Immigration : un poids ou un atout pour les finances des communes ?

Source: The Conversation – France (in French) – By Nur Bilge, Fellow | Docteur en économie, Université de Lille

L’accroissement des recettes des communes liées à l’immigration dépasse celui des dépenses. Pack-Shot/Shutterstock

À l’occasion de la campagne des élections municipales, une question revient dans le débat public : quel est l’effet de l’immigration sur les finances publiques locales ? Explication en données et en graphiques à partir d’une étude menée de 2007 à 2017 (avant la suppression de la taxe d’habitation).


La fin de « l’immigration illégale tolérée », c’est ce que propose le candidat à la mairie de Lyon (Rhône) Jean-Michel Aulas. Au Mans (Sarthe), la tête de liste du Rassemblement national parle de « problème d’immigration ». À Paris, le socialiste Emmanuel Grégoire se pose en candidat qui « défend l’histoire de l’immigration ».

Sur le réseau social TikTok, l’immigration est le sujet qui génère le plus d’engagements – likes, republications, etc. – dans ces campagnes municipales 2026. Au-delà des élections, l’immigration occupe une place centrale dans les débats publics. Les migrants se voient perçus comme une charge supplémentaire pour l’économie. Dans un contexte de finances publiques sous pression, l’idée selon laquelle l’arrivée d’immigrés fragiliserait les budgets des communes est largement répandue.

Les données racontent une tout autre histoire. Si l’on s’intéresse aux effets fiscaux de la migration pour la période 2007-2017, je souligne dans une étude, parue en janvier, que les migrants contribuent positivement aux finances publiques locales.

Définir l’immigration pour comprendre ses effets budgétaires

Il faut d’abord commencer par définir ce qu’est un immigré. Selon le Haut Conseil à l’intégration en 1992, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant actuellement sur le territoire français. Selon cette définition, les données de l’Insee montrent que les immigrés représentent 10,7 % de la population en 2023 – contre 9,7 % en 2017.

Cette carte met en évidence de grandes disparités territoriales : les grands pôles urbains, surtout l’Île-de-France, accueillent une part importante des immigrés, bien au-dessus de la moyenne nationale. En revanche, les départements moins urbanisés, surtout dans le centre et l’ouest de la France, en comptent nettement moins.

Pour faire le lien avec les questions budgétaires, il importe de rappeler que toutes les personnes résidant en France sont imposables, quelle que soit leur nationalité : « Si vous êtes résident fiscal en France, vous êtes soumis à l’impôt sur le revenu en France pour vos revenus d’origine française et étrangère. » Les impôts concernés au niveau municipal sont principalement des impôts locaux prélevés par les communes, tels que la taxe foncière.

Comprendre le budget des communes

Les comptes financiers des communes sont structurés en deux sections : les opérations de fonctionnement (charges de personnel, charges financières, ou subventions) et les opérations d’investissement.

Les recettes réelles de fonctionnement de l’ensemble des collectivités locales sont en hausse au 31 janvier 2026 par rapport au 31 janvier 2025 de 2,6 %, soit + 6,1 milliards d’euros, liées notamment à la hausse des recettes fiscales de 2,7 %, soit + 4,4 milliards d’euros. Les dépenses réelles de fonctionnement des collectivités augmentent de 1,6 %, soit + 3,2 milliards d’euros.

Conformément au cadre légal défini par l’article L.1612-4 du Code général des collectivités territoriales, les communes sont tenues de respecter le principe d’équilibre réel, qui impose l’égalité entre les recettes et les dépenses.

En conséquence, une collectivité locale ne peut ni prévoir de déficit dans sa section de fonctionnement ni financer des dépenses de fonctionnement par le recours à l’emprunt, celui-ci étant exclusivement réservé au financement de l’investissement.

Étude de 2007 à 2017, avant la suppression de la taxe d’habitation

En se fondant sur les données des recensements de population et des budgets des communes françaises pour la période de 2007 à 2017, l’étude que j’ai menée met en évidence que l’immigration n’est pas un fardeau pour les finances locales.

Il est important de préciser que cette étude s’intéresse à l’effet global de l’immigration sur les finances des communes, et non à la contribution ou au coût d’un immigré en particulier. Les budgets des communes ne fournissent pas ce type d’information individuelle ; ce sont des comptes agrégés au niveau communal qui reflètent les recettes et les dépenses totales pour l’ensemble de la population.

La base harmonisée de l’Insee permet toutefois d’obtenir des informations sur les caractéristiques des citoyens et des citoyennes jusqu’en 2017. Ce choix de période est motivé par des raisons fiscales : après 2017, le système a connu des changements importants, notamment la suppression progressive de la taxe d’habitation à partir de 2018, rendant les comparaisons temporelles plus difficiles.

