Match Canada-Maroc : pour qui prendre parti lorsque l’équipe de votre pays d’accueil affronte celui de vos origines ? Un dilemme pour de nombreux Néo-Canadiens

Source: The Conversation – in French – By Cary Foo, PhD Student, Recreation and Leisure Studies, University of Waterloo, University of Waterloo

Le match de samedi qui verra s’affronter le Canada et le Maroc en Coupe du monde place la communauté marocaine, très nombreuse au Québec, devant un choix qui peut s’avérer déchirant entre leur pays d’origine et leur pays d’adoption. Ce dilemme, loin de se limiter à cette communauté, révèle le lien complexe entre identité, migration et allégeance sportive au sein de la mosaïque culturelle canadienne.


Jesse Marsch, sélectionneur de l’équipe nationale canadienne de football, a déclaré à l’approche de la Coupe du monde de la FIFA : « Nous sommes tellement fiers de rassembler le pays autour de l’équipe du peuple cet été ».

Si ce message illustre l’enthousiasme suscité par la participation du Canada à domicile, la manière dont l’« équipe du peuple » est perçue par les Canadiens eux-mêmes pendant la Coupe du monde est plus nuancée.

La Coupe du monde représente un moment particulier pour le Canada, où la diversité et la culture sont mises en avant. C’est pourquoi de nombreux Canadiens pourraient arborer plusieurs drapeaux – et pas seulement celui à la feuille d’érable – tout au long de la compétition.

Un tournoi mondial dans un pays multiculturel

Les événements sportifs internationaux comme la Coupe du monde permettent aux gens de célébrer des identités communes et de renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté parmi leurs compatriotes. Mais comprendre qui une personne choisit de soutenir lors de tournois mondiaux peut s’avérer complexe et va au-delà du pays où elle vit.

En effet, l’attachement à une équipe sportive n’est pas toujours simple ; il est façonné par l’histoire personnelle et la migration. Si l’on tient compte de la dimension mondiale de la Coupe du monde moderne, les frontières s’estompent encore davantage. Des joueurs sur le terrain aux supporters dans les tribunes, le chevauchement des identités culturelles fait que le choix d’une équipe à soutenir dépend rarement uniquement du lieu où l’on vit actuellement.

L’équipe nationale du Canada reflète parfaitement le tissu multiculturel du pays, avec un effectif composé en grande partie de joueurs qui partagent des parcours d’immigration.

Richie Laryea, membre de l’équipe canadienne, a déclaré : « Notre équipe nationale est à l’image de ce qu’est notre pays aujourd’hui. Et c’est très bien ainsi. Elle doit être extrêmement diversifiée. » Mais les Canadiens qui partagent les mêmes origines ethniques que les joueurs de l’équipe nationale ont-ils du mal à décider qui soutenir ?

Le riche multiculturalisme du Canada – et la composition diversifiée de son équipe nationale – font de cette période un moment fascinant pour observer quel pays les Canadiens choisissent de soutenir pendant la Coupe du monde.


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Allez le Canada ?

Avant 2022, l’équipe nationale masculine canadienne était rarement le premier choix des fans de football au Canada, principalement parce qu’elle ne se qualifiait presque jamais pour la Coupe du monde. De ce fait, la Coupe du monde était l’occasion, dans de nombreuses villes canadiennes, de renouer avec ses racines culturelles et d’encourager plutôt le pays d’origine de sa famille.

Lors de la Coupe du monde 2018, le Croatia Park de Mississauga est devenu un immense lieu de rassemblement pour les Canadiens d’origine croate venus encourager leur équipe nationale et célébrer leurs racines. Si de telles scènes mettent pleinement en valeur la diversité du Canada, elles soulèvent également une question fascinante : lorsque chacun soutient son pays d’origine, quelle place reste-t-il à l’équipe canadienne elle-même ?

Ces célébrations mettent en lumière une véritable crise d’identité pour certains supporters, maintenant que le Canada est devenu un concurrent régulier sur la scène internationale. Le véritable dilemme survient lorsque les gens se sentent profondément déchirés entre leur pays d’origine et leur pays d’accueil. Les supporters peuvent être confrontés à la décision difficile de choisir quel drapeau hisser – ou quelle patrie occupera la première place s’ils décident d’arborer les deux.




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Identités contradictoires

Dans l’univers très compétitif du sport de haut niveau, gagner est tout ce qui compte. À mesure que les équipes sont éliminées et que le tournoi bat son plein, les Canadiens partagés entre deux loyautés peuvent se retrouver tiraillés dans plusieurs directions. Cela peut amener bon nombre d’entre eux à se sentir véritablement tiraillés quant à l’équipe qu’ils « devraient » soutenir.

Une étude portant sur la Coupe du monde 2014 a montré que les supporters peuvent soutenir certaines équipes lorsqu’ils découvrent des liens personnels avec ces nations. Un participant à l’étude, d’origine kenyane, a déclaré : « J’ai été attiré par la Belgique, car leur attaquant est un Belge d’origine kenyane. »

L’attaquant Jonathan David, de l’équipe canadienne, est d’origine haïtienne ; ses deux parents sont nés à Port-au-Prince. Lors d’une interview donnée lors de la Gold Cup de la Concacaf 2019, où le Canada affrontait Haïti, David a expliqué :

Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’affronter le pays où l’on a vécu quand on était plus jeune. Mais je dois tout de même y aller avec la mentalité que je dois faire mon travail pour mon pays.

Malgré l’élimination d’Haïti de la Coupe du monde, un débat passionnant persiste : les Canadiens d’origine haïtienne ont-ils été tiraillés quant à leur identité au moment de choisir s’ils devaient soutenir le Canada, Haïti, ou les deux ? À présent, l’attention se porte sur la question de savoir si les origines haïtiennes de David incitent activement la communauté à se rallier derrière l’équipe canadienne pour le reste du tournoi.




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Pas besoin de choisir son camp

Au final, les supporters ne sont pas obligés de choisir une seule équipe : ils peuvent soutenir à la fois les équipes qui représentent leur héritage culturel et la sélection canadienne qui entre dans l’histoire. Parallèlement, le succès du Canada sur le terrain nous pousse à repenser ce que signifie réellement être « Canadien » dans un pays où soutenir ses origines a longtemps été la norme.

Au final, le choix de l’équipe que les Canadiens décident d’encourager offre un aperçu fascinant de la mosaïque culturelle unique du pays.

Alors que les rues canadiennes se remplissent d’une mer colorée de drapeaux du monde entier et que les communautés se rassemblent autour d’une passion commune pour le football, c’est le moment idéal pour réfléchir à notre identité nationale.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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