Chaleur extrême : un modèle climatique prédit un avenir insupportable pour certaines régions d’Afrique

Source: The Conversation – in French – By Oluwafemi E. Adeyeri, Research Fellow in Climate Science, Australian National University

On imagine souvent une vague de chaleur comme un épisode temporaire, une semaine de soleil intense qui finit par céder la place à une brise fraîche. Mais avec le changement climatique mondial, dans certaines régions d’Afrique, ce niveau de chaleur devient une composante du climat.

Des recherches montrent que l’exposition de l’Afrique à une chaleur dangereuse augmente rapidement. Jusqu’à présent, il était difficile d’estimer la gravité de cette chaleur. En effet, de nombreux modèles climatiques mondiaux largement utilisés avaient du mal à prendre en compte les facteurs locaux qui influencent la chaleur dans les différentes zones climatiques et habitats de l’Afrique (tropiques humides, savanes sèches et zones agricoles en rapide évolution).

Il est très important d’analyser comment ces différents facteurs locaux provoquent une chaleur dangereuse, car ils contribuent tous à celle-ci. Par exemple, les changements rapides dans l’utilisation des terres, tels que la déforestation, modifient l’humidité du sol et l’humidité atmosphérique. La transformation des forêts en terres agricoles devient donc un facteur de chaleur extrême.




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Nous sommes une équipe de hydroclimatologues et de scientifiques spécialisés dans les interactions entre la terre et l’atmosphère qui étudient les chaleurs extrêmes, les ressources en eau, l’évolution de l’utilisation des sols et les risques hydroclimatiques. Nous avons voulu créer des projections fiables et pertinentes au niveau local concernant les futures vagues de chaleur. Notre équipe a réalisé que pour comprendre le véritable risque de vague de chaleur en Afrique, il fallait autant observer ce qui se passe au sol que dans le ciel. Ce n’est pas seulement l’atmosphère qui se réchauffe par le haut, c’est aussi la façon dont les gens transforment les terres en-dessous.

Afin de mieux comprendre comment la chaleur est susceptible d’affecter les pays africains et d’éviter de nous appuyer sur un seul modèle climatique, nous avons développé un cadre reposant sur quatre piliers :

  • Afin d’obtenir les données les plus précises possibles, nous avons étudié 10 modèles climatiques mondiaux plutôt que de miser sur un seul modèle.

  • Les résultats des modèles climatiques mondiaux ont été ajustés afin qu’ils correspondent aux schémas observés des vagues de chaleur (fréquence, durée, magnitude, amplitude, nombre et moment des vagues de chaleur) et qu’ils montrent les liens entre la température, le vent, le rayonnement et l’humidité.

  • L’intelligence artificielle (IA) a été utilisée pour quantifier la contribution des différents facteurs de chaleur (tels que la température, l’humidité, l’humidité du sol, le vent, le rayonnement, l’utilisation des sols) aux changements des vagues de chaleur. Nous avons également utilisé l’IA pour mettre en évidence la manière dont ces facteurs aggravent la chaleur lorsqu’ils interagissaient.

  • Nous avons comparé un scénario de forte pollution à celui dans lequel les gouvernements parviennent à réduire les émissions de carbone.

Nos recherches ont montré que d’ici la fin du XXIe siècle, la plupart des régions d’Afrique ne connaîtront plus de vagues de chaleur occasionnelles, mais souffriront d’une chaleur extrême pendant la majeure partie de l’année. L’étude montre que d’ici 2065-2100, de nombreuses régions d’Afrique (à l’exception de Madagascar) pourraient connaître des vagues de chaleur pendant 250 à 300 jours par an.

Certaines régions, telles que la partie occidentale de l’Afrique australe, connaîtront des vagues de chaleur 12 fois plus longues et fréquentes qu’aujourd’hui, même si les émissions mondiales sont réduites. De nombreuses vagues de chaleur dureront plus de 40 jours d’affilée.

Il ne s’agit pas seulement d’un léger réchauffement, mais d’un changement fondamental dans la façon dont les populations devront survivre sur le continent. Une fois que les régions africaines entreront dans un état de canicule quasi permanente, le corps humain n’aura plus le temps de récupérer.

Le risque de chaleur en Afrique provient des émissions mondiales et des choix locaux d’utilisation des terres. Cela signifie qu’il est important de réduire les gaz à effet de serre, mais aussi de protéger et de restaurer les moyens naturels dont dispose la Terre pour refroidir la planète.

