« Coalie », la nouvelle mascotte de Trump, prolonge des décennies de publicité autour du « charbon propre »

Source: The Conversation – in French – By Annie Persons, Lecturer in Literature, University of Virginia

Le secrétaire américain à l’Intérieur Doug Burgum a publié ce dessin le représentant aux côtés de « Coalie », un morceau de charbon personnifié.
Interior Secretary Doug Burgam/X

Pourquoi le charbon est-il si souvent représenté comme « propre », « beau » ou même « mignon » ? De la publicité du XIXe siècle aux réseaux sociaux de l’administration Trump, l’histoire de cette communication révèle une longue entreprise de banalisation des dangers du charbon.


Si vous suivez les publications de l’administration Trump sur les réseaux sociaux, vous avez peut-être remarqué sa nouvelle mascotte : un morceau de charbon en dessin animé, doté de grands yeux et de traits rappelant ceux d’un bébé. Baptisé « Coalie », le personnage a déclenché une vague de critiques presque immédiatement après sa présentation par le secrétaire à l’Intérieur Doug Burgum pour l’Office of Surface Mining and Reclamation Enforcement au début de l’année 2026.

Le design de Coalie s’inspire du style japonais kawaii, un terme signifiant « mignon » ou « adorable ». Cette mascotte s’inscrit dans les efforts récents de la Maison Blanche pour présenter le charbon comme quelque chose d’inoffensif, malgré les effets bien documentés de l’extraction et de la combustion de cette énergie fossile sur l’environnement et la santé humaine.

En tant que spécialiste de la littérature et de la culture américaines, je travaille sur les représentations médiatiques du charbon, depuis le XIXe siècle, lorsque cette ressource est devenue la principale source d’énergie aux États-Unis. L’utilisation du charbon a continué de croître jusqu’au début des années 2000, avant que d’autres sources d’énergie deviennent moins coûteuses et que ses effets néfastes sur la santé et l’environnement ne deviennent inacceptables pour une partie croissante du public.

Si « Coalie » est une nouveauté, la logique qui le sous-tend, elle, ne l’est pas. Depuis des siècles, les promoteurs du charbon s’efforcent de présenter cette ressource comme inoffensive — mais aussi « propre » et « belle », pour reprendre les mots du président Donald Trump.

« Une chaleur agréable »

Les humains vivant au contact du charbon brûlé s’en plaignent depuis aussi longtemps qu’ils l’utilisent. Ainsi, en 1578, la reine Élisabeth Ire se disait déjà « profondément incommodée et irritée par [son] goût et sa fumée » dans l’air. En 1661, le traité Fumifugium de John Evelyn décrivait quant à lui les effets néfastes du charbon sur la santé respiratoire.

Dans son traité Fumifugium, publié en 1661, John Evelyn décrivait les risques pour la santé liés à l’inhalation de fumée de charbon.
Université de Californie, San Diego Libraries/Wikimedia

Les colons anglais ont notamment été attirés vers l’Amérique du Nord en raison de l’abondance de ses ressources en bois, qui constituait une alternative au charbon devenu extrêmement coûteux en Angleterre à cause de la déforestation.

Mais au XIXe siècle, le prix du bois augmenta lui aussi aux États-Unis. Lorsque, dans les années 1820, la découverte des riches gisements d’anthracite de Pennsylvanie se répandit, les habitants des villes accueillirent avec enthousiasme cette nouvelle source d’énergie moins chère.

Outre son prix plus faible, l’anthracite est devenue attractive en raison de sa forte teneur en carbone et de sa faible teneur en soufre, qui produisaient moins de fumée visible lors de la combustion. Dans une lettre enthousiaste publiée en 1815 dans l’American Daily Advertiser, un lecteur décrivait cette forme de charbon — reflétant des opinions de plus en plus répandues — comme procurant « une chaleur très régulière et agréable ».

