornementale (arbres, haies, plantes de jardin) sert de continuité horizontale pour la propagation des flammes et constitue une source importante d’exposition thermique. Une classification des espèces selon leur combustibilité permet de choisir judicieusement quelle espèce implanter à proximité de son habitation pour diminuer la propagation de l’incendie. Cette classification est basée sur les proportions des parties les plus fines des espèces végétales, comme les feuilles et les petites tiges qui brûlent plus facilement que les parties plus épaisses, ainsi que sur la proportion d’éléments morts et leur teneur en eau.

La spécificité des installations gazières

Les structures énergétiques constituent toutefois des enjeux spécifiques. Pour évaluer leur exposition, on estime la quantité de chaleur reçue par les équipements gaziers, qu’ils soient enterrés ou présents sur les installations en surface.

Celle-ci dépend de la végétation, de la puissance de l’incendie et de la distance qui les sépare du front de flamme représentant la zone où les flammes progressent dans la végétation.

Les approches classiques reposent sur la méthode de la flamme solide permettant de représenter un front de flamme par un objet rayonnant de manière uniforme sur l’ensemble de sa surface. Cette méthode ne permet cependant pas de prendre en compte la chaleur liée aux mouvements des gaz chauds (les effets convectifs), ni la conduction thermique en cas de contact direct avec un combustible tel qu’un tronc d’arbre ou un brandon.

Pour aller au-delà des modèles simplifiés, on utilise aujourd’hui des simulations numériques capables de reproduire la propagation des flammes et les transferts de chaleur autour des installations. Ces modèles sont confrontés à des campagnes expérimentales afin d’estimer au mieux la puissance thermique dégagée et reçue par différentes cibles, comme des fenêtres ou des murs de maisons, et ainsi améliorer la fiabilité des simulations.

Une fois cette exposition à la chaleur connue, il devient possible d’évaluer la vulnérabilité des équipements essentiels au fonctionnement du réseau, comme les canalisations, les vannes ou les brides (dispositif de raccordement entre deux sections de canalisation), susceptibles d’être à l’origine d’une fuite de gaz en cas de défaillance causée par un incendie.

À l’échelle du laboratoire, des panneaux radiants électriques composés de lampes halogènes émettant dans l’infrarouge, reproduisent les flux thermiques générés par un incendie afin d’étudier le comportement des canalisations souterraines et des équipements aériens soumis à de telles expositions.

Les premières mesures effectuées sur différents types de sols composant le territoire confirment que les canalisations souterraines bénéficient, grâce à leur profondeur d’enfouissement et à l’isolation assurée par le sol, d’une protection thermique efficace, y compris lors de scénarios sévères définis par un flux thermique incident et un temps d’exposition important. Les bandes de servitude, maintenues sans végétation au-dessus des ouvrages, renforcent encore cette protection.

Les équipements en surface restent en revanche plus sensibles. Leur comportement dépend non seulement de l’intensité de l’incendie et des conditions météorologiques mais aussi de la circulation du gaz dans les canalisations. En effet, un gaz en circulation emporte une partie de la chaleur vers l’aval, ce qui peut limiter l’échauffement des parois. À l’inverse, interrompre l’écoulement diminue les conséquences en cas de fuite mais prive la canalisation de ce refroidissement.

Faut-il interrompre l’écoulement par mesure de sécurité ou, au contraire, le maintenir afin d’évacuer une partie de la chaleur ? Cette question, déjà soulevée lors des incendies de Gironde en 2022, fait aujourd’hui l’objet de débats entre les pompiers et les industriels, afin de mieux protéger ces infrastructures face à des incendies appelés à devenir plus impactants.

Comme pour les habitations, la réduction de la végétation constitue la première ligne de défense des installations gazières face aux incendies. L’enjeu est de définir des distances de débroussaillement conciliant sécurité des infrastructures et préservation des nombreux milieux naturels traversés par le réseau. À mesure que les incendies deviennent plus intenses, ces travaux contribueront à adapter les méthodes d’évaluation des réseaux énergétiques face à ce risque appelé à croître dans les prochaines décennies.

The Conversation

Dylan BERNARD a reçu des financements de NaTran, Storengy et Téréga.

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