Source: The Conversation – France in French (3) – By Phillip Baker, ARC Future Fellow and Sydney Horizon Fellow, School of Public Health, University of Sydney, University of Sydney

Si les pouvoirs publics ne prennent pas les mesures qui s’imposent et en l’absence de réponse coordonnée au niveau mondial, les aliments ultratransformés vont occuper une place croissante dans notre alimentation et nuire à notre santé, mais aussi à l’économie. Cette mise en garde s’appuie sur trois articles scientifiques publiés dans The Lancet, une revue médicale de premier plan.
Les aliments ultratransformés sont en train de remplacer les aliments et repas traditionnels à l’échelle mondiale, en dégradant la qualité du régime alimentaire et en contribuant à l’augmentation des maladies chroniques liées à l’alimentation.
Et même si l’ensemble des dépenses publicitaires des principales entreprises qui commercialisent des aliments ultratransformés dépassent largement le budget total de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les gouvernements, les communautés et les professionnels de la santé peuvent faire beaucoup.
C’est ce que conclut la série de trois articles phares consacrée aux aliments ultratransformés que nous avons récemment publiés dans la revue The Lancet.
Ces produits sont fabriqués à partir d’ingrédients industriels et d’additifs alimentaires, qui contiennent généralement peu ou pas d’ingrédients intacts. On pourrait citer pour exemple les boissons gazeuses, les chips et de nombreuses céréales pour le petit-déjeuner.
Dans la classification Nova (présentées dans le schéma ci-dessous), les aliments et boissons sont répértoriés dans quatre groupes en fonction de leur degré de transformation :
- Groupe 1 : Aliments non transformés ou transformés minimalement.
- Groupe 2 : Ingrédients culinaires transformés.
- Groupe 3 : Aliments transformés.
- Groupe 4 : Aliments ultratransformés.
De notre point de vue, le problème ne réside pas dans un manque de volonté de la part des individus, mais tient avant tout à des considérations commerciales – il est le résultat d’une industrie puissante.
Ce que démontrent les données disponibles
Le premier article résume les données disponibles et montre que les aliments ultratransformés se répandent à l’échelle mondiale. La part des produits ultratransformés dans l’alimentation n’a cessé d’augmenter au fil des décennies dans les pays du monde entier.
Aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, leur part dans l’alimentation est à des niveaux élevés depuis des décennies (environ 50 % de l’apport énergétique quotidien). Les aliments ultratransformés constituent l’essentiel du régime alimentaire national. Il en va de même en Australie.
Deuxièmement, cette étude montre que les régimes riches en aliments ultratransformés favorisent la suralimentation et sont pauvres sur le plan nutritionnel : ils contiennent davantage de sucres, de graisses saturées et ont une densité énergétique plus élevée. En revanche, ils sont plus pauvres en fibres, en vitamines et minéraux essentiels, et contiennent moins d’aliments complets.
Troisièmement, cet article résume les risques que ces aliments ultratransformés font courir pour la santé. Nous avons mené une revue systématique de la littérature scientifique qui a inclus 104 études faites sur le long terme. Cette revue systématique a révélé que 92 de ces études faisaient état d’un risque accru de contracter une ou plusieurs maladies chroniques. Les méta-analyses de ces études ont confirmé des associations avec l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie (l’excès de cholestérol, ndlr), les maladies cardiovasculaires, la maladie rénale chronique, la maladie de Crohn, la dépression et la mortalité prématurée toutes causes confondues.
Il est essentiel de comprendre qu’il ne s’agit pas simplement d’une question d’« excès de sucre, de sel et de graisses ». Des essais cliniques ainsi que des études scientifiques montrent que quand les adultes suivent un régime alimentaire riche en aliments ultratransformés, ils consomment environ 500 à 800 calories supplémentaires par jour, prennent du poids ainsi que de la masse graisseuse, et mangent plus rapidement, par rapport à un régime non ultratransformé contenant les mêmes proportions de macronutriments. Cela s’explique probablement par la densité énergétique plus élevée, le goût appétissant et la texture moelleuse de ces aliments, qui favorisent la surconsommation.
De toute évidence, des recherches supplémentaires sont nécessaires. Cependant, les données disponibles sont désormais suffisamment solides pour justifier une réponse mondiale en matière de santé publique.
Les options sur le plan politique
Notre deuxième article présente les options politiques qui s’offrent aux gouvernements désireux de s’attaquer à ce problème. Quatre d’entre elles se distinguent particulièrement :
1. Modifier les produits : la reformulation – qui consiste à remplacer le sucre par des édulcorants ou les matières grasses par des additifs qui confèrent une texture similaire à celle des matières grasses – ne résout pas le problème. Les gouvernements pourraient plutôt fixer des limites pour une sélection d’additifs et utiliser des « marqueurs d’aliments ultratransformés » comme les colorants, les arômes et les édulcorants non sucrés (ainsi que les teneurs élevées en sucre, en graisses et en sel) pour identifier les produits ultratransformés à réglementer.
2. Améliorer l’environnement des produits alimentaires. Parmi les mesures fondées sur des données probantes, on peut citer :
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L’adoption d’étiquettes d’avertissement obligatoires sur le devant des emballages, qui se révèlent efficaces pour informer les consommateurs et réduire les achats.
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La protection des enfants de moins de 18 ans – en particulier sur les plateformes numériques – contre la publicité pour les aliments ultratransformés et le fait d’étendre ces protections au-delà des « heures réservées aux enfants ».