« Une maison saine »

La diffusion de l’anthracite a également renforcé l’acceptation d’un charbon bitumineux plus fumant, mais meilleur marché. Pour aider les ménages, des manuels domestiques destinés aux principales utilisatrices du charbon, les femmes, tentaient d’imaginer des solutions pour limiter la fumée. En 1869, Harriet Beecher Stowe, surtout connue comme autrice de La Case de l’oncle Tom, et sa sœur Catharine Beecher publient ainsi l’un des nombreux textes du XIXe siècle reconnaissant les « méfaits » de la fumée de charbon, tout en expliquant comment créer « une maison saine » dans leur manuel domestique American Woman’s Home.

Les consommateurs proposaient également des solutions temporaires pour préserver la qualité de l’air intérieur malgré l’usage du charbon, en envoyant leurs astuces aux manuels domestiques, magazines et journaux qui les publiaient ensuite.

Une publicité publiée en 1892 dans le Rocky Mountain News disait de ces poêles à charbon qu’ils étaient « les meilleurs, les plus élégants et les plus économiques ».
Nineteenth Century Newspapers

Dans le même temps, à mesure que le siècle avançait, les compagnies charbonnières et les fabricants de poêles à charbon commencèrent à affirmer que brûler du charbon était bon pour la santé, capable non seulement d’améliorer l’air intérieur mais aussi d’embellir les foyers. Une publicité publiée dans un journal en 1892 affirmait ainsi que les poêles étaient « nécessaires pour chauffer, égayer et embellir la maison tout en préservant sa santé ».

« Pour garder les enfants propres et pleins de vie… »

Au XXe siècle, les publicitaires ont multiplié les arguments plus colorés encore sur les prétendus bienfaits du charbon. Dans une publicité de magazine, une mère et son enfant montrent un poêle crépitant alimenté par le charbon de la compagnie, présenté comme « inégalé en matière de pureté, de propreté et de qualité de combustion ».

Une publicité pour un poêle à charbon vantait sa « pureté » et sa « propreté ».
Madison Historical, CC BY-NC-SA

De son côté, la compagnie ferroviaire Lackawanna Railroad Company a créé le personnage élégant — et souvent adepte des slogans rimés — de Phoebe Snow. Dans l’une de ses publicités, elle insiste sur l’importance du confort, suggérant que l’anthracite permettait non seulement de voyager plus vite, mais aussi de rendre les trajets, et la vie en général, plus agréables.

Une publicité sous forme de carte postale mettant en scène Phoebe Snow, publiée en 1912, vantait des trains fonctionnant à l’anthracite permettant d’éviter « fumée et escarbilles ».
Railroad Museum of Pennsylvania/Wikimedia Commons

Les campagnes publicitaires autour du charbon mettaient souvent en scène des enfants afin d’évoquer la sécurité et de toucher les parents. Une autre publicité de la série Phoebe Snow promettait ainsi que les voyages en train alimentés à l’anthracite permettraient aux enfants de rester « propres et pleins de vie ».

L’une des publicités mettant à l’affiche Phoebe Snow, publiée en 1910, faisait la promotion des trains à charbon de la Lackawanna Railroad Company en utilisant l’image d’enfants et la blancheur des vêtements pour évoquer la pureté.
Poster House/Poster House Permanent Collection

Dans les années 1930, une publicité est même allée jusqu’à placer un morceau d’anthracite à côté d’un enfant dans une baignoire, une proximité visuelle suggérant que le charbon était presque aussi bénéfique que le savon.

Il existait d’ailleurs — et il existe toujours — des savons fabriqués à partir de « goudron de houille », un sous-produit liquide issu de la production du coke, un combustible dérivé du charbon bitumineux utilisé dans les hauts fourneaux industriels. L’entreprise britannique Wright’s, également populaire aux États-Unis, a ainsi diffusé de nombreuses publicités vantant les propriétés antiseptiques de ses savons pour les enfants.

