Élections hongroises : un tournant européen aux accents nationaux

Source: The Conversation – in French – By Alexandre Massaux, Chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, Université du Québec à Montréal (UQAM)

Le 12 avril, la Hongrie met fin à 16 années de pouvoir de Viktor Orban : son parti est battu par le TISZA de Péter Magyar, qui s’impose avec une majorité. Au-delà de l’alternance, ce résultat marque un tournant politique majeur, susceptible de redéfinir les institutions du pays et ses relations avec l’Union européenne, la Russie, l’Ukraine et les États-Unis.


Dans ce contexte, la transition politique hongroise ne se limite pas à un changement de gouvernement, mais ouvre une phase d’incertitude sur les orientations futures du pays.

En tant que chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand et spécialiste des relations internationales, j’analyse les politiques en Europe centrale et les enjeux liés aux nouvelles technologies.

Lié au pouvoir… jusqu’en 2024

La trajectoire de Péter Magyar éclaire en partie sa victoire. Le dirigeant de TISZA (Parti Respect et liberté) a travaillé au sein du parti de Viktor Orban (FIDESZ) pendant 20 ans dès les années 2000. Après la victoire du parti en 2010, il a occupé plusieurs fonctions au sein du ministère des Affaires étrangères, puis dans la représentation permanente de la Hongrie auprès de l’Union européenne, et enfin dans le cabinet du premier ministre Viktor Orban en 2015.

Peter Magyar rompt les liens avec FIDESZ et joint TISKA en 2024, en pleine crise politique : un ancien directeur adjoint d’un foyer pour enfants, condamné en 2022 pour avoir couvert les agissements de son supérieur dans une affaire de pédocriminalité, obtient une grâce présidentielle. À cela s’ajoute des accusations de corruption au sommet de l’État.

TISZA s’inscrit dans le Parti populaire européen (PPE), principal groupe politique de l’Union européenne au centre droit. Celui-ci rassemble notamment comme partis la CDU-CSU allemande du chancelier Friedrich Merz ainsi que la Plateforme civique polonaise du premier ministre Donald Tusk. À noter que le FIDESZ était, lui aussi, jusqu’en 2021 membre du PPE, avant de le quitter.

Ces éléments indiquent que Péter Magyar n’est pas un opposant historique du FIDESZ mais qu’il s’oppose à ce qu’est devenu le parti. C’est probablement la raison de sa victoire : proposer de revenir à ce qu’était la proposition politique d’il y a 16 ans. Le cœur de son programme repose sur la lutte contre la corruption et le capitalisme de connivence.

Constitution et immigration

Le fait d’avoir une majorité constitutionnelle donne à TISZA la capacité de modifier la constitution hongroise qui avait été adoptée en 2011, puis amendée plusieurs fois par le gouvernement d’Orban. Il est trop tôt pour savoir en quoi consisteraient précisément les changements opérés par TISZA, mais il est prévisible qu’il s’agirait d’un alignement sur l’Union européenne en matière d’équilibre des pouvoirs.

Sur les questions sociétales, ses positions restent aussi à définir. Sur l’immigration, Péter Magyar adopte une ligne de fermeté assumée, proche de celle de Viktor Orban : il défend une politique de contrôle strict des flux migratoires et s’inscrit dans un discours de protection des intérêts nationaux, allant jusqu’à soutenir des mesures restrictives vis-à-vis de l’entrée de nouveaux migrants.




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Une prise de distance vis-à-vis de la Russie

L’un des points les plus importants du programme de Péter Magyar est sa politique étrangère. Sous Viktor Orban, la Hongrie s’était imposée comme l’un des États membres les plus proches de Moscou au sein de l’Union européenne, freinant à plusieurs reprises les initiatives européennes, notamment sur le dossier ukrainien. Péter Magyar entend rompre avec cette ligne et rapprocher Budapest des autres capitales européennes.

L’un des enjeux immédiats est le rétablissement des relations avec les institutions européennes afin de débloquer des fonds gelés à la suite des tensions entre Bruxelles et Budapest, évalués à plus de 6 milliards d’euros. La Hongrie est l’un des principaux bénéficiaires nets du budget de l’Union européenne.

Toutefois, cet alignement sur l’UE risque de ne pas être absolu. TISZA a eu tendance à voter au parlement européen de la même manière que le FIDESZ sur un certain nombre de sujets, notamment sur les questions migratoires. Sur l’Ukraine, les positions restent ambiguës : Péter Magyar s’est opposé à une accélération de l’adhésion ukrainienne à l’UE, tout en soutenant la levée du veto hongrois concernant l’aide européenne à Kiev, estimée à 90 milliards d’euros.

Il faut également s’attendre à une relance du groupe de Visegrad, le V4, avec un rapprochement vers la Pologne du premier ministre Donald Tusk, qui a soutenu Péter Magyar. Le V4, un format de coopération entre la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, constitue un cadre informel destiné à porter les positions de l’Europe centrale au sein de l’Union européenne. Fragilisé depuis 2022 par les divergences entre Varsovie et Budapest sur la question russe, le groupe pourrait retrouver une forme de cohésion avec l’arrivée de TISZA au pouvoir.




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Des alliances assumées, mais une souveraineté revendiquée

Concernant les relations avec les États-Unis, Péter Magyar entend maintenir des liens étroits avec Washington. Lors de la visite du vice-président JD Vance en Hongrie pour soutenir Viktor Orban, Péter Magyar a déclaré sur son compte X que son gouvernement verrait les États-Unis comme un partenaire clé en tant qu’allié dans l’OTAN et comme partenaire économique.

Toutefois, il a aussi déclaré que « l’histoire de la Hongrie ne s’écrit ni à Washington, ni à Moscou, ni à Bruxelles ». Ce qui résume bien sa vision politique internationale.

Finalement, la politique gouvernementale devrait adopter une ligne diplomatique globalement pro-européenne, mais marquée par une volonté de préserver des marges de manœuvre nationales, ce qui pourrait maintenir certains désaccords avec Bruxelles.

La Conversation Canada

Alexandre Massaux ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Élections hongroises : un tournant européen aux accents nationaux – https://theconversation.com/elections-hongroises-un-tournant-europeen-aux-accents-nationaux-280507