Source: The Conversation – in French – By Franck Mouthon, Directeur exécutif de l’Agence de programmes de recherche en santé, Inserm
Planifier la recherche médicale s’impose. D’abord, pour faire face aux enjeux majeurs de demain, comme les maladies neurodégénératives ou les maladies inflammatoires chroniques, dont le poids médico-économique va s’alourdir. Ensuite, pour sortir de la logique de réaction permanente face aux crises sanitaires qui se succèdent. Enfin, pour construire un système de santé gouverné par l’impératif préventif et non curatif. Les missions de l’Agence de programmes de recherche en santé recouvrent ces objectifs.
Penser le monde qui vient est aussi nécessaire qu’évident. Car il est déjà à l’œuvre : acteurs victimes de l’abîme que cause le réchauffement climatique pour nos territoires et nos modes de vie, nous voyons progresser maladies chroniques, troubles psychiques, vulnérabilités sociales et fractures intergénérationnelles. La guerre reconquiert nos priorités stratégiques, nos terres et nos imaginaires. L’inquiétude gagne les jeunesses.
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Dans les réflexions à mener, la santé occupe une place centrale. Dans ce domaine comme dans les autres, le monde qui vient ne sera souhaitable qu’à la condition de ne pas être subi : il doit être anticipé, débattu, construit et choisi ensemble. Ce tournant ne saurait réussir que s’il devient un véritable projet collectif, centré autour d’objectifs de santé partagés et appropriés par chacun.
C’est l’objet de l’Agence de programmes de recherche en santé, créée en 2024 et pilotée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), face aux incertitudes que représentent en particulier le domaine de la santé.
On citera parmi ses thématiques prioritaires la recherche sur les maladies neurodégénératives, les maladies inflammatoires chroniques, la transplantation, mais aussi la prévention en santé, la fin de vie ou encore l’amélioration de l’organisation de la recherche vaccinale en France.
Planifier pour sortir de la logique de réaction permanente
Amiante, maladie dite de la vache folle, Covid-19 hier, Ebola ou hantavirus aujourd’hui, nouvelle pandémie ou crise climatique demain… Depuis plusieurs années, c’est le rythme des crises visibles qui dicte la priorité accordée à la santé dans les agendas politiques. Il y là nécessité de sortir d’une logique politique de réaction permanente et de redonner à la puissance publique sa capacité stratégique.
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Dans cette perspective, la recherche a une immense responsabilité. L’Agence de programmes de recherche en santé se donne ainsi pour mission de contribuer à cette capacité d’anticipation : en structurant une démarche de prospective collective, elle vise à éclairer les priorités scientifiques et les choix publics alignés avec les grands défis sociétaux en cours et à venir.
Son approche illustre un nouvel alignement stratégique entre puissance publique, recherche médicale et industrie, en orientant les investissements vers les grands défis contemporains afin de faire émerger une véritable planification sanitaire. Cela implique aussi de réinvestir la réciprocité science-État : aux décideurs publics de réinvestir le temps long indispensable à toute stratégie sanitaire cohérente, à la recherche de renforcer sa capacité d’anticipation, de surveillance, de réactivité, de programmation et de mobilisation face à l’accélération des transformations contemporaines afin d’éclairer la décision publique.
Un programme pour détecter précocement les maladies neurodégénératives
Mieux comprendre et prévenir les maladies neurodégénératives figure parmi les trois nouveaux programmes stratégiques confiés à l’Agence de programmes de recherche en santé.
Aujourd’hui déjà, les maladies neurodégénératives constituent un enjeu majeur pour notre système de santé et la politique de recherche. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, plus de 850 000 personnes sont touchées par la maladie d’Alzheimer (ou une maladie apparentée), plus de 200 000 sont atteintes de la maladie de Parkinson et plus de 100 000 sont affectées par la sclérose en plaques.
Les maladies neurodégénératives représentent un fardeau médico-économique pour la population. Des déterminants environnementaux contribuent au déclenchement et/ou à l’évolution de ce type de pathologies, sans que l’on connaisse précisément leur poids dans le développement de ces maladies.