En 1922, Wright’s utilisait l’image d’un enfant endormi, vêtu de blanc et couché sur des draps blancs, pour promouvoir son « savon pour bébé », présenté comme une protection contre les infections chez les enfants.
Wikimedia Commons

Toutes ces publicités cherchaient à exploiter le désir des mères de protéger la santé de leurs enfants. Elles tentaient aussi de contrer l’image tyrannique du « King Coal » (« le roi charbon »), apparue dans un contexte marqué par les grèves de mineurs dénonçant des conditions de travail et de vie dangereuses et dégradées, ainsi que par l’augmentation des cas de maladie du poumon noir.

Le mythe du « charbon propre »

Au milieu du XXe siècle, le pétrole a remplacé le charbon comme principale source d’énergie aux États-Unis. Dans le même temps, le mouvement écologiste américain gagnait en influence, tandis que le gaz naturel commençait à apparaître comme une alternative au charbon.

En réaction, les compagnies charbonnières ont redoublé d’efforts pour entretenir le fantasme d’un « charbon propre ».

Une publicité d’American Electric Power publiée dans le Wall Street Journal en 1976 vantait les technologies de « nettoyage » du charbon.
Wall Street Journal archive

Une publicité de 1979 d’American Electric Power allait ainsi à rebours des obligations imposées par le Clean Air Act, qui forçaient les compagnies charbonnières à installer des systèmes de « lavage » destinés à retirer le dioxyde de soufre des fumées. La publicité représentait pourtant quelqu’un en train de nettoyer du charbon… à la main.

Le mythe perdure

Aujourd’hui, le charbon ne produit plus que 16,2 % de l’électricité américaine, contre plus de la moitié de la production électrique du pays dans les années 1990. Mais les États-Unis n’en ont pas fini avec cette énergie. Même si la production de charbon est aujourd’hui bien inférieure à son niveau historique maximal, et alors que les entreprises tentent de fermer d’anciennes centrales devenues non rentables, Donald Trump a promis de « relancer » l’industrie charbonnière américaine.

Outre le fait d’ordonner le maintien en activité de certaines centrales à charbon, l’administration Trump a ressorti d’anciennes méthodes de promotion du charbon, notamment en le qualifiant à plusieurs reprises de « propre et beau ». L’une des images de communication montre même Coalie aux côtés d’une famille de mineurs, dans une mise en scène rappelant les publicités d’il y a un siècle.

Une campagne promotionnelle de 2026 pour l’Office of Surface Mining Reclamation and Enforcement montre une famille de mineurs en version dessin animé, accompagnée de « Coalie », représenté comme une sorte de jouet pour enfant.
OSMRE

Et, comme les campagnes qui l’ont précédée, cette image cherche à donner une apparence innocente à un produit qui nuit à la santé humaine et à l’environnement.

Une étude publiée en 2018 a montré que les cas de maladie du poumon noir étaient en augmentation dans les Appalaches, région où est aujourd’hui extrait environ 40 % du charbon américain. Vivre à proximité d’une centrale électrique fonctionnant aux énergies fossiles expose les habitants à des polluants qui contribuent à des décès prématurés, à l’asthme et au cancer du poumon, notamment les particules fines PM2.5, le dioxyde de soufre et le mercure.

Même lorsqu’il est simplement stocké en tas avant d’être utilisé dans une centrale, le charbon peut nuire à la santé humaine : le vent disperse alors la poussière de charbon dans l’air, jusque dans les poumons des habitants.

Le mythe d’un charbon sain et compatible avec une image familiale existe depuis des siècles — mais le charbon n’a jamais été ni propre, ni mignon.

The Conversation

Annie Persons ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. « Coalie », la nouvelle mascotte de Trump, prolonge des décennies de publicité autour du « charbon propre » – https://theconversation.com/coalie-la-nouvelle-mascotte-de-trump-prolonge-des-decennies-de-publicite-autour-du-charbon-propre-282892