Source: The Conversation – in French – By Ese Owie, Associate Professor of International Law and Policy, Euclid University | Pôle Universitaire Euclide ; University of Essex
La transition vers les énergies renouvelables échouera si les pays riches ne contribuent pas au financement de systèmes énergétiques plus propres, de l’industrialisation et de la transformation locale des minerais sur l’ensemble du continent africain. Tel était l’argument avancé par les pays africains lors d’une récente réunion rassemblant 57 gouvernements sur la sortie progressive des énergies fossiles.
La Conférence sur la transition hors énergies fossiles a été organisée par la Colombie et les Pays-Bas en avril 2026. Il s’agissait du premier grand rassemblement international consacré à la manière dont les pays pourraient réduire progressivement leur dépendance au charbon, au pétrole et au gaz. À l’heure actuelle, il n’existe aucun accord mondial sur la manière de réduire progressivement la production de combustibles fossiles.
Les accords internationaux sur le climat se concentrent principalement sur la réduction des émissions plutôt que sur la manière et le moment où les pays devraient cesser de produire du charbon, du pétrole et du gaz. Pourtant, ces combustibles fossiles sont responsables de près de 90 % des émissions de carbone à l’origine du changement climatique.
Je suis avocat spécialisé en commerce international et chercheur en droit et mes recherches portent sur les liens entre changement climatique, politique commerciale et développement durable. Je considère que l’Afrique est en passe de devenir un lieu clé du débat sur la manière dont la transition doit être gérée dans les pays qui cherchent à s’industrialiser rapidement tout en étant fortement exposés aux catastrophes climatiques.
Pour les pays africains, s’affranchir des combustibles fossiles est bien plus compliqué qu’un simple changement de source d’énergie. Beaucoup d’entre eux souffrent de la pauvreté, de réseaux électriques fragiles et d’une dette croissante. Leurs économies dépendent toujours du pétrole, du gaz et du charbon pour les recettes publiques, les exportations, l’emploi et même l’accès à l’énergie de base.
Les économies plus riches se sont industrialisées en utilisant des combustibles fossiles pendant des décennies. Demander aux États africains de cesser de produire du pétrole et du gaz sans soutien financier substantiel, sans technologies abordables et sans alternatives crédibles risquerait donc d’aggraver les inégalités.
De la réduction des émissions à l’abandon de l’extraction des combustibles fossiles
La conférence a appelé les gouvernements à aller au-delà de la simple réduction des émissions de gaz à effet de serre et à commencer à s’attaquer à la question plus difficile de la fin de l’extraction des combustibles fossiles. Environ la moitié des producteurs mondiaux de combustibles fossiles ont également assisté à la conférence (y compris ceux du Nigeria et de l’Angola).
Il s’agit d’une avancée significative vers la définition des moyens permettant aux pays de cesser d’utiliser les combustibles fossiles. De nombreux pays se sont engagés à limiter le réchauffement climatique, mais continuent d’approuver de nouveaux projets pétroliers et gaziers et de subventionner la production de combustibles fossiles.
Par exemple, le gouvernement nigérian souhaite presque doubler sa production de pétrole au cours des cinq prochaines années et augmenter sa production de gaz. L’Afrique du Sud souhaite également augmenter sa production de gaz. Ayant créé une compagnie pétrolière publique, elle va probablement développer sa production de pétrole également.
Un accord « axé sur l’offre » pourrait fonctionner. Le Traité de non-prolifération des combustibles fossiles que 18 États et des milliers d’organisations de la société civile ont jusqu’à présent approuvé vise à engager les États à réduire la production de charbon, de pétrole et de gaz.
Concrètement, cela encouragerait les pays à planifier une transition contrôlée vers l’abandon des combustibles fossiles plutôt que d’augmenter indéfiniment leur production.
Une transition juste nécessite des investissements, pas des leçons
Pour que les pays africains puissent passer à l’énergie propre, ils devraient se passer des revenus tirés de la vente de combustibles fossiles. Ils devraient également restructurer leurs économies au-delà de la dépendance mondiale actuelle vis-à-vis des combustibles fossiles.
Cette dépendance est considérable. Les combustibles fossiles représentent plus de 90 % des recettes d’exportation dans des pays tels que le Nigeria et l’Angola.
Les recettes pétrolières et gazières représentent entre 50 % et 70 % des recettes publiques dans plusieurs États à travers le continent. Toute transition brutale sans sources alternatives de croissance et de financement aura des conséquences économiques perturbatrices.
On ne peut pas laisser les pays se débrouiller seuls alors que le commerce mondial et les systèmes énergétiques sont profondément interconnectés. L’Afrique est déjà confrontée à un déficit de financement climatique d’environ 2 500 milliards de dollars d’ici 2030. Il ne serait pas juste de demander aux pays africains de financer eux-mêmes cette transition. Cela reviendrait à un ajustement sans solidarité.
Sans un soutien financier significatif, de nombreux pays africains pourraient avoir du mal à abandonner les combustibles fossiles tout en préservant les emplois, les recettes publiques et l’accès à l’énergie.
L’Afrique doit développer des industries d’énergie verte
Ce dont l’Afrique a besoin, ce n’est pas de la charité, mais d’investissements dans des projets crédibles. Ceux-ci incluent notamment l’énergie renouvelable, les réseaux électriques, l’assemblage de batteries, les modes de cuisson propres et les transports publics. Ces industries d’énergie verte créeraient des emplois et de la valeur économique à long terme sur le continent africain.
L’Afrique dispose déjà de nombreux éléments nécessaires à cette transition. Le continent possède d’abondantes ressources solaires et éoliennes, des marchés en pleine croissance et une main-d’œuvre jeune. Certains pays africains disposent également des minéraux nécessaires aux technologies d’énergie propre. Mais le succès dépendra de la capacité à exploiter ces atouts pour développer des industries sur place.
Les pays auront également besoin d’infrastructures plus solides, d’une réglementation stable et d’investissements dans les compétences techniques. Si elle est bien gérée, la transition énergétique pourrait aider l’Afrique à s’industrialiser de manière plus propre, sans aggraver la crise climatique. Mais sans une planification et un financement ciblés, le continent risque de rester un simple consommateur de technologies importées plutôt que de devenir un acteur de l’économie verte mondiale.
Ce que la Conférence sur la transition hors énergies fossiles signifie pour l’Afrique
La conférence de Santa Marta, en Colombie, n’a pas réglé l’avenir de la gouvernance des combustibles fossiles. Sa contribution est plus modeste – mais reste importante. Elle a clairement montré que les gouvernements ne peuvent pas s’attaquer sérieusement aux émissions tout en continuant à traiter l’extraction des combustibles fossiles comme une question secondaire.
Pour l’Afrique, la tâche ne consiste pas à résister à la transition. Il s’agit d’insister pour que cette transition soit financée, planifiée et gérée de manière équitable.
![]()
Ese Owie does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.
– ref. La transition énergétique échouera sans financement des infrastructures africaines – https://theconversation.com/la-transition-energetique-echouera-sans-financement-des-infrastructures-africaines-283893
