Source: The Conversation – France in French (3) – By April Rees, Lecturer, Biochemistry & Immunology, Swansea University

Des travaux de recherche récents suggèrent que l’endométriose ne devrait pas être réduite à une affection gynécologique, mais considérée comme une maladie inflammatoire qui touche l’organisme dans son intégralité. Une approche qui pourrait expliquer les limites des traitements actuels et aider à améliorer la manière dont cette pathologie est diagnostiquée, prise en charge et perçue dans la société.
L’endométriose est une affection douloureuse et invalidante qui touche 10 % des femmes dans le monde. Elle survient lorsque des tissus semblables à la muqueuse utérine (appelés « lésions ») se développent ailleurs dans le corps, généralement dans la région pelvienne.
Le traitement de l’endométriose peut se révéler difficile. En général, le traitement consiste soit à prévenir le développement de ces lésions, soit à les retirer chirurgicalement. Mais souvent, les symptômes persistent, même quand les lésions ont été retirées chirurgicalement.
Traditionnellement, l’endométriose a été considérée comme une affection gynécologique. Cependant, de plus en plus de données indiquent que cette caractérisation minimise la complexité de la maladie. L’endométriose semble avoir des répercussions bien au-delà du système reproducteur. Selon un nombre croissant d’études, elle influence le fonctionnement du système immunitaire dans l’ensemble de l’organisme.
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La considérer comme une maladie qui touche l’ensemble de l’organisme et qui est liée au système immunitaire pourrait aider à expliquer pourquoi les symptômes vont bien au-delà des douleurs pelviennes. Cela expliquerait également pourquoi son traitement est si difficile et pourquoi, souvent, il ne parvient pas à atténuer les symptômes.
Une maladie de l’ensemble du système immunitaire
L’inflammation – qui correspond à la réaction naturelle de l’organisme face à une blessure ou à une maladie – fait partie intégrante de la réponse immunitaire. Elle joue également un rôle clé dans le cycle menstruel.
Mais si l’inflammation devient chronique ou incontrôlée, elle peut entraîner des complications. C’est le cas dans les maladies auto-immunes, telles que la polyarthrite rhumatoïde, dans lesquelles le système immunitaire réagit de manière excessive même en l’absence de menace.
On sait que l’inflammation chronique joue également un rôle central dans l’endométriose. Mais les effets de cette réponse immunitaire incontrôlée pourraient être bien plus étendus que ce que l’on pensait auparavant. Si on en croit des recherches récentes, la réponse immunitaire semble s’étendre à la circulation sanguine et à d’autres systèmes de l’organisme. Cela pourrait expliquer pourquoi l’endométriose provoque des symptômes aussi étendus et qui touchent le corps dans son intégralité.
Chez les personnes atteintes d’endométriose, les cellules immunitaires semblent moins aptes à éliminer les lésions. Pourtant, en parallèle, les personnes atteintes d’endométriose présentent des taux sanguins plus élevés de protéines immunitaires telles que les interleukines IL-6 et IL-1β. Ces protéines immunitaires, sont des cytokines (les interleukines sont une catégorie de cytokines, ndlr). Les cytokines sont un type de messagers libérés par les cellules pour favoriser l’inflammation.
Ensemble, ces cellules dysfonctionnelles permettent aux lésions de se développer et de persister. Ce dérèglement immunitaire a également des répercussions sur l’ensemble de l’organisme, contribuant ainsi à la grande diversité des symptômes ressentis par les personnes atteintes d’endométriose.
De nombreuses personnes atteintes d’endométriose souffrent par exemple d’une fatigue invalidante, de troubles cognitifs (telles que le « brouillard cérébral ») ainsi que de douleurs généralisées. Ces symptômes sont rarement mis en avant dans les recommandations cliniques, alors qu’ils sont souvent aussi invalidants que la douleur pelvienne elle-même.

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L’inflammation systémique offre une explication convaincante à ces symptômes. On sait que les cytokines circulantes, telles que celles mentionnées précédemment, influencent le fonctionnement du cerveau et la régulation énergétique. Des taux plus élevés de cytokines (y compris l’IL-6) ont également été associés à une baisse de la concentration, à des troubles du sommeil et à de la fatigue dans certains troubles auto-immuns et de douleur chronique.