Comprendre l’impact des immigrants sur les finances d’une commune

Dans mon étude, j’ai mesuré l’impact de l’immigration sur les finances d’une commune, en distinguant les sections de fonctionnement et d’investissement, et en analysant chaque poste financier de manière précise.

L’accroissement des recettes dépasse les dépenses de fonctionnement

L’augmentation de la part d’immigrés parmi les habitants d’une commune est associée à une hausse des recettes, mais aussi à une hausse des dépenses de fonctionnement par habitant. En particulier, une augmentation d’un point de pourcentage (différence entre deux pourcentages) de la proportion d’immigrés entraîne une hausse de 1,84 % des recettes de fonctionnement totales par habitant et de 1,77 % des dépenses de fonctionnement totales par habitant.

Capacité d’autofinancement : un gain lié à l’immigration

Cette dynamique se reflète sur la capacité d’autofinancement (CAF) des communes, qui mesure les ressources disponibles pour financer les projets d’investissement, et ce, sans recourir à l’emprunt.

Les estimations montrent qu’une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés est associée à une hausse de 1,89 % de la capacité d’autofinancement et à une légère progression de 0,05 % de la capacité nette d’autofinancement, c’est-à-dire après une prise en compte du remboursement des emprunts.

De facto, une augmentation de la part d’immigrés renforce cette capacité, donnant aux communes plus de moyens financiers pour réaliser leurs projets.

Bilan positif de l’investissement communal

Concernant la section d’investissement, l’immigration est associée à une hausse des ressources disponibles et des dépenses par habitant. Une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés entraîne une hausse de 3,67 % des ressources et de 3,57 % des dépenses d’investissement par habitant.

Comment calculer si les communes ont des ressources disponibles ? Le terme consacré est le besoin de financement, c’est-à-dire la différence entre dépenses et ressources d’investissement. Lorsque les ressources dépassent les dépenses, la commune peut compter sur des fonds disponibles, sinon, elle doit trouver un financement supplémentaire.

L’augmentation de la part d’immigrés n’entraîne pas de pression supplémentaire sur le besoin de financement par habitant et est même légèrement favorable, avec un effet de – 0,065 % sur le besoin de financement, bien que cet effet reste modeste.

Emprunter plus pour investir plus

Pour financer leurs projets, les communes s’appuient sur leurs ressources courantes, les aides publiques et, parfois, sur l’emprunt qui crée de facto de la dette. La dette constitue un poste séparé dans les comptes communaux et correspond ici au stock total de dettes (le montant total dû au 31 décembre de chaque année) ainsi qu’à l’annuité de la dette (le remboursement annuel du capital).

Fin 2022, la dette des collectivités et de leurs groupements (hors syndicats) s’établissait à 159,3 milliards d’euros.

Hausse de la dette, et ce qu’il reste vraiment dans les caisses d’une commune

Une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés est associée à une hausse de 4,17 % du stock de dettes par habitant et de 3,46 % de l’annuité de la dette par habitant. Autrement dit l’augmentation de la population migrante dans une commune s’accompagne en moyenne d’un recours légèrement plus important à l’emprunt, à la fois pour le montant total et le remboursement annuel de la dette.

Si la dette montre comment les investissements sont financés sur le long terme, la liquidité indique l’argent réellement disponible à court terme pour une commune.

Pour savoir si les finances d’une commune sont sous pression, il serait plus pertinent de se pencher sur le fonds de roulement, c’est-à-dire les ressources qui restent après avoir financé infrastructures et investissements durables.

Les résultats indiquent qu’une augmentation d’un point de pourcentage de la part d’immigrés dans la population est associée à une hausse de 1,82 % du fonds de roulement communal, ce qui indique que la présence immigrée ne comprime pas les réserves financières des communes.

Avec l’immigration, un budget qui clôture dans le vert

Le solde global des finances d’une commune (recette et dépense) réagit dans le même sens, avec une hausse de 1,91 %, laissant aux communes la marge nécessaire pour clôturer l’année avec un excédent budgétaire et faire face à leurs engagements financiers.

Au total, même si la dette des communes augmente légèrement, les finances locales ne sont pas mises sous pression par l’immigration. Cette dernière renforce à la fois la trésorerie et la capacité budgétaire des communes, plutôt que de les fragiliser.

The Conversation

Nur Bilge ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. Immigration : un poids ou un atout pour les finances des communes ? – https://theconversation.com/immigration-un-poids-ou-un-atout-pour-les-finances-des-communes-275278