Source: The Conversation – in French – By Darienne Lancaster, PhD Candidate – Marine Ecology and Acoustics, University of Victoria
Avez-vous déjà rêvé de nager comme un poisson ? Ou peut-être avez-vous souhaité parler comme un poisson ?
Dans un récent article publié dans le Journal of Fish Biology, notre équipe de l’Université de Victoria a étudié les sons étranges et uniques émis par différentes espèces de poissons le long de la côte de la Colombie-Britannique.
Les chercheurs savent depuis des siècles que certains poissons produisent des sons. Le philosophe et scientifique grec Aristote a même écrit sur le sujet. Cependant, nous savons très peu de choses sur les sons de différentes espèces de poissons, car il est difficile de déterminer l’origine d’un bruit sous l’eau.
Pour identifier le poisson émetteur de chaque son, notre équipe a déployé un réseau de localisation acoustique sous-marine dans le détroit de Barkley, en Colombie-Britannique. Conçu par Xavier Mouy, collaborateur du projet, ce réseau nous a permis de trianguler les sons avec précision et de les associer à des coordonnées.
Grâce à cette triangulation et à des enregistrements vidéo sous-marins, nous avons pu associer des sons aux espèces qui les émettaient. Au cours de notre étude, nous avons répertorié plus de 1 000 sons de poissons et les avons associés à huit espèces des récifs rocheux : la morue-lingue, la perche de pilotis, le sourcil de varech et cinq espèces de sébastes (cuivré, à dos épineux, noir, canari et vermillon).
Nous avons été particulièrement enthousiasmés par l’identification de sons émis par les sébastes canari et vermillon, car il n’avait jamais été documenté que ces espèces produisaient des sons.
Différencier les sons des poissons
Nous avons voulu déterminer si les sons de différentes espèces étaient suffisamment caractéristiques pour pouvoir être distingués les uns des autres. Pour ce faire, nous avons créé un modèle d’apprentissage machine à partir de 47 caractéristiques sonores, telles que la fréquence (hauteur du son) et la durée, afin de comprendre les particularités de chaque espèce.
Les sébastes noirs produisent par exemple un long grondement semblable au coassement d’une grenouille, tandis que les sébastes à dos épineux émettent une série de petits coups et de grognements. Le modèle sonore a permis de prédire avec une précision pouvant atteindre 88 % à quelle espèce appartenait chaque son. Ce résultat a surpris et enthousiasmé notre équipe, car de nombreuses espèces de poissons des récifs rocheux sont étroitement apparentées.
Nous savons que certaines espèces émettent des sons caractéristiques lors d’activités telles que la parade nuptiale ou la défense de leur territoire. Nos recherches ont montré que de nombreuses espèces produisent également des sons lorsqu’elles fuient d’autres poissons.
Ainsi, le sébaste cuivré et le sébaste à dos épineux émettent des grognements beaucoup plus fréquemment lorsqu’ils sont poursuivis par de gros poissons. Nous avons également enregistré les sons émis lorsqu’ils se nourrissent ou qu’ils ont des activités agressives, comme la poursuite.
Les sons dans les recherches futures
Nous avons également utilisé des appareils photo stéréo pour mesurer la longueur des poissons. Nous avons trouvé que les poissons de petite taille émettent des sons à plus haute fréquence (plus aigus) que les gros, ce qui pourrait permettre aux scientifiques d’estimer la taille d’un poisson en écoutant les sons qu’il produit. Cette découverte pourrait servir dans le domaine de la préservation, car l’estimation de la taille des poissons est un outil essentiel pour gérer les populations.
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Notre équipe prévoit d’appliquer ces recherches pour améliorer les efforts de protection de la mer. Maintenant que nous savons que nous pouvons distinguer les sons émis par différentes espèces de poissons, de nombreuses possibilités s’offrent à nous pour convertir des outils acoustiques en méthodes de surveillance.
Nous pouvons créer des détecteurs de sons adaptés à chaque espèce qui nous indiqueront où vivent les poissons sans les déranger. Cette avancée aura des répercussions importantes sur les efforts de préservation, et les techniques que nous avons utilisées pourront être reprises par les scientifiques du monde entier pour étudier les sons de différentes espèces de poissons.
À l’avenir, notre équipe envisage de mettre au point une méthode de comptage des poissons à partir d’enregistrements acoustiques, en dénombrant le nombre de cris émis par chaque espèce.
Nous souhaitons également comparer les sons enregistrés dans le détroit de Barkley à ceux enregistrés dans d’autres régions de la Colombie-Britannique afin de déterminer si les poissons ont des accents ou des dialectes particuliers.
L’utilisation d’enregistrements sonores sous-marins pour étudier les poissons présente de nombreux avantages. Cette méthode est peu invasive et les enregistreurs acoustiques peuvent collecter des informations pendant des mois, voire des années, dans des zones difficiles d’accès ou à faible visibilité. À terme, la surveillance acoustique sous-marine pourrait devenir un outil important pour les défenseurs de l’environnement et les gestionnaires de la pêche.
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Darienne Lancaster a reçu un financement du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et du Fonds de recherche scientifique concurrentielle (FRSC) de Pêches et Océans Canada. Elle est affiliée à Pêches et Océans Canada.
– ref. Des scientifiques ont identifié des sons émis par huit espèces de poissons – https://theconversation.com/des-scientifiques-ont-identifie-des-sons-emis-par-huit-especes-de-poissons-274941
