Source: The Conversation – in French – By Stephanie Hatzifilalithis, Scientist, Women’s Age Lab, Women’s College Hospital – Assistant Professor, Dalla Lana School of Public Health, University of Toronto
Il y a cinq ans, la vague de chaleur qui a frappé la Colombie-Britannique est devenue l’une des catastrophes météorologiques les plus meurtrières de l’histoire du Canada.
Fin juin et début juillet 2021, en l’espace de huit jours, 619 personnes sont décédées des suites de la canicule. La plupart étaient des personnes âgées. Beaucoup vivaient seules. Presque toutes sont mortes chez elles. Ce qui s’est passé n’était pas seulement un phénomène météorologique. C’était un échec des politiques en matière de logement, de santé, de préparation aux situations d’urgence et de politique sociale.
Aujourd’hui, la question qui dérange n’est pas de savoir si nous avons tiré les leçons de cette tragédie. C’est de savoir si nous en avons tiré suffisamment.
Cet article fait partie de notre série La Révolution grise. La Conversation vous propose d’analyser sous toutes ses facettes l’impact du vieillissement de l’imposante cohorte des boomers sur notre société. Manières de se loger, de travailler, de consommer la culture, de s’alimenter, de voyager, de se soigner, de vivre… découvrez avec nous les bouleversements en cours, et à venir.
Ce mois-ci, une grande partie de l’Europe est à nouveau sous alerte canicule. L’Italie a émis ses alertes de niveau maximal dans plusieurs villes. La France et le Royaume-Uni ont enregistré des températures supérieures à 44 °C, des écoles ont fermé, les réseaux de transport ont été perturbés et les gouvernements s’efforcent de protéger les habitants vulnérables. Des milliers de décès ont déjà été associés à la vague de chaleur actuelle, touchant principalement les personnes âgées.
Les récentes vagues de chaleur qui ont touché le Canada rappellent que les risques sanitaires liés au réchauffement climatique s’aggravent aussi chez nous. Fin juin et début juillet 2026, des périodes prolongées de chaleur extrême ont donné lieu à des alertes de chaleur généralisées en Ontario, au Québec et dans certaines régions du Canada atlantique, avec des indices humidex dépassant les 40 °C par endroits.
Un enjeu majeur de santé publique
Ces scènes nous sont familières, car le problème sous-jacent est le même. Les vagues de chaleur extrême ne sont plus des événements rares. Elles sont en train de devenir un enjeu majeur de santé publique du XXIe siècle. Pourtant, notre réponse reste largement réactive.
La vague de chaleur a mis en évidence ce que les chercheurs savent depuis longtemps : la chaleur n’affecte pas tout le monde de la même manière. L’âge, le handicap, les revenus, la qualité du logement, l’isolement social, les responsabilités familiales et l’accès à des moyens de rafraîchissement sont autant de facteurs déterminants. Les personnes les plus exposées sont celles qui disposent du moins de ressources pour se protéger.
Les personnes âgées sont souvent considérées comme un groupe vulnérable en cas de canicule, mais la vulnérabilité ne dépend pas uniquement de l’âge. Elle dépend des choix politiques.
Les personnes deviennent vulnérables lorsqu’elles vivent dans des logements mal ventilés, n’ont pas les moyens de s’équiper d’une climatisation, ont une mobilité réduite, sont socialement isolées ou dépendent de systèmes de santé et d’aide sociale fragmentés qui peinent à identifier les personnes à risque avant qu’une crise ne survienne.
Vieillir dans un climat en mutation
La population canadienne est désormais « hyper-vieillissante ». Plus de 20 % des Canadiens ont plus de 65 ans. Parallèlement, le changement climatique augmente à la fois la fréquence et l’intensité des épisodes de chaleur extrême.
Santé Canada prévoit que la mortalité liée à la chaleur continuera d’augmenter au cours des prochaines décennies. En Colombie-Britannique, des modélisations suggèrent que, sans mesures d’adaptation significatives, la chaleur extrême pourrait causer la mort de plus de 1300 personnes par an d’ici 2030.
Au sein du National Collaborative on Climate Change and Aging (Collectif national sur les changements climatiques et le vieillissement), dont je suis la directrice scientifique, nous savons ce qui pourrait aider. Les villes peuvent étendre la canopée urbaine et les espaces publics ombragés. Les codes de construction peuvent privilégier le refroidissement passif et la conception résistante à la chaleur, et nous pouvons garantir et faire respecter la législation afin que les logements disposent d’espaces dédiés au contrôle de la température.
Les logements sociaux, les établissements de soins de longue durée, les résidences pour personnes âgées et les logements communautaires peuvent être adaptés et soumis à des obligations visant à prévenir les températures intérieures dangereuses. Les systèmes de santé peuvent mettre en place des mécanismes pour identifier et soutenir les personnes les plus exposées. Les plans d’action chaleur-santé peuvent associer la santé publique, les services sociaux, la gestion des urgences et les organisations communautaires avant que les températures ne grimpent. Nous pouvons également nous appuyer sur les experts de terrain qui font face à ces problèmes depuis des années.
Le problème n’est pas un manque de preuves. C’est un manque d’empressement.

(Unsplash/Markus Spiske)
L’hypothèse la plus dangereuse
Au lendemain du dôme de chaleur de 2021, de nombreux gouvernements ont promis de prendre des mesures. Des améliorations importantes ont été apportées, mais l’adaptation reste fragmentée et inégale. Trop souvent, la préparation à la chaleur repose encore sur la responsabilité individuelle, alors que les risques sont largement déterminés par des conditions sociales et environnementales plus vastes.
Au cours des 20 prochaines années au Canada, la population âgée de 65 ans et plus devrait augmenter de 68 %. Soutenir les personnes âgées face au changement climatique deviendra une priorité politique croissante pour les collectivités.
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Étant donné que la plupart des personnes âgées préfèrent vieillir chez elles – c’est-à-dire rester aussi longtemps que possible dans leur logement et leur communauté –, les stratégies d’adaptation au changement climatique devraient aller au-delà des interventions d’urgence. Elles devraient inclure des logements adaptés aux personnes âgées, des infrastructures de quartier, des services accessibles et des soutiens communautaires, afin que chacun puisse rester en sécurité chez soi dans un climat en mutation.
Il y a cinq ans, 619 personnes ont perdu la vie en Colombie-Britannique, et cette immense tragédie a servi d’avertissement au pays. L’Europe nous en donne aujourd’hui un autre. La leçon à retenir n’est pas que la chaleur extrême est à venir ; elle est déjà là. L’hypothèse la plus dangereuse que nous puissions formuler est que nous disposons encore de temps.
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Stephanie Hatzifilalithis reçoit des fonds des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) pour financer ses recherches.
– ref. Canicules et personnes âgées : ce n’est pas l’âge qui tue, ce sont les failles du système – https://theconversation.com/canicules-et-personnes-agees-ce-nest-pas-lage-qui-tue-ce-sont-les-failles-du-systeme-287124
