Les poules font preuve de capacités d’apprentissage et de mémoire surprenantes dès leurs premiers jours de vie

Source: The Conversation – France in French (2) – By Cécile Arnould, Éthologue, Inrae

Un poussin âgé de seulement quelques jours est déjà capable de reconnaître sa mère et d’autres poussins avec lesquels il a été en contact. Deux exemples parmi tant d’autres qui démontrent des capacités cognitives qui pourront vous surprendre. Pour aller plus loin, nous vous proposons de lire un extrait de l’ouvrage Bien-être et comportement des poules domestiques, de Cécile Arnould, publié aux éditions Quae.


Les poules domestiques, comme beaucoup d’autres espèces d’oiseaux, sont capables de mémoriser des informations très précocement. Les embryons peuvent apprendre les caractéristiques des odeurs ou des vocalisations de leur mère. Les poussins âgés de 24 heures reconnaissent leur mère. Ils font la différence entre celle-ci et une autre mère avec laquelle ils n’ont pas été en contact auparavant. Élevés en présence d’un autre poussin, ils font la différence entre ce dernier et un poussin non familier. Dès cet âge, ils peuvent aussi mémoriser les caractéristiques d’un objet.

En effet, les poules domestiques ont une caractéristique propre aux oiseaux nidifuges. Les oiseaux nidifuges sont ceux qui, à l’éclosion, sont complètement développés et qui peuvent donc gambader tout de suite loin de leurs parents. À la différence des jeunes mésanges, qui restent bien au chaud dans leur nid ; ce sont des oiseaux nidicoles. Chez ces espèces nidifuges, on observe chez les poussins un phénomène appelé « empreinte ». Le poussin s’attachera à la première chose avec laquelle il sera en contact à l’éclosion. L’empreinte se met en place entre 1 et 4 jours, période durant laquelle la mère reste sur son nid après l’éclosion de sa couvée. Elle est naturellement dirigée vers sa mère, mais, en l’absence de mère, elle peut être dirigée vers un objet. Des poussins ayant développé une empreinte sur un objet se blottiront contre cet objet plutôt que contre un objet différent, que ce soit par sa forme, sa couleur, etc. L’empreinte peut aussi être dirigée vers une personne ; vous avez peut-être déjà vu Konrad Lorenz (1903-1989), éminent éthologiste ayant décrit ce phénomène chez des oies, suivi d’une ribambelle d’oisons. Lorsqu’il y a empreinte, la mémoire qui se forme possède des caractéristiques différentes de la mémoire classique. Elle se crée plus rapidement et dure plus longtemps.

Au-delà de ce phénomène particulier, dès 2 à 5 jours d’âge, les poussins se souviennent de tâches spatiales qu’ils ont apprises 24 heures auparavant. Par exemple, s’ils ont appris à faire un détour pour rejoindre des congénères, ils se rappellent le chemin qu’ils doivent emprunter. Les poussins sont par ailleurs capables de raisonnements simples. Ils ont la capacité à savoir qu’un objet existe même s’ils ne le voient pas complètement ou pas du tout. On parle de phénomène de permanence des objets. Cette capacité ne se développe qu’après quelques mois chez les enfants. Nous venons de voir qu’un poussin ayant développé une empreinte sur un objet ira se blottir contre lui. Eh bien, ce comportement persistera même si une partie de cet objet est partiellement cachée. Et, mis en présence de deux parois opaques identiques qui peuvent cacher cet objet, les poussins choisiront d’aller vers la paroi où ils ont vu l’objet disparaître complètement. De plus, si ces parois sont inclinées de telle sorte que l’une soit de hauteur et de largeur adéquates pour cacher la totalité de l’objet (paroi A) et l’autre pas (paroi B), les poussins, en l’absence de l’objet, se dirigeront vers la paroi formant un écran compatible avec le fait que l’objet puisse être caché derrière : la paroi A. Ces résultats signifient que les poussins se représentent l’objet même s’ils ne le voient pas ; ils ont une représentation mentale de ce dernier. Ils sont, par ailleurs, capables d’effectuer un raisonnement à partir de cet objet, c’est-à-dire de comparer la taille de cet objet à la taille des cachettes.

Il faut savoir que la poule domestique est une espèce territoriale et sociale avec une organisation hiérarchique. Cela signifie qu’il existe des relations de dominance et de subordination au sein des groupes, chez les coqs comme chez les poules. L’individu A domine l’individu B, qui domine l’individu C, etc. De temps en temps dans cette hiérarchie linéaire, plusieurs individus (par exemple C, D et E) vont avoir le même rang social. Aucun ne dominera les autres. Il suffit en général de quelques jours, pendant lesquels les individus du groupe s’affrontent (coups de bec, combats, poursuites), pour que la hiérarchie se mette en place. Par la suite, les individus connaissent leur place dans la hiérarchie. Les affrontements laissent la place à des menaces ou à des évitements. Les individus mémorisent les caractéristiques des autres individus avec lesquels ils vivent. Les poules domestiques sont capables de faire la différence entre des individus familiers, avec lesquels elles vivent ou qu’elles ont déjà rencontrés, et des individus inconnus. Elles reconnaissent chaque individu de leur groupe à condition que ce groupe ne soit pas trop grand (jusqu’à au moins une trentaine d’individus, voire peut-être cent).

Les poules peuvent aussi apprendre en observant les autres. Des poules juvéniles (d’environ 2 mois) ayant observé des congénères consommer un aliment qu’elles ne connaissent pas en mangeront une plus grande quantité, et mettront moins de temps pour commencer à s’alimenter avec, que celles n’ayant pas eu cette expérience. Des poussins de quelques jours apprennent où trouver un aliment après avoir observé un congénère. De même, après avoir observé un congénère picorer une bille recouverte d’une substance amère, si une bille similaire en apparence, mais non recouverte de cette substance amère, leur est présentée 24 heures plus tard, ils ne la picoreront pas.

Couverture de l’ouvrage « Bien-être et comportement des poules domestiques », paru aux éditions Quae.

Curieusement, une étude montre que les poules adultes apprennent plus vite une tâche d’association, où il faut picorer un bouton pour obtenir une récompense alimentaire, en voyant faire une poule dominante qu’une poule subordonnée. Et ce n’est pas lié à une différence de compétence entre les poules dominantes et subordonnées, les premières n’apprennent pas plus vite que les autres. Il est probable que cet effet soit plutôt le résultat d’une attention plus soutenue envers les individus dominants qu’envers les autres membres du groupe. Les poules peuvent apprendre à donner des coups de bec sur des boutons ou des écrans pour obtenir une récompense. Cette capacité a largement été utilisée, notamment dans les années 1970-1980, pour tester la motivation des poules à accéder à des perchoirs, des espaces de vie plus grands, des substrats pour effectuer des bains de poussière lorsqu’elles avaient été élevées en cage sur un sol grillagé. Ces travaux ont contribué à démontrer quels étaient les besoins des poules domestiques.

The Conversation

Cécile Arnould est l’autrice de « Bien-être et comportement des poules domestiques » dont cet article est un extrait.

ref. Les poules font preuve de capacités d’apprentissage et de mémoire surprenantes dès leurs premiers jours de vie – https://theconversation.com/les-poules-font-preuve-de-capacites-dapprentissage-et-de-memoire-surprenantes-des-leurs-premiers-jours-de-vie-277394