L’UFC, la mécanique bien huilée de la violence et de sa spectacularisation

Source: The Conversation – in French – By Blaise Dore-Caillouette, Doctorant en communication, Université de Montréal

L’Ultimate Fighting Championship a transformé un sport de combat brutal en empire de 10 milliards de dollars. Son secret ? Faire de la violence le cœur même du spectacle. Bonus financiers pour les K.O. les plus impressionnants, dramatisation des rivalités, valorisation des combattants offensifs. Voici comment l’UFC a érigé la spectacularisation de la violence en modèle d’affaires.

Moi-même pratiquant de MMA, je poursuis actuellement des recherches doctorales en communication à l’Université de Montréal. Mes recherches portent sur les études médiatiques, les Cultural Studies et la communication politique.

Une organisation globale

Créé en 1993, l’UFC a été conçu à l’origine pour déterminer quel style d’art martial était le plus efficace dans un combat limité par le moins de règles possible. Les arts martiaux mixtes sont donc devenus un sport de combat mêlant frappes, projections et techniques de soumission qui combine plusieurs disciplines comme la boxe, le judo, le jiu-jitsu brésilien et la lutte. L’UFC est aujourd’hui une organisation globale, capitalisant une dizaine de milliards de dollars et rassemblant les meilleurs combattants de toutes disciplines.

Mais ce qui distingue véritablement l’UFC, ce n’est pas seulement la qualité de ses athlètes, mais sa capacité à transformer un affrontement technique, stratégique et violent en spectacle, où chaque geste, chaque coup et chaque réaction est mis en scène pour maximiser l’impact émotionnel sur le public.

La violence dans les disciplines sportives ainsi que sa spectacularisation n’ont évidemment rien de nouveau. Que ce soit au football américain, au hockey, ou même à la boxe, les affrontements, les rivalités et les moments de tension et de violence sont médiatisés et amplifiés pour captiver le public. Il est cependant intéressant de constater que, à la différence des autres sports, le MMA est de nature plus violente, et que l’UFC capitalise et amplifie cette violence pour la spectaculariser.

MMA, une discipline sportive intrinsèquement plus violente

À la différence des autres sports de combat, les règles encadrant les contacts physiques en MMA sont beaucoup moins restrictives, ce qui rend le combat plus brutal et imprévisible. À l’inverse, il y a des sports de combat comptant de nombreuses restrictions, comme la boxe qui interdit les frappes au sol, les soumissions ou les projections.




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Depuis l’adoption des Unified Rules of MMA (2009), un ensemble de règles interdit désormais certaines techniques trop dangereuses comme les coups de tête ou les coups de pied au visage d’un adversaire au sol. Il n’en demeure pas moins que les combattants risquent des blessures graves à chaque combat. En effet, le MMA autorise un éventail de techniques qui peut être dangereux pour l’intégrité physique des combattants.



Les frappes avec les coudes et les genoux, par exemple, sont parmi celles qui infligent le plus de dégâts. Elles provoquent fréquemment des coupures, des saignements abondants et des K.O. rapides. Les combats peuvent également se poursuivre au sol, ce qui permet non seulement de frapper un adversaire au tapis, mais aussi d’appliquer des étranglements, ou des clés articulaires qui peuvent mettre fin au combat en quelques secondes.


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Amplification de la spectacularisation de la violence

La violence est souvent spectacularisée dans les sports, car elle capte l’attention du public et renforce l’intensité dramatique des compétitions. Par exemple, au hockey, les bagarres sont devenues de véritables moments attendus par les spectateurs. On peut d’ailleurs les revivre au ralenti, en gros plans ou au sein de montages vidéo. En boxe, les K.O. spectaculaires sont mis en avant dans les moments clés.

Toutefois, l’UFC pousse encore plus loin cette logique en transformant la violence elle-même en moteur du spectacle. En effet, plusieurs éléments distinguent la spectacularisation de la violence dans l’UFC des autres arts martiaux ou disciplines sportives.




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Par exemple, l’UFC récompense directement à la hauteur de 50 000$ US les affrontements spectaculaires avec les bonus « Performance of the Night », ce qui incite les combattants à adopter un style offensif et à chercher les K.O. ou les soumissions les plus impressionnants. Cette politique valorise non seulement la violence des combats, mais crée aussi une dynamique où les athlètes savent qu’un combat particulièrement violent peut accroître leur notoriété et leurs revenus.

K.O particulièrement violent, où l’on voit que les athlètes sont encouragés à frapper leur adversaire – même inconscient – tant que l’arbitre n’a pas arrêté le combat.

L’UFC met à cet égard systématiquement de l’avant les combattants capables d’offrir des moments forts, et privilégie les profils connus pour leurs violences.

Parallèlement, l’UFC contribue à renforcer cette culture en valorisant publiquement les combats les plus violents et en critiquant ceux jugés trop prudents ou stratégiques. Cette culture instaure une pression implicite sur les combattants pour offrir un spectacle violent à chaque affrontement. L’ensemble de ces mécanismes, sans compter les nombreux autres que l’on retrouve dans tous sports de contacts (gros plans, ralentis et montages vidéo de tout genre sur les moments violents, pour en nommer quelques-uns), fait de la violence un élément central et soigneusement orchestré du spectacle UFC.

La dramatisation des rivalités

Les rivalités personnelles entre athlètes participent également à cette dramatisation de la violence dont je parle. Elles sont fréquemment mises de l’avant lors des conférences et tout au long de la promotion de l’affrontement.

Les combattants sont encouragés à accentuer leurs différends par des déclarations provocantes, des échanges verbaux intenses ponctués d’insultes. Il n’est pas rare de voir les combattants s’échanger des coups de poing en pleine conférence de presse.

Dans cette vidéo, les deux athlètes intensifient la tension de leur combat à venir avec des déclarations provocantes.

Cette spectacularisation de la violence transforme chaque affrontement en événement dramatique, où l’enjeu émotionnel dépasse la simple compétition sportive et contribue à capter l’attention du public.

Si l’UFC amplifie la violence de manière inédite, comme nous l’avons vu, d’autres sports, de la boxe au football américain, mobilisaient déjà des procédés semblables. Cette tendance démontre que la spectacularisation de la violence façonne les pratiques sportives modernes et la manière dont elles sont consommées par le public.

La Conversation Canada

Blaise Dore-Caillouette ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

ref. L’UFC, la mécanique bien huilée de la violence et de sa spectacularisation – https://theconversation.com/lufc-la-mecanique-bien-huilee-de-la-violence-et-de-sa-spectacularisation-271153