Ces mêmes processus pourraient être à l’œuvre dans l’endométriose. Cela suggère que les symptômes invisibles pourraient être des conséquences biologiques d’une inflammation chronique, et non des effets secondaires de la douleur.
Un dysfonctionnement du système immunitaire pourrait également contribuer à expliquer pourquoi des recherches récentes suggèrent un chevauchement entre l’endométriose et les maladies auto-immunes.
En 2025, une étude à grande échelle a porté sur 330 000 patientes atteintes d’endométriose et 1,2 million de témoins (personnes ne souffrant pas de cette affection). L’étude a révélé que, par rapport aux témoins, les personnes atteintes d’endométriose avaient environ deux fois plus de risques d’être diagnostiquées avec une maladie auto-immune – telle que la polyarthrite rhumatoïde, le lupus, la sclérose en plaques ou la maladie de Hashimoto (une hypothyroïdie appelée aussi « thyroïdite de Hashimoto », ndlr) – dans les deux ans suivant leur diagnostic d’endométriose.
Cela ne signifie pas pour autant que l’endométriose serait en soi une maladie auto-immune. Mais cela suggère l’existence de mécanismes communs, notamment une inflammation chronique, une activité dérégulée des cellules immunitaires et des troubles de la reconnaissance des tissus de l’organisme par le système immunitaire.
Ces similitudes renforcent l’argument en faveur d’une conception de l’endométriose comme un trouble immunitaire systémique.
Repenser l’endométriose
Envisager l’endométriose sous cet angle pourrait transformer la manière dont elle est diagnostiquée, traitée et comprise. Cela pourrait également nous aider à nous rapprocher d’une solution à cette pathologie.
Les traitements actuels ciblent principalement le système reproducteur. Mais si l’endométriose s’accompagne d’un dysfonctionnement immunitaire généralisé, les traitements qui modulent les voies immunitaires pourraient offrir un soulagement plus efficace à long terme.
Considérer l’endométriose comme une affection systémique peut également aider les patientes à se sentir plus autonomes. Ce changement de perspective peut les aider à comprendre que des symptômes tels que la fatigue, les douleurs articulaires, les troubles cognitifs et la sensibilité immunitaire ne sont ni imaginaires, ni sans rapport avec la maladie. Au contraire, ils s’inscrivent dans le cadre plus large de la pathologie.
Envisager l’endométriose sous cet angle peut aider les patients à défendre leurs intérêts au sein des établissements de santé, où les symptômes systémiques sont souvent ignorés ou relégués au second plan.
Une approche systémique permet également aux patients d’explorer des stratégies de prise en charge complémentaires qui visent à réduire l’inflammation ou à améliorer leur bien-être général. Bien qu’elles ne soient pas curatives, certaines personnes suggèrent que les mouvements doux, les techniques de gestion du stress et la thérapie par contrastes chaud-froid pourraient se révéler utiles pour gérer la douleur ou les poussées inflammatoires.
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Des études de plus en plus nombreuses montrent que l’endométriose n’est pas seulement un trouble de la reproduction ou simplement des « règles douloureuses ». Il s’agit d’une maladie inflammatoire touchant plusieurs systèmes, dont les effets sur la santé se répercutent sur l’ensemble de l’organisme.
Considérer l’endométriose comme une maladie immunitaire systémique constitue une étape cruciale vers de meilleurs traitements, un meilleur accompagnement et, à terme, de meilleurs résultats en matière de santé.
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April Rees a reçu des financements de la Royal Society, de la Saint David’s Medical Foundation et du gouvernement irakien.
Laura Elizabeth Cowley a reçu des financements de Health and Care Research Wales, du Welsh Crucible et de la Learned Society of Wales.
– ref. Pourquoi l’endométriose devrait être considérée comme une maladie inflammatoire qui affecte l’ensemble de l’organisme – https://theconversation.com/pourquoi-lendometriose-devrait-etre-consideree-comme-une-maladie-inflammatoire-qui-affecte-lensemble-de-lorganisme-283343
