Ce que la crise du kérosène signifie pour vos déplacements aériens cet été

Source: The Conversation – in French – By John Gradek, Faculty Lecturer and Academic Program Co-ordinator, Supply Network and Aviation Management, McGill University

Pour de nombreux habitants de l’hémisphère nord, l’arrivée de l’été rime avec les déplacements et les voyages. En famille, entre amis, sur la route, dans les airs ou à l’étranger, les vacances déclenchent chaque année les mêmes grands mouvements de voyageurs.


Pour les Canadiens, les voyages en avion cet été s’annoncent particulièrement mouvementés, sur fond de boycottage des voyages aux États-Unis, amorcé au début 2025, et de crise mondiale du kérosène déclenchée par la fermeture du détroit d’Ormuz.

À quoi pourraient ressembler les voyages en avion cet été, et à quoi les passagers doivent-ils s’attendre lorsqu’ils planifient leurs déplacements ?




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Les Canadiens boycottent toujours les États-Unis

Depuis le début de l’année 2025, les Canadiens boudent les voyages aux États-Unis en réaction aux menaces de droits de douane du président américain Donald Trump et à ses déclarations répétées sur une possible annexion du Canada comme « 51e État ».

Les voyages aller-retour des Canadiens depuis les États-Unis ont baissé de 32 % par rapport à mars 2024, selon Statistique Canada. Les Canadiens ont préféré se tourner vers des destinations nationales ou d’autres destinations internationales.

Le secteur du transport aérien en a pris bonne note. Les compagnies aériennes canadiennes ont réduit de 10 % leur offre de vols vers les États-Unis au premier trimestre, selon la société de données aéronautiques OAG. Air Transat prévoit même de mettre fin à tous ses vols vers les États-Unis d’ici juin.

Air Canada a augmenté le nombre de vols à destination et en provenance du Mexique et a mis en place de nouvelles liaisons aériennes. WestJet a également annoncé de nouvelles liaisons intérieures pour l’été, ainsi que l’ajout de vols supplémentaires entre l’est et l’ouest du Canada.

Qualifier ces projets d’ambitieux serait un euphémisme.

La crise actuelle du carburant

Le 27 février, la campagne militaire américano-israélienne contre l’Iran a débuté. La fermeture consécutive par l’Iran du détroit d’Ormuz – par lequel transite normalement environ un cinquième du pétrole mondial – a fait flamber les prix du kérosène, affectant les approvisionnements destinés à l’Asie et à l’Europe.




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Depuis le début de la guerre, les prix du kérosène ont augmenté de près de 70 %, selon l’indice Platts Global Jet Fuel Index. Les transporteurs aériens ont été contraints de revoir leur offre de vols et de hausser le prix des billets d’avion.

Plusieurs régions du monde sont confrontées à des pénuries imminentes de kérosène. Plusieurs pays d’Asie et d’Europe occidentale ont commencé à rationner les produits pétroliers tels que l’essence, le diesel et le kérosène, à mesure que les réserves locales s’amenuisent.

Certaines compagnies aériennes ont commencé à réduire leurs vols en réponse aux mesures de rationnement, ce qui touche à la fois le nombre d’appareils en service et les effectifs.

La faillite de Spirit, un signal d’alarme

Les difficultés financières sont désormais au centre des discussions dans les conseils d’administration, et de nombreuses initiatives sont envisagées pour préserver les liquidités dans un contexte qui menace la survie de nombreux transporteurs.

L’illustration la plus frappante de cette pression s’est produite le 2 mai, lorsque Spirit Airlines a cessé ses activités. Spirit se classait huitième parmi les compagnies aériennes américaines en termes de sièges proposés en 2025. Sa fermeture a laissé environ 17 000 employés sans emploi et a bloqué des dizaines de milliers de passagers qui détenaient des billets pour des voyages à venir.

Le secrétaire américain aux Transports, Sean Duffy, a déclaré que la compagnie aérienne « était en grande difficulté bien avant la guerre avec l’Iran », mais que la flambée des prix du carburant avait anéanti ses dernières chances de survie. Le PDG de Spirit Airlines, Dave Davis, a pour sa part affirmé au Wall Street Journal que le plan de redressement de la compagnie aurait pu fonctionner sans ce choc pétrolier.

La disparition de Spirit fera disparaître l’une des rares options à très bas prix pour les voyageurs américains et pourrait entraîner une hausse des tarifs dans l’ensemble du secteur.

Sa fermeture a immédiatement attiré l’attention des régulateurs et du grand public sur la crise du kérosène. D’autres transporteurs américains pourraient-ils subir le même sort ? Des compagnies aériennes ailleurs dans le monde sont-elles également menacées ?

Quelles conséquences pour les voyages de l’été 2026

Pour les Canadiens qui voyagent cet été, la situation varie selon qu’il s’agit de vols intérieurs ou internationaux.

Les compagnies aériennes ont augmenté leurs tarifs pour compenser la hausse des coûts du carburant, réduit leurs vols sur les liaisons devenues non rentables et commencé à revoir leurs plans de croissance pour tenir compte des incertitudes géopolitiques.

Pour les voyageurs qui envisagent de voyager à l’étranger cet été, les tarifs aériens ont considérablement augmenté. Les tarifs des vols intérieurs au Canada sont également plus élevés qu’en 2025, bien que l’augmentation soit plus modeste.

La demande sur les liaisons intérieures est restée forte, et les transporteurs n’ont donné aucun signe de ralentissement. La concurrence entre les transporteurs – un facteur clé de la baisse des tarifs aériens – a été au mieux modérée, les compagnies aériennes se concentrant sur la rentabilité et, dans certains cas, sur leur survie.

Comme toutes les crises de ce type, celle du kérosène finira par s’atténuer. Reste à savoir quand, un point encore très incertain. L’Association internationale du transport aérien rappelle que même si le détroit d’Ormuz venait à rouvrir, le retour à un approvisionnement normal en kérosène pourrait prendre des mois.

Pour les voyageurs qui finalisent encore leurs projets d’été, la vraie question est celle du niveau d’incertitude qu’ils sont prêts à accepter. De nouvelles réductions de vols sont possibles, voire probables, et les passagers pourraient n’être prévenus qu’à la dernière minute en cas d’annulation.

Ceux qui souhaitent un voyage simple et sans stress auraient intérêt à privilégier des destinations plus proches et les vols intérieurs. Les voyages internationaux de cet été s’annoncent plus imprévisibles pour ceux qui disposent de davantage de flexibilité.

La Conversation Canada

John Gradek ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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