Source: The Conversation – in French – By Franklin Calazana, Ph.D student, psychology, Université du Québec à Montréal (UQAM)
La dysfonction érectile correspond à une difficulté persistante à obtenir ou à maintenir une érection suffisante pour avoir des relations sexuelles satisfaisantes. Elle touche des millions d’hommes dans le monde, dont jusqu’à un sur quatre aux États-Unis. Au-delà des symptômes physiques, les troubles de l’érection peuvent affecter la confiance en soi, la relation de couple et la qualité de vie.
Bien que la prévalence de la dysfonction érectile augmente avec les années, le vieillissement ne suffit pas à l’expliquer. Des troubles médicaux tels que le diabète, les maladies cardiovasculaires et les séquelles d’une intervention chirurgicale (en particulier de la prostate) peuvent perturber la fonction érectile.
Les facteurs psychologiques sont également fréquents. L’anxiété de performance, le stress et les préoccupations relationnelles provoquent souvent la dysfonction érectile ou interagissent avec des facteurs biologiques, faisant de la dysfonction érectile une affection complexe, et non un problème isolé.
Traitement de la dysfonction érectile
La plupart des approches thérapeutiques reposent sur des médicaments, une thérapie sexuelle ou une combinaison des deux. Les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5, tels que le Viagra et le Cialis, sont largement prescrits et augmentent le flux sanguin vers le pénis en réponse à une stimulation sexuelle.
Leur accessibilité et leur facilité d’utilisation expliquent en partie leur popularité. Cependant, ces médicaments ne conviennent pas à tout le monde. Certaines conditions médicales, les effets secondaires, le coût, leur efficacité variable ou le fait qu’ils puissent nuire à la spontanéité des rapports peuvent en limiter l’usage.
La thérapie sexuelle constitue une autre approche bien établie. Elle peut aider les personnes et les couples à réduire l’anxiété de performance, à améliorer la communication et la satisfaction sexuelle, ainsi qu’à retrouver une certaine confiance dans leur vie intime. Pourtant, l’accès demeure inégal. Le coût, les listes d’attente, l’éloignement géographique et la stigmatisation empêchent encore de nombreuses personnes d’obtenir de l’aide rapidement.
Parallèlement, les nouvelles technologies transforment l’évaluation et le traitement de la dysfonction érectile. Des appareils connectés à des applications aux environnements immersifs en réalité virtuelle, de nouveaux outils ouvrent de nouvelles avenues autant pour la recherche que pour les soins.
À la Chaire de recherche EROSS, nous étudions comment les innovations peuvent être intégrées au traitement de la dysfonction érectile. Plusieurs pistes prometteuses se dessinent déjà.
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La réalité virtuelle pourrait aider à traiter les troubles sexuels
Surveiller la santé érectile : à tout moment, n’importe où
Les anneaux péniens intelligents changent la façon d’évaluer la dysfonction érectile. Ces dispositifs portables sont placés autour du pénis pendant le sommeil ou l’activité sexuelle et recueillent des données en continu sur la force et la durée de l’érection. Les informations sont enregistrées dans une application et peuvent ensuite être partagées avec des spécialistes.
Ces données sont plus fiables que les souvenirs rapportés par les patients et offrent un portrait plus précis qu’une simple consultation médicale. Elles permettent notamment de déterminer si les difficultés sont occasionnelles ou persistantes, et d’évaluer l’effet des traitements.
Certains appareils, comme le Techring, peuvent être utilisés à domicile avec une application mobile, offrant davantage d’intimité et de simplicité d’utilisation.
Réalité virtuelle
La réalité virtuelle plonge les utilisateurs dans des environnements numériques immersifs qui reproduisent des situations réelles. En santé sexuelle, elle permet d’étudier l’excitation et les réactions physiologiques dans des contextes contrôlés, mais réalistes.
D’autres études récentes montrent que les hommes atteints de dysfonction érectile réagissent différemment aux scénarios sexuels en réalité virtuelle. En 2024, notre équipe a constaté une baisse des niveaux d’excitation, tandis que d’autres chercheurs ont observé des érections plus faibles et de plus courtes durées lors de scénarios comme la masturbation, le sexe oral et les rapports sexuels avec pénétration.
Au-delà du diagnostic, la réalité virtuelle pourrait aussi aider à mieux cerner les situations les plus difficiles pour certaines personnes, selon le contexte relationnel, l’environnement ou le type d’activité sexuelle. Ces informations pourraient ensuite servir à adapter davantage les traitements aux besoins de chaque patient.
Les promesses de la médecine régénérative
La plupart des traitements actuels atténuent les symptômes sans réparer les tissus endommagés à l’origine du problème. Les approches dites régénératives comme le plasma riche en plaquettes, les thérapies à base de cellules souches ou les ondes de choc de faible intensité cherchent plutôt à stimuler la réparation des vaisseaux sanguins et des tissus.
Des études précliniques, surtout menées chez l’animal, suggèrent des améliorations possibles de la fonction érectile ainsi qu’une innocuité acceptable à court terme. Chez l’humain, les premiers résultats sur des thérapies par ondes de choc laissent entrevoir certains effets bénéfiques sur la circulation sanguine du pénis.
Cependant, ces interventions restent expérimentales. Les protocoles varient encore beaucoup, et leur efficacité ainsi que leur sécurité à long terme restent incertaines. Des essais cliniques de plus grande ampleur seront nécessaires pour confirmer leur potentiel.
Dispositifs à vide : une option low-tech, repensée
Les dispositifs d’érection à vacuum existent depuis des décennies. Ils créent une pression autour du pénis afin d’y faire affluer le sang, puis un anneau permet de maintenir l’érection.
Les anciens modèles fonctionnaient à l’aide d’une pompe manuelle. Les versions plus récentes sont plus silencieuses, fonctionnent à batterie et peuvent être reliées à une application mobile, ce qui les rend plus simples et plus discrètes à utiliser.
Bien qu’ils ne soient pas nouveaux, les dispositifs à vide restent une option précieuse, en particulier pour les personnes qui ne peuvent pas prendre de médicaments ou qui privilégient des approches non pharmacologiques. Ils peuvent aussi être combinés à d’autres traitements.
Une nouvelle ère pour la santé érectile
Pendant longtemps, le traitement de la dysfonction érectile a reposé sur l’autoévaluation des patients et sur un nombre limité d’options thérapeutiques. Aujourd’hui, les objets connectés fournissent des données plus précises, la réalité virtuelle aide à mieux comprendre l’influence du contexte et certaines approches régénératives cherchent à réparer les tissus endommagés. Même les outils plus anciens, comme les dispositifs à vacuum, continuent d’évoluer.
Ensemble, ces avancées ouvrent la voie à des traitements plus personnalisés et mieux adaptés aux besoins des patients. Bien que plusieurs de ces technologies soient encore en développement, elles laissent entrevoir une prise en charge plus précise et nuancée de la dysfonction érectile.
Cet article a été co-rédigé par Elisabeth Gordon, MD, CST. Elle est psychiatre et sexologue certifiée, ainsi que membre de la Société internationale pour l’étude de la santé sexuelle des femmes.
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David Lafortune reçoit du financement du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH).
Franklin Calazana et Éliane Dussault ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.
– ref. Dysfonction érectile : au-delà du Viagra, les nouvelles pistes de la science – https://theconversation.com/dysfonction-erectile-au-dela-du-viagra-les-nouvelles-pistes-de-la-science-281493