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Des taxes sur les boissons sucrées (à 20 % minimum) ainsi que certains aliments ultratransformés ; et d’utiliser ces recettes financières pour subventionner les fruits, les légumes et les plats préparés sur place destinés aux ménages à faibles revenus.
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La suppression des aliments ultratransformés des écoles, des hôpitaux et d’autres établissements publics, le fait de limiter la part des aliments ultratransformés dans les rayons des supermarchés et de réduire leur mise à disposition à proximité des écoles.
3. Limiter le pouvoir des entreprises : les gouvernements pourraient prendre davantage de mesures pour réglementer les gammes de produits des entreprises, ainsi que pour surveiller et limiter la part des ventes d’aliments ultratransformés ; il convient aussi de renforcer la politique de concurrence et d’envisager des réformes fiscales qui viseraient à limiter le pouvoir excessif de ce marché.
4. Réformer les subventions comme les chaînes d’approvisionnement : les gouvernements pourraient réorienter les subventions à l’agriculture afin de réduire le soutien accordé aux ingrédients issus de la monoculture utilisés dans les aliments ultratransformés (comme le maïs, le soja et le sucre), et d’aligner les politiques environnementales – concernant des questions telles que la réduction des plastiques ou l’utilisation de l’eau – sur les objectifs nutritionnels.
Le succès passera par des solutions sur mesure et coordonnées : il n’y a pas de recette miracle.
Lutter contre l’industrie des aliments ultratransformés
Notre troisième article s’interroge sur les raisons pour lesquelles les aliments ultratransformés envahissent l’alimentation humaine et sur la manière de mettre en place une réponse mondiale en matière de santé publique.
La réponse est la suivante : il faut s’attaquer au pouvoir des entreprises et à leur recherche de profit. Les aliments ultratransformés constituent le modèle économique le plus rentable du secteur alimentaire. Les plus grandes multinationales sont à la tête de réseaux mondiaux d’approvisionnement, de commercialisation et de lobbying qui élargissent les marchés, influencent la science ainsi que le débat public, et font obstacle à la réglementation.
Les fabricants d’aliments ultratransformés peuvent utiliser leurs bénéfices pour consacrer des sommes bien plus importantes au marketing, construire des usines, étendre la distribution de ces produits à l’échelle mondiale et financer des groupes de pression.
Par exemple, en 2024, les grandes entreprises agroalimentaires ont dépensé bien plus en publicité que l’ensemble du budget de fonctionnement de l’Organisation mondiale de la santé.
Les entreprises et les groupes qui y sont affiliés suivent le même scénario que les industries du tabac et des combustibles fossiles : du lobbying, du contentieux, de l’autorégulation et de la recherche scientifique qu’elles financent pour retarder la mise en place de mesures politiques.
Notre article plaide pour une réponse mondiale en matière de santé publique :
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remettre en cause le modèle économique des aliments ultratransformés, en taxant leur production, en rendant obligatoire le recyclage des plastiques par les entreprises et en réorientant les ressources vers le soutien aux producteurs d’aliments sains et aux familles
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protéger l’élaboration des politiques et la science contre toute ingérence, grâce à des mesures de prévention des conflits d’intérêts et à des règles d’engagement claires pour le secteur privé. Nous devons cesser de nous en remettre à l’autorégulation du secteur privé et recourir aux politiques publiques et à la législation.
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former des coalitions pour mener des actions de plaidoyer auprès des décideurs politiques et favoriser les changements politiques, qu’il s’agisse de soutiens juridiques ou de communications stratégiques

Alan Pope/Unsplash
Nos études montrent que, sans mesures politiques ni réponse mondiale coordonnée, la part des aliments ultratransformés dans l’alimentation humaine continuera d’augmenter, au détriment de la santé, des économies, de la culture et de la planète. Il est temps d’agir.
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Phillip Baker a reçu des financements de l’Australian Research Council, de Bloomberg Philanthropies et de l’Unicef pour des projets de recherche portant sur les aliments ultratransformés.
Camila Corvalan a a bénéficié de financements pour ses recherches de la part de l’Agence nationale chilienne de recherche (ANID), de Bloomberg Philanthropies et du Centre de recherches canadien pour le développement international (CRDI). Elle fait partie du groupe stratégique de la Communauté de pratique sur la nutrition et la santé en Amérique latine et dans les Caraïbes (COLANSA), du Next Generation Leadership Collective et de l’Alianza Global para la Alimentación Saludable de Niñas, Niños y Adolescentes en Amérique latine. Elle est membre du groupe de travail sur les politiques et la prévention de la Fédération mondiale de l’obésité et du groupe de travail sur les aliments ultratransformés de l’Union internationale des sciences de la nutrition (IUNS). Elle occupe actuellement le poste de présidente de la Société latino-américaine de nutrition.
Gyorgy Scrinis a reçu des financements de Bloomberg Philanthropies destinée à financer les travaux de recherche menés dans le cadre de la série publiée dans « The Lancet ».
Priscila Machado a reçu des financements accordés par le Conseil national de la santé et de la recherche médicale (NHMRC), la Fondation australienne pour le cœur, la Fondation de recherche de São Paulo et le réseau thaïlandais Sweet Enough Network/ThaiHealth pour des projets de recherche portant sur les aliments ultratransformés.
Carlos Monteiro ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Comment lutter contre ces aliments ultratransformés poussés par des intérêts commerciaux, et non par les choix des consommateurs – https://theconversation.com/comment-lutter-contre-ces-aliments-ultratransformes-pousses-par-des-interets-commerciaux-et-non-par-les-choix-des-consommateurs-278151
