Vous avez des difficultés de concentration ? Voici quelques astuces pour améliorer vos capacités d’attention

Source: The Conversation – in French – By Patricia Morada Macabulos, PhD Candidate, Psychology and Cognitive Neuroscience, Macquarie University

Si nos capacités de concentration n’ont pas forcément été altérées par les nouvelles technologies, le fait de passer constamment d’une tâche à l’autre altère la qualité de notre attention. FujiCraft/Getty

Sollicités en permanence par les notifications de nos ordinateurs ou de nos téléphones, nous avons l’impression que notre attention se morcelle. Et à raison, car notre cerveau n’est pas vraiment « multitâche ». Heureusement, il est possible de reprendre la main sur notre concentration.


« Ding ! » – ce son de notification, conçu pour capter notre attention, ne nous est que trop familier. En moyenne, un adulte qui utilise un smartphone aux États-Unis recevrait chaque jour au moins 46 notifications push, soit une toutes les 20 minutes environ, durant les heures de veille.

Or, des résultats de recherches démontrent que ces fonctionnalités destinées à capter l’attention augmentent le stress et réduisent la productivité. Elles peuvent même avoir des conséquences mortelles : sur les routes australiennes, la distraction liée au téléphone coûte la vie à 29 personnes chaque année.

Dans nos sociétés modernes, se concentrer sur une seule tâche à la fois est devenu un défi qui peut sembler impossible à relever. Pourtant, il existe des moyens de reprendre le contrôle de notre attention.

Comment fonctionne notre attention

Notre attention sélective, autrement dit le processus par lequel nous nous concentrons sur les informations pertinentes en ignorant le reste, dépend de la mise en réseau de différentes régions de notre cerveau.

Concrètement, ce sur quoi nous dirigeons notre attention dépend d’un équilibre entre nos objectifs et ce qui se passe autour de nous. Cela signifie que des événements soudains peuvent capter notre attention et la détourner de ce que nous sommes en train de faire.

D’un point de vue évolutif, on pense que ce mécanisme d’attention sélective a été privilégié, car il permet de renforcer la sécurité. Si, pendant que l’on cueille des baies en forêt, un soudain bruissement de feuilles se fait entendre à proximité, mieux vaut que notre attention se détourne de notre activité pour se focaliser sur ce son, car il peut s’agir d’un prédateur prêt à attaquer.

Aujourd’hui, toutefois, ce même mécanisme est détourné de sa fonction par nos environnements modernes, au profit de choses bien moins importantes ou urgentes – par exemple, par la vibration qui signale qu’une nouvelle demande de contact est arrivée sur notre smartphone.

Le problème de la technologie

Les plateformes numériques sont conçues pour capter et retenir instantanément notre attention, en exploitant les systèmes de récompense et de motivation du cerveau. C’est pourquoi il peut être plus difficile de résister aux distractions qui offrent une forme de récompense, comme un like sur une publication. Cela complique également la capacité à rester concentré sur des tâches qui requièrent une attention soutenue.

Des recherches suggèrent que ces interruptions fréquentes pourraient réduire notre aptitude à rester focalisé sur une activité. Cette diminution d’attention ne résulterait pas d’une altération de nos capacités fondamentales à nous concentrer, mais plutôt d’une augmentation de la fréquence à laquelle nous passons d’une activité à l’autre.

Disons-le tout net : la capacité à être « multitâche », autrement dit à pouvoir accomplir deux tâches exigeantes en même temps, relève du mythe. En réalité, notre capacité d’attention est limitée : nous ne pouvons pas traiter simultanément tout ce qui se passe autour de nous. Être « multitâche » revient en réalité à alterner entre les tâches, c’est-à-dire à basculer rapidement de l’une à l’autre plutôt que de les mener réellement de front.

Or, les travaux de recherche ont démontré sans ambiguïté que cette alternance nuit à la performance sur l’une des tâches, voire sur les deux. Et ce, quelle que soit la familiarité ou la prévisibilité de la tâche concernée.

Que faire ?

De nombreux facteurs peuvent influencer notre capacité à rester attentif, de la qualité de notre sommeil à l’existence éventuelle de certains troubles, comme le trouble déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

Il est cependant possible de « muscler notre attention » grâce à quelques ajustements de notre mode de vie.

1. Limiter les distractions liées aux dispositifs électroniques

Vous pouvez pour cela activer le mode « Concentration » de votre téléphone. Celui-ci limite automatiquement les distractions en filtrant les notifications reçues, en particulier pendant le travail ou la conduite. Vous pouvez aussi désactiver toutes les notifications des applications, et définir des plages horaires précises pour les consulter – dix minutes avant le déjeuner, par exemple – utilisant une minuterie pour vous y tenir.

Certaines applications permettent un suivi du temps d’écran. Elles peuvent être utiles, mais évitez celles qui transforment en jeu le temps passé loin de votre téléphone. En effet, de façon plutôt ironique, ces fonctionnalités ludiques sont, elles aussi, conçues pour capter votre attention… Privilégiez plutôt des outils qui vous décourageront d’utiliser vos appareils et qui vous procureront des données susceptibles de vous aider à prendre du recul sur vos usages des écrans.

2. Choisir des activités qui exigent de la concentration

Les données scientifiques sont claires : le fait de constamment alterner entre différentes tâches affaiblit notre concentration. Pour y remédier, privilégiez les activités qui requièrent une attention soutenue.

Des recherches ont démontré que s’adonner à des activités « immersives », telles que la pratique d’un instrument de musique ou d’un sport de compétition, plusieurs fois par semaine peut améliorer la capacité de concentration. Cela pourrait s’expliquer par le fait que ces activités exigent, pour atteindre les objectifs visés, de rester attentif sur des périodes prolongées.

Vous pouvez également utiliser des outils tels que les minuteurs Pomodoro, qui vous aideront à alterner des intervalles de 25 minutes de concentration sur une tâche avec des pauses de cinq minutes.

3. Réduire l’utilisation de la technologie

Des études ont révélé que les personnes qui évitent d’utiliser leurs appareils avant de dormir et qui ne les gardent pas avec eux dans la chambre dorment mieux. D’autres travaux indiquent également que ces pratiques peuvent améliorer la concentration le lendemain.

Lorsque vous disposez d’un peu de temps libre, résistez à l’envie de saisir immédiatement votre appareil. Des résultats de recherche suggèrent que s’accorder régulièrement des pauses pour laisser son esprit vagabonder permet au cerveau de traiter l’information et de tisser de nouveaux liens entre différents concepts et expériences, ce qui laisse le champ libre à la créativité.

En définitive, reprendre le contrôle de son attention n’exige pas nécessairement de se plier à des règles rigides ou d’observer des routines strictes. Cela commence par l’intention d’accomplir divers petits gestes destinés à nous rendre davantage « présent ».

L’attention est une ressource précieuse : investissons-la judicieusement.

The Conversation

Anina Rich bénéficie d’un financement du Conseil australien de la recherche. Elle est codirectrice de « Rethinking the Brain », une entreprise spécialisée dans les neurosciences éducatives.

Patricia Morada Macabulos ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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