Apprendre le consentement à l’école : de « mon corps m’appartient » à la prévention des violences

Source: The Conversation – in French – By Prescillia Micollet, Doctorante en Sciences de l’Éducation et de la Formation , Université Lumière Lyon 2

Pour prévenir les violences sexistes et sexuelles et protéger les enfants, il faut très tôt les initier à la notion de consentement. Comment leur apprendre à exprimer leurs émotions et leurs limites et à respecter celles des autres ? Regard sur la façon dont l’école pose les bases de cette éducation affective et relationnelle à partir de la maternelle.


Le consentement est une notion largement mobilisée dans les débats publics contemporains, mais sa définition reste souvent floue. Selon le champ dans lequel il est abordé (juridique, philosophique ou éducatif), il ne renvoie pas aux mêmes réalités. Il s’agit d’un concept polysémique dont les significations varient selon les contextes.

Intéressons-nous à la manière dont cette notion est mobilisée dans le cadre scolaire, plus précisément dans l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) en France. Les travaux des chercheuses Béatrice de Montigny et Marie-Hélène Brunet montrent que, dans le champ éducatif, le consentement dépasse la seule dimension sexuelle : il renvoie à l’apprentissage du respect de soi et d’autrui, à la capacité d’exprimer ses limites et à reconnaître celles des autres.




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Dans les programmes EVARS, cette notion est introduite dès la maternelle et déclinée progressivement tout au long de la scolarité. Elle recouvre plusieurs apprentissages : respecter le refus de l’autre, savoir dire non, comprendre que son refus doit être respecté, ne pas se sentir obligé d’accepter un geste d’affection, demander la permission avant de toucher quelqu’un ou identifier des adultes de confiance. Les élèves sont également invités à reconnaître leurs émotions et à exprimer leurs préférences dans les interactions du quotidien.

Ces apprentissages s’inscrivent dans une logique de prévention des violences sexistes et sexuelles et de protection des enfants au vu des statistiques sur la connaissance et le niveau d’information des Français sur le sujet. Depuis la généralisation du programme EVARS à la rentrée 2025 (rappelé dans le Bulletin officiel n°6 du 6 février 2025), la question se pose toutefois de savoir comment cette notion est concrètement abordée dans les classes et comment les enseignants l’adaptent aux différents âges des élèves.

Les exemples présentés ici s’appuient sur un travail de recherche mené dans le cadre de mon doctorat, fondé sur plus de 130 observations de séances en classe et 55 entretiens avec des enseignants et personnels éducatifs, qui permettent d’illustrer la manière dont le consentement est travaillé à l’école primaire même si ce n’est pas exhaustif.

Le consentement dès le cycle 1 : nommer son corps

Au cycle 1, c’est-à-dire en maternelle, l’apprentissage du consentement passe d’abord par la connaissance du corps et l’idée que « mon corps m’appartient ». Cette étape est essentielle pour permettre aux enfants d’identifier leurs limites corporelles et, le cas échéant, de signaler des situations de violence. Comme le souligne Lolita Rivé dans le podcast C’est quoi l’amour, maîtresse ?, un enfant ne peut dénoncer une violence sexuelle s’il ne possède pas les mots pour nommer son corps.

Les enseignants utilisent pour cela des supports pédagogiques comme des puzzles du corps ou des images anatomiques afin d’apprendre aux élèves à identifier les différentes parties du corps et à utiliser les termes appropriés, y compris pour les organes génitaux (« pénis », « vulve »). Des outils ludopédagogiques, comme le loto du consentement, permettent également d’aborder les limites corporelles, les émotions et le respect d’autrui.

Ces activités visent surtout à construire les premières bases du consentement : comprendre que certaines parties du corps sont intimes et que chacun a le droit de refuser un contact physique.