L’Agence a impulsé un programme de recherche à l’échelle nationale (PRODROM-ND) d’identification précoce de l’entrée dans ces pathologies avant même que les signes cliniques apparaissent, de manière à pouvoir intervenir de manière plus efficace.
Identifier les déterminants responsables de la chronicisation des maladies inflammatoires
Les pathologies inflammatoires chroniques prises dans leur ensemble constituent également un enjeu majeur, même si les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin comme la maladie de Crohn, la polyarthrite rhumatoïde, le psoriasis, le lupus érythémateux disséminé etc. sont moins connues du grand public. Toute intervention qui permettrait d’éviter que la maladie devienne chronique (on parle de chronicisation,) améliorerait considérablement la vie des patients, tout en soulageant le système de santé.
Une quinzaine de maladies inflammatoires vont être étudiées simultanément dans le cadre du programme TRANSCEND-ID et de manière transversale pour une meilleure compréhension des déterminants biologiques associés à la chronicisation de l’inflammation.
Passer du curatif au préventif en France
Enfin, notre modèle français répond à une logique curative, fondée sur la consommation de soins et la facturation des actes médicaux, pensée pour traiter des maladies déjà installées. Il s’agit de construire un système gouverné par l’impératif préventif, pensé pour préserver durablement la santé des populations. Environ 40 % des cancers et 80 % des maladies cardiovasculaires seraient évitables par des trajectoires de prévention adaptées.
Certains pays ont engagé ce tournant depuis plusieurs décennies : la Suède, notamment, a investi massivement dans des actions qui ciblent davantage les jeunes générations à savoir la santé mentale, la nutrition, la lutte contre les déterminants commerciaux de la santé en premier lieu tabac et l’alcool, l’activité physique, l’accès précoce aux soins primaires et la digitalisation des parcours de santé. Les résultats sont visibles : l’écart d’espérance de vie en bonne santé s’est creusé : en 2020, environ 72 ans en Suède contre 64 ans en France. Du reste, cela suppose d’intégrer précocement et pleinement les nouveaux besoins des personnes âgées, des hommes comme des femmes.
Pour sortir de la logique du curatif et entrer résolument dans celle de la prévention en santé, l’Agence de programmes de recherche en santé finalise un grand programme national de recherche en prévention articulé autour de quatre volets :
- la prévention dite « primaire » avec un focus sur la santé de l’enfant durant les 1 000 premiers jours jusqu’à l’entrée dans la vie active (alimentation, sommeil, comportements à risque, déterminants sociaux, déterminants commerciaux qui visent par exemple à inciter les jeunes à consommer de l’alcool ou à jouer en ligne…) ;
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la fin de vie (organisation des soins, inégalités territoriales autour de la prise en charge des parcours de fin de vie, de la souffrance de la personne concernée et de ses proches).
La santé, vecteur de cohésion sociale
Au-delà des missions de l’Agence de programmes de recherche en santé, préparer aujourd’hui la santé de demain revient donc à identifier précocement les vulnérabilités individuelles et collectives, de personnaliser les parcours de prévention, de capitaliser sur chaque contact avec un soignant, et de détecter des signaux faibles de dégradation sanitaire.
Cela nécessite aussi une implication réelle de l’ensemble de la population, notamment jeune et vulnérable, la santé étant un vecteur autour duquel il est possible de créer de la cohésion sociale et de réinvestir nos solidarités.
Cet article a été réalisé dans le cadre du colloque « Penser le monde qui vient », organisé le 11 juin 2026 par la chaire « Prospective, imaginaires et politiques publiques » de CY Cergy Paris Université, Learning Planet Institute et l’association Le 106, en partenariat avec The Conversation. Si vous souhaitez y assister, vous pouvez vous inscrire en cliquant ici.
Cet article a été coécrit avec Mahaut Chaudouët-Delmas, experte prospective en santé et cohésion sociale, Inserm.
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Franck Mouthon ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Maladies neurodégénératives, maladies inflammatoires chroniques, prévention santé… planifier la recherche pour répondre aux enjeux de demain – https://theconversation.com/maladies-neurodegeneratives-maladies-inflammatoires-chroniques-prevention-sante-planifier-la-recherche-pour-repondre-aux-enjeux-de-demain-284580