Comment la chaleur va s’intensifier de manière spectaculaire à travers l’Afrique

Dans les endroits où les forêts intactes rafraîchissent l’air, la chaleur et l’humidité restent généralement en dessous d’un seuil mortel. Les forêts agissent comme des climatiseurs naturels, empêchant la chaleur mortelle.

Mais lorsque les forêts sont abattues et remplacées par des terres agricoles, le climat local change. Les cultures libèrent de grandes quantités d’humidité dans l’air, augmentant ainsi le taux d’humidité. La chaleur et l’humidité s’accumulent, et la surface se réchauffe plus rapidement pendant la journée et reste plus chaude la nuit. La terre devient un piège à chaleur. Une vague de chaleur qui aurait été tolérable sous le couvert forestier devient une vague de chaleur prolongée et dangereuse.




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L’augmentation de la chaleur ambiante peut affecter des régions entières. Les communautés rurales, y compris les petits exploitants agricoles, sont également très exposées car elles travaillent à l’extérieur et ont souvent un accès limité à la climatisation, aux soins de santé ou aux infrastructures résistantes à la chaleur.

Les vagues de chaleur affecteront davantage les bidonvilles ou les zones d’habitation informelles, car elles manquent généralement d’arbres et de végétation, et les maisons construites en métal sont plus difficiles à refroidir. Sans ombre, la chaleur s’accumule et persiste.

Un « seuil mortel » sera atteint

Nos modèles montrent qu’il existe une combinaison spécifique de chaleur et d’humidité qui peut intensifier très rapidement les vagues de chaleur, en particulier dans les paysages dominés par les terres agricoles.

Il s’agit d’un risque thermique d’un autre type. Ce n’est pas la « chaleur sèche » familière causée par les sols desséchés. C’est un effet d’humidité lié aux cultures qui pousse l’atmosphère dans une zone dangereuse. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, la chaleur extrême atteindra un pic d’environ 26,5 °C à 26,8 °C avec une humidité de 74 % à 75 %, produisant des vagues de chaleur qui dureront 30 à 35 jours.

Dans le sud-est de l’Afrique, les vagues de chaleur se produiront même à des températures (23,6 °C-23,8 °C) et des taux d’humidité (70 %-72 %) plus bas. Le danger réside dans le fait que même de légères augmentations de la chaleur ou de l’humidité, y compris celles causées par la déforestation, rendront les vagues de chaleur plus fréquentes et plus longues.




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Dans les neuf régions climatiques africaines, nos recherches ont montré que les vagues de chaleur cesseront d’être des événements rares et deviendront un phénomène régulier tout au long de l’année.

La bonne nouvelle, c’est que les choix locaux d’utilisation des terres offriront une protection immédiate. Préserver les forêts, restaurer la végétation et recourir à l’agriculture intelligente face au climat (qui consiste à élever des animaux et à cultiver des plantes à l’ombre des arbres) ne sont pas seulement des actions environnementales. Ce sont des mesures de santé publique qui atténuent l’intensité et la durée des vagues de chaleur.

Ce qu’il faut faire

Cette étude met en évidence un principe simple mais puissant : la forêt est un bouclier.

Cette étude montre également comment l’aménagement des villes et des zones rurales peut permettre de préserver le « climatiseur naturel ».

Pour protéger le continent, il faut agir sur deux fronts. À l’échelle mondiale, nous devons continuer à réduire les émissions de combustibles fossiles, car même des réductions modérées diminuent le risque de vagues de chaleur longues et quasi permanentes.




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Au niveau local, chaque décision de défrichage compte. La suppression de la végétation naturelle augmente la chaleur dans les communautés, mais le maintien des forêts et de la couverture végétale sur les terres contribue à maintenir les températures à un niveau bas.

Le message est clair. Les pays ne peuvent pas contrôler seuls le réchauffement climatique, mais ils peuvent contrôler la manière dont les terres y réagissent.

The Conversation

Oluwafemi E. Adeyeri bénéficie d’une bourse de l’Australian Research Council (numéro CE230100012). Christopher E. Ndehedehe bénéficie d’une bourse de l’Australian Research Council (numéro DE230101327).

ref. Chaleur extrême : un modèle climatique prédit un avenir insupportable pour certaines régions d’Afrique – https://theconversation.com/chaleur-extreme-un-modele-climatique-predit-un-avenir-insupportable-pour-certaines-regions-dafrique-275518