Source: The Conversation – France (in French) – By Karen Stollznow, Senior Research Fellow of linguistics, University of Colorado Boulder; Griffith University
Les enfants ont bien plus de facilité que leurs aînés à se familiariser avec un nouvel accent lorsqu’ils apprennent une langue. Cependant, devenir plurilingue n’est pas hors de portée des adultes, qui peuvent compter sur tout un ensemble d’autres compétences développées au fil du temps.
Si les jeunes apprenants peuvent acquérir plus facilement un accent natif, les adultes conservent la capacité d’apprendre de nouvelles langues jusqu’à un âge avancé.
On a tendance à supposer qu’en apprenant une langue dès le plus jeune âge, on la maîtrisera rapidement.
Beaucoup de gens pensent également qu’il est beaucoup plus difficile d’apprendre une langue si l’on s’y met tardivement.
Les recherches sur l’apprentissage des langues montrent que l’âge auquel une personne s’initie à une langue a son importance, mais il n’existe pas d’âge limite auquel la capacité d’apprendre une langue s’éteindrait.
Si les jeunes apprenants acquièrent plus facilement l’accent des locuteurs natifs, les adultes conservent la capacité d’apprendre de nouvelles langues jusqu’à un âge avancé. Tout le monde peut continuer à apprendre et à perfectionner son vocabulaire et sa grammaire. D’autres facteurs, tels que la motivation, peuvent également jouer un rôle pour les apprenants de tous âges.
Je suis linguiste et autrice d’un ouvrage à paraître, intitulé Beyond Words : How We Learn, Use, and Lose Language, qui examine comment une langue est apprise, utilisée et oubliée tout au long de la vie, et pourquoi l’âge seul ne fixe pas de limites strictes à nos capacités linguistiques.
Au contraire, les stratégies utilisées par les apprenants, les résultats qu’ils atteignent le plus facilement et la façon dont les autres évaluent leurs progrès peuvent tous évoluer au fil du temps.
Comment l’âge influence l’apprentissage des langues
L’âge d’une personne peut influencer sa capacité à apprendre une langue de différentes manières.
Les scientifiques parlent parfois de « périodes sensibles », c’est-à-dire d’une période précoce du développement pendant laquelle le cerveau est particulièrement réceptif à certains types d’informations.
En matière de langage, les bébés et les enfants sont particulièrement sensibles aux schémas sonores. Ils peuvent également percevoir des distinctions phonétiques subtiles que les adultes ont du mal à percevoir ou à reproduire.
Cela explique pourquoi les enfants qui grandissent dans un environnement bilingue parlent souvent les deux langues comme des natifs. Les accents, plus que le vocabulaire ou la grammaire, sont le domaine où les différences liées à l’âge sont les plus prononcées.
Les périodes sensibles existent également chez d’autres animaux, en particulier les oiseaux, qui ont une période sensible précoce pour apprendre le chant spécifique à leur espèce auprès d’un tuteur adulte.
Une fois cette période passée, il est toujours possible d’apprendre une nouvelle langue. Mais cela demande généralement plus d’efforts conscients et de pratique.
Des études montrent également que les enfants exposés à une deuxième langue dès leur plus jeune âge, généralement avant la puberté, ont plus de chances d’acquérir une prononciation et une intonation proches de celles d’un locuteur natif.
Des recherches en imagerie cérébrale montrent que les personnes qui apprennent deux langues dès le plus jeune âge ont tendance à les traiter dans les mêmes parties du cerveau. Ceux qui apprennent une deuxième langue plus tard utilisent souvent des zones cérébrales légèrement différentes pour chaque langue.
Concrètement, les personnes bilingues précoces sont plus susceptibles de passer d’une langue à l’autre sans effort. Les apprenants tardifs peuvent devoir travailler plus consciemment leur deuxième langue, surtout au début.
Les avantages d’apprendre une langue à l’âge adulte
La prononciation ne représente qu’une part de la maîtrise d’une langue. Les adultes bénéficient aussi d’atouts qui leur sont propres pour y parvenir.
Contrairement aux jeunes enfants, les apprenants adultes peuvent déjà s’appuyer sur une langue maternelle pleinement développée. Ils possèdent également des compétences de raisonnement et de reconnaissance des schémas, ainsi qu’une conscience du fonctionnement du langage.
Cela permet aux adultes d’apprendre de manière plus réfléchie, car ils étudient les règles grammaticales et comparent consciemment les langues. Les adultes ont également davantage tendance à s’appuyer sur des stratégies délibérées, telles que la mémorisation, pour apprendre une langue.
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En classe, les adultes surpassent souvent les enfants dans les premières étapes de l’apprentissage, en particulier en lecture et en écriture.
L’apprentissage des langues ne s’arrête jamais vraiment. Même à l’âge adulte, les gens continuent à développer et à perfectionner leur langue maternelle, façonnée par leur éducation, leur travail, leur environnement social et la façon dont ils l’utilisent au quotidien.
S’il peut être plus difficile pour les adultes d’acquérir un accent proche de celui d’un locuteur natif à un âge avancé, la bonne nouvelle est que la grammaire, le vocabulaire et la fluidité restent à la portée de la plupart des apprenants adultes.
Les avantages d’apprendre une langue dès l’enfance
Les enfants, quant à eux, ont tendance à apprendre les langues de manière implicite, par immersion et interaction, souvent sans prêter attention aux règles.
Les facteurs sociaux et émotionnels jouent également un rôle majeur dans la réussite de l’apprentissage d’une langue.
Les enfants sont généralement moins timides que les adultes et plus disposés à prendre des risques lorsqu’ils s’expriment.
Les adultes, en revanche, sont souvent très conscients de leurs erreurs et peuvent hésiter à s’exprimer, par crainte de paraître ridicules ou d’être jugés.
Les recherches montrent systématiquement que la disposition à communiquer est un facteur prédictif important de la réussite dans l’apprentissage d’une nouvelle langue. L’anxiété, l’inhibition et les commentaires négatifs des autres peuvent ralentir considérablement les progrès, quel que soit l’âge.
Accent, préjugés et pression sociale
D’autres facteurs, tels que la pression sociale et la discrimination, jouent également un rôle important lorsqu’une personne tente d’apprendre une nouvelle langue.
Les recherches sur la langue et l’identité montrent que les auditeurs associent souvent un fort accent à une intelligence ou une compétence moindre, bien qu’il n’y ait aucun lien entre l’accent et les capacités cognitives.
Les locuteurs non natifs sont souvent victimes de stigmatisation, de discrimination et de préjugés de la part des locuteurs natifs.
Ce préjugé peut décourager les apprenants adultes et renforcer la fausse croyance selon laquelle, pour réussir l’apprentissage d’une langue, il faut parler comme un natif.
La motivation et les aptitudes comptent aussi
La motivation est un autre facteur clé qui influence les apprenants de tous âges.
Les gens apprennent de nouvelles langues pour de nombreuses raisons : un nouveau pays, le travail, les études, les relations ou l’intérêt pour une autre culture.
La recherche distingue les différentes raisons qui poussent les gens à apprendre une langue. Certaines sont pratiques, comme l’évolution de carrière ou la réussite d’un examen. D’autres sont personnelles, comme le désir de se rapprocher d’une communauté, d’une culture ou d’une famille.
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Les apprenants qui ressentent un lien personnel ou émotionnel fort avec la langue sont plus enclins à persévérer même lorsque cela devient difficile, et ils atteignent souvent des niveaux de maîtrise plus élevés que ceux qui n’ont pas ce lien.
D’autres personnes ont une aptitude naturelle pour l’apprentissage des langues et peuvent les assimiler facilement. Peut-être remarquent-elles rapidement les schémas sonores, ou peuvent-elles mémoriser de nouveaux mots après les avoir entendus une ou deux fois.
L’aptitude linguistique est différente de l’intelligence et varie d’une personne à l’autre. L’aptitude augmente les chances de réussite dans l’apprentissage d’une langue, mais ne la garantit pas.
Les apprenants ayant une aptitude moyenne peuvent tout de même devenir très compétents dans de nouvelles langues à l’âge adulte s’ils y sont exposés de manière régulière, s’ils s’entraînent et s’ils sont motivés.
À chaque âge ses atouts
Alors, vaut-il mieux apprendre une deuxième langue quand on est enfant ou quand on est adulte ? Les recherches suggèrent que la question la plus pertinente est de savoir quels aspects de l’apprentissage d’une langue, tels que la prononciation, la fluidité ou la maîtrise à long terme, sont les plus importants.
Apprendre une nouvelle langue dès le plus jeune âge permet de parler plus facilement comme un locuteur natif et d’utiliser la langue avec aisance, sans avoir à réfléchir aux règles.
Apprendre une langue plus tard dans la vie fait appel aux points forts dont disposent les adultes, tels que la planification, la résolution de problèmes et une pratique soutenue.
En fin de compte, certaines personnes apprennent rapidement les langues tandis que d’autres ont plus de difficultés, quel que soit leur âge.
Les croyances relatives à l’apprentissage des langues influencent les politiques éducatives, les choix parentaux et la manière dont les personnes multilingues sont traitées dans la vie quotidienne.
Lorsque les adultes s’entendent dire qu’ils ont raté leur chance d’apprendre une langue, beaucoup ne prennent même plus la peine de se lancer. Lorsque les accents étrangers sont considérés comme des imperfections, des locuteurs pourtant compétents peuvent être injustement victimes de discriminations.
En réalité, des recherches montrent qu’il est possible d’apprendre une langue à tout âge. Il s’agit d’un parcours réalisable tout au long de la vie, plutôt que d’une course contre la montre.
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Karen Stollznow ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
– ref. Pour apprendre une langue étrangère, il n’y a pas d’âge limite ! Enfants et adultes ont leurs propres stratégies – https://theconversation.com/pour-apprendre-une-langue-etrangere-il-ny-a-pas-dage-limite-enfants-et-adultes-ont-leurs-propres-strategies-277027