Cycle 2 : émotions et empathie à travers le consentement

Au cycle 2, du CP au CE2, ces apprentissages se poursuivent et s’enrichissent. Les enseignants s’appuient davantage sur les représentations des élèves pour construire la notion. Certains commencent par demander ce que signifie « consentement ». Les élèves évoquent par exemple l’idée de « demander avant de faire quelque chose », comme toucher les cheveux d’un camarade. Cette représentation rejoint la définition proposée par la philosophe Anne-Lyse Chabert, pour qui le consentement repose sur une relation de confiance : d’une part, la confiance de celui qui prend l’initiative de demander et s’assure que l’autre a compris et, d’autre part, celle de la personne qui accepte et autorise l’accès à son espace personnel ou à son intimité.

Comment éduquer les enfants au consentement ? (France Inter, 2019).

Le consentement est également relié aux émotions et aux ressentis. Les élèves réfléchissent à ce qu’une personne peut éprouver lorsque ses limites ne sont pas respectées : tristesse, colère ou sentiment d’être ignoré. Cette réflexion permet d’introduire la notion d’empathie, c’est-à-dire la capacité à se mettre à la place d’autrui et à prendre en compte son ressenti.

Des supports pédagogiques peuvent accompagner ces discussions, notamment des vidéos explicatives, comme celles de Maître Lucas, qui illustrent concrètement les situations où il est nécessaire de demander l’accord de l’autre dans les interactions quotidiennes.

Cycle 3 : prévenir les violences sexuelles et l’inceste

En cycle 3, l’éducation au consentement prend une dimension plus explicite de prévention. Les enseignants et les infirmières scolaires abordent davantage les violences sexistes et sexuelles afin de donner aux élèves des repères avant leur entrée au collège.

Des supports vidéo permettent d’analyser collectivement certaines situations. Dans une première saynète, un entraîneur demande à un élève de lui faire un massage alors qu’ils se retrouvent seuls dans les vestiaires. Les élèves identifient plusieurs signaux d’alerte : l’isolement, l’insistance d’un adulte et la demande de contact physique.

Une autre vidéo, Un tonton pas si gentil, aborde les violences sexuelles intrafamiliales. Les élèves y observent une fillette contrainte d’accompagner son oncle malgré son refus et évoquant un « secret ». L’analyse de la scène permet d’expliquer qu’un adulte n’a pas le droit d’imposer un geste intime à un enfant et que ces actes sont interdits et punis par la loi.

Ces discussions nécessitent toutefois des précautions pédagogiques, car tous les élèves n’ont pas le même niveau de compréhension. Les enseignants reformulent donc avec des mots adaptés afin d’expliquer la situation sans heurter certains enfants.

Le consentement dans les gestes du quotidien

L’éducation au consentement est ainsi abordée progressivement de la maternelle au CM2 et se poursuit ensuite au collège et au lycée dans le cadre des programmes EVARS, avec des contenus adaptés à l’âge des élèves. Les discussions peuvent alors porter sur des situations plus complexes, comme le consentement dans les relations amoureuses ou dans les échanges en ligne avec les « nudes ».

Au-delà de l’école, plusieurs associations participent également à cette sensibilisation. L’association les papillons intervient dans les établissements grâce à des boîtes aux lettres permettant aux enfants de signaler anonymement des violences. L’institut EgaliGone propose des conférences de sensibilisation, tandis que l’outil « les clés du consentement », développé par L’Effet Papillon, accompagne les professionnels de l’éducation dans l’abord de ces questions.

Enfin, le consentement ne se limite pas aux questions sexuelles. Il s’apprend aussi dans des gestes du quotidien : demander avant de toucher quelqu’un, respecter un refus ou accepter qu’un camarade ne souhaite pas faire la bise ou un câlin. Ces apprentissages ordinaires constituent souvent les premières bases d’une culture du respect et du consentement.

The Conversation

Prescillia Micollet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Apprendre le consentement à l’école : de « mon corps m’appartient » à la prévention des violences – https://theconversation.com/apprendre-le-consentement-a-lecole-de-mon-corps-mappartient-a-la-prevention-des-violences-278279