La Coupe du monde de soccer 2026 peut-elle encore contribuer à l’unité mondiale ?

Source: The Conversation – in French – By Paul R. Carr, Professeur/Professor (Université du Québec en Outaouais) & Titulaire/Chair, Chaire UNESCO en démocratie, citoyenneté mondiale et éducation transformatoire/ UNESCO Chair in Democracy, Global Citizenship and Transformative Education., Université du Québec en Outaouais (UQO)

La Coupe du monde masculine de la FIFA se déroulera en Amérique du Nord, du 11 juin au 19 juillet. Le Canada, le Mexique et les États-Unis accueilleront l’événement. Cette édition, qui réunira 48 pays, sera la plus grande jamais organisée.

Les pays hôtes de la Coupe du monde 2026 ont été désignés en 2018, et les préparatifs sont en cours depuis lors. Cependant, la politique des États-Unis a considérablement changé avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025.

La communauté internationale est confrontée à une avalanche de mesures, de menaces et de déclarations de la part du gouvernement américain, qui ont engendré du chaos, de la confusion, de l’instabilité et une importante vulnérabilité politique, économique et socioculturelle.

Cette situation a donné lieu à des appels au boycottage de la Coupe du monde, notamment de la part de Sepp Blatter, ancien président de la FIFA.

Il est manifestement trop tard pour envisager de modifier, de transférer, de suspendre ou de remanier cet événement international qui nécessite de longs préparatifs. Les conséquences d’un changement de statut de ce tournoi seraient trop nombreuses et importantes.

Pourquoi maintenant ?

Une série d’actions récentes menées par les États-Unis soulève de sérieuses questions quant à leur capacité à accueillir la Coupe du monde de la FIFA.

Voici quelques exemples : déstabilisation d’alliés, imposition de droits de douane sans motif valable, lancement d’une offensive militaire contre l’Iran en collaboration avec Israël, attaque contre le Venezuela et capture de son président, menace d’annexer le Groenland et le Canada, suppression de l’USAID, exposant des millions de personnes à la famine, aux maladies et à la mort, ainsi que violences infligées par les agents de l’ICE (Service de l’immigration et des douanes des États-Unis), qui mettent en danger des citoyens et des résidents américains.

De plus, il est impossible de garantir un traitement juste et équitable aux personnes souhaitant se rendre aux États-Unis. La politique américaine actuelle pourrait empêcher des ressortissants de nombreux pays d’assister à l’événement.

Il existe un risque sérieux que des personnes soient arrêtées, surveillées ou persécutées. Le profilage racial est une menace réelle, en raison des pratiques de l’ICE au sein des communautés immigrantes aux États-Unis.

Beaucoup s’inquiètent également de la violence aux États-Unis, qui est nettement plus élevée que dans la plupart des pays occidentaux.

Par ailleurs, les États-Unis se sont retirés de nombreuses organisations et accords internationaux, ce qui empêche toute coopération sur les enjeux mondiaux et bloque les possibilités d’échanges nécessaires et constructifs.

Toutes ces réalités vont à l’encontre de l’esprit de solidarité qui caractérise les événements sportifs internationaux, comme la Coupe du monde, dont l’objectif est de promouvoir la paix et la compréhension interculturelle.

Historique de la FIFA

Les allégations de corruption au sein de la FIFA perdurent depuis des années. Elles sont consignées dans un acte d’accusation du département américain de la Justice ainsi que dans le rapport Garcia commandé par la FIFA.

Si la FIFA est sensible à ces critiques, et si certaines réformes ont été mises en œuvre pour rendre l’organisation plus transparente et plus crédible, de nombreux groupes continuent d’affirmer que la corruption y est endémique.

La question des droits de la personne est soulevée depuis longtemps dans le cadre d’événements de la FIFA. La Coupe du monde 2022 au Qatar a notamment suscité des inquiétudes concernant les droits des personnes LGBTQ+, et de nombreux joueurs ont porté le brassard « One Love » en signe de protestation. L’enjeu des droits des travailleurs et des migrants, victimes d’exploitation et de discrimination, a aussi fait l’objet de préoccupations.

L’empreinte carbone d’un événement d’une telle ampleur soulève également des préoccupations d’ordre environnemental. Cependant, l’argument selon lequel cet événement favorise la solidarité mondiale est tout aussi valable.

La FIFA est imprégnée de valeurs capitalistes, et cet événement promet d’énormes profits pour une poignée de personnes. La Coupe du monde 2026 devrait rapporter plus de 10 milliards de dollars à l’organisation.

