Source: The Conversation – France (in French) – By Fotini Vasilopoulos, Postdoctoral Researcher, Matilda Centre for Research in Mental Health and Substance Use, University of Sydney

Souvent perçu comme un simple moment de jeu, le fait de « faire semblant » joue en réalité un rôle clé dans le développement des enfants. Il pourrait même contribuer à prévenir certaines difficultés émotionnelles, selon une nouvelle étude.
Les jeux d’imitation constituent une dimension essentielle – et souvent magique – de l’enfance.
Les enfants disposent d’une imagination débordante qu’ils utilisent pour transformer des cailloux en vaisseaux spatiaux, des tables en cabanes ou des stylos en fées. Ils peuvent s’imaginer être « maman » ou « préparer le dîner ». Ils peuvent aussi inventer leurs propres personnages, mondes et concepts, sans lien avec ce que les adultes seraient capables d’imaginer.
La capacité d’imitation apparaît généralement entre 15 et 18 mois. Vers 20 mois, les enfants commencent à réellement imiter le monde qui les entoure. À partir de quatre ou cinq ans, le jeu devient plus complexe et implique des interactions avec les autres ainsi que l’incarnation de personnages.
Mais au-delà du fait qu’il s’agisse d’une étape du développement, y a-t-il d’autres bénéfices ? Notre étude suggère que le jeu d’imitation peut aussi favoriser la santé mentale.
Nos recherches
Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ un enfant ou adolescent sur sept est concerné par des troubles de santé mentale. La plupart des actions menées face à ce constat ciblent les problèmes une fois qu’ils sont apparus, et très peu s’intéressent aux fondements développementaux qui permettraient de les prévenir.
Dans notre étude, nous avons analysé des données portant sur plus de 1 400 enfants australiens participant à la Longitudinal Study of Australian Children.
Leur aptitude au jeu d’imitation a été évaluée par des professionnels de la petite enfance sur une période d’un an, lorsque les enfants avaient entre 2 et 3 ans. Il s’agissait notamment d’observer dans quelle mesure un enfant était capable de :
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réaliser des jeux d’imitation simples, comme nourrir une poupée ou une peluche
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utiliser un objet pour en représenter un autre, par exemple une serviette comme couverture ou une boîte comme maison
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participer à des jeux d’imitation avec d’autres enfants, en utilisant des accessoires ou des déguisements pour incarner des rôles (faire comme si on était parent…)
Les résultats en matière de santé mentale ont ensuite été mesurés à partir des observations des parents et des professionnels de la petite enfance sur les difficultés émotionnelles et comportementales, recueillies lorsque les enfants avaient entre 4 et 5 ans, puis de nouveau entre 6 et 7 ans.
Ce que nous avons constaté
Nous avons observé que, chez les enfants de 2 à 3 ans, une plus grande aisance dans le jeu d’imitation est associée à moins de difficultés émotionnelles et comportementales à 4-5 ans, puis à 6-7 ans. Ces difficultés peuvent par exemple se traduire par des inquiétudes fréquentes ou des colères répétées.
Ces résultats se maintiennent même en tenant compte du milieu socioéconomique des enfants, de la santé mentale de leur mère, de leurs compétences langagières et de la qualité du lien avec leurs parents.
Pourquoi ?
La régulation émotionnelle – c’est-à-dire la capacité à gérer ses émotions et à y répondre de manière adaptée – a été associée à la santé mentale pendant l’enfance et l’adolescence.
On suppose souvent que les enfants plus à l’aise dans le jeu d’imitation développent une meilleure régulation émotionnelle, car ce type de jeu leur permettrait de s’entraîner à cette compétence.
Mais lorsque nous avons examiné ce lien, nous n’avons pas trouvé d’association entre le jeu d’imitation, la régulation émotionnelle et les résultats en matière de santé mentale par la suite. Cela suggère que d’autres mécanismes de développement, encore mal compris, pourraient entrer en jeu.
Dans notre étude, nous avançons que ce que l’on appelle la « cognition incarnée » pourrait expliquer le lien entre le jeu d’imitation et le bien-être mental.
La cognition incarnée repose sur l’idée que penser ne se fait pas uniquement dans la tête : le corps et la manière dont il interagit avec le monde participent aussi aux processus cognitifs.
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Par exemple, lorsque les enfants apprennent à compter avec leurs doigts, le geste lui-même fait partie de la manière dont le concept mathématique se construit dans leur esprit.
De la même manière, jouer, imaginer et mettre en scène des situations ne relèvent pas seulement du divertissement. Ces activités aident les enfants à apprendre à penser, à ressentir et à réagir à leur environnement. C’est sans doute ce qui contribue, en retour, à une meilleure santé mentale.
Mais des recherches supplémentaires sont encore nécessaires pour en être certains.
Comment encourager le jeu d’imitation ?
En attendant, plusieurs gestes simples peuvent aider à encourager le jeu d’imitation chez votre enfant.
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laissez le jeu se dérouler pour lui-même, sans chercher à en faire un « moment d’apprentissage ». Si l’enfant se trompe en comptant ou en nommant des objets pendant le jeu, mieux vaut privilégier la continuité du jeu plutôt que l’interrompre pour le corriger.
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suivez l’initiative de l’enfant lorsque vous participez, un peu comme dans un échange au tennis. Attendre que l’enfant « lance la balle » permet de garder un jeu centré sur lui, même si de petites suggestions peuvent l’aider à démarrer s’il ne sait pas trop comment s’y prendre.
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réagissez au jeu de l’enfant par de simples observations ou des remarques ouvertes, plutôt que par des consignes. Décrire ce qui se passe ou s’interroger à voix haute sur la suite peut enrichir le jeu sans le diriger. Par exemple : « que pourrait faire cette feuille ? » plutôt que « cette feuille peut servir de maison pour le cochon ».
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entrez « dans le jeu » plutôt que de le piloter à distance. Les adultes peuvent demander à l’enfant quel rôle il souhaite leur donner, ou proposer d’incarner un personnage secondaire, comme un visiteur un peu perdu ou un client distrait.
Gardez à l’esprit que le jeu n’a pas besoin d’être complexe ni pédagogique. Il doit simplement nourrir l’imagination des enfants. Et comme le suggère notre étude, il peut aussi, ce faisant, contribuer à protéger leur santé mentale.
Lucinda Grummitt, Sasha Bailey, Louise Birrell, Iroise Dumontheil, Gill Francis, Eliza Oliver, Olivia Karaolis, Robyn Ewing, Michael Anderson, Maree Teesson et Emma L. Barrett sont également auteurs du travail de recherche évoqué dans cet article.
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L’étude mentionnée dans cet article est financée par la Serpentine Foundation et le National Health and Medical Research Council (NHMRC), via la bourse de recherche NHMRC Investigator Grant (APP1195284) attribuée à Maree Teesson.
– ref. Jouer au marchand, au docteur ou à la dînette peut favoriser la santé mentale des enfants – https://theconversation.com/jouer-au-marchand-au-docteur-ou-a-la-dinette-peut-favoriser-la-sante-mentale-des-enfants-281650