On ne sait pas vraiment si les contribuables et les citoyens d’un pays hôte tirent un avantage économique de l’organisation de la Coupe du monde, d’autant plus qu’ils financent une grande partie des coûts par leurs impôts.

De même, les droits de marketing, de diffusion télévisée et de distribution constituent un secteur lucratif, mais ces revenus ne servent pas à lutter contre la pauvreté, la faim et les conditions de vie inacceptables que connaissent de nombreux citoyens.

Les boycottages sont-ils efficaces ?

L’utilité des boycottages fait l’objet d’un débat. Celui des Jeux olympiques d’été de 1980 à Moscou, à la suite de l’invasion de l’Afghanistan, et celui de 1984 à Los Angeles, mené par le bloc soviétique en représailles, n’ont pas entraîné de réel changement politique.

Certains soulignent l’ampleur des conséquences liées à la suppression de toute interaction interculturelle et diplomatique.

En revanche, le boycottage sportif de l’Afrique du Sud pendant l’apartheid, de 1964 à 1992, a bel et bien contribué à des changements importants dans le pays.

Le mouvement actuel de boycottage, de désinvestissement et de sanctions contre Israël, bien qu’il ne soit pas appuyé par les États-Unis et de nombreux autres pays, connaît un succès mitigé. Toutefois, le simple fait qu’il existe et qu’il recueille un large soutien revêt une importance politique.

Les coûts d’un boycottage

Modifier ou boycotter la Coupe à ce stade reviendrait inévitablement à pénaliser les équipes nationales et les athlètes pour des raisons politiques qui échappent à leur contrôle. Cet événement de la FIFA a le potentiel de créer un climat collaboratif, de favoriser la compréhension à l’échelle mondiale et d’avoir un effet rassembleur, en particulier pour les pays du Sud, souvent victimes d’une image négative.

Certains affirment qu’un boycottage toucherait davantage les joueurs et les supporters que la FIFA. Les répercussions économiques seraient également considérables. Or, le boycottage vise plutôt à influencer les attitudes, les comportements et les actions.

Certains ont soumis d’autres voies pour faire évoluer les choses, notamment par le biais de manifestations et d’une mobilisation citoyenne.

Parmi les autres propositions visant à susciter le changement, on peut citer les boycottages ciblés de commanditaires, d’institutions ou de secteurs spécifiques. Certains militants pourraient s’attaquer à une politique particulière, comme les mesures répressives à l’encontre des migrants aux États-Unis ou la corruption au sein de la FIFA.

Une force au service de l’intérêt public mondial ?

Les boycottages sont complexes et ont davantage été associés aux Jeux olympiques qu’à la Coupe du monde. Cependant, citoyens et militants cherchent tous à construire un monde plus juste et plus équitable.

Des manifestants brandissent des cartons rouges lors d’un événement appelant au boycottage de la Coupe du monde de la FIFA au Qatar, organisé par le collectif « Carton rouge pour le Qatar » à Paris en 2022.

En 2021, les violations des droits de la personne au Qatar suscitaient également de vives inquiétudes. Bien qu’un sondage Statista mené auprès de 4 201 personnes dans 120 pays ait révélé que la plupart des personnes interrogées estimaient que leur pays devrait boycotter la Coupe du monde 2022 au Qatar, très peu de supporters étaient prêts à le faire eux-mêmes.

Cependant, la FIFA n’est pas un parti politique. C’est une organisation sportive et commerciale. Bien qu’elle soit perçue favorablement, elle n’a pas besoin de l’approbation de la population pour faire des choix. Par ailleurs, les commanditaires risquent d’être pris pour cible et de voir leur image ternie si l’opinion publique se retourne brusquement contre l’événement.

La Coupe du monde de la FIFA sera-t-elle l’occasion pour les États-Unis d’aborder des problèmes tels que le racisme, la discrimination fondée sur le genre, les discours bellicistes visant à annexer d’autres pays, les abus de l’ICE et le dénigrement des migrants ? Ou ces questions seront-elles simplement balayées sous le tapis ?

La Coupe du monde pourrait offrir une tribune permettant d’engager un dialogue mondial fondé sur la souveraineté, les droits de la personne et les avantages mutuels. Des modalités d’accueil organisées par les trois pays hôtes pourraient favoriser la coopération transfrontalière, même si les relations sont tendues.

Le climat politique actuel aux États-Unis ne permet pas de faire de la Coupe du monde de la FIFA un événement propice à la promotion de la paix et de la solidarité. Or, le monde en a désespérément besoin.

La Conversation Canada

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